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mercredi 1 avril 2020

Résurrection… de la chair





Au terme d’un Carême… prolongé pour cause de pandémie, la bonne nouvelle de la résurrection annoncée pourtant en son temps cette année encore, mais en confinement, brillera de toute sa lumière… plus tard, comme pour Thomas, qui n’était pas présent lors du premier dimanche de Pâques…

« Thomas, l’un des Douze, celui qu’on appelle Didyme, n’était pas avec eux lorsque Jésus vint. Les autres disciples lui dirent donc : "Nous avons vu le Seigneur". Mais il leur répondit : "Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je n’enfonce pas mon doigt à la place des clous et si je n’enfonce pas ma main dans son côté, je ne croirai pas !" » (Jean 20, 24-25). On sait qu’ensuite, le Ressuscité lui apparaît et lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu as cru ; bienheureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru » (Jean 20, 29).

Notons que Thomas n’a pas cru ce qu’il a vu (inutile : il l’a vu !) mais parce qu’il a vu ! Ce qui n’est pas la même chose. Thomas constate : il voit et il croit ce que cela signifie : le Christ est ressuscité, Dieu se dit là ! Ce que Thomas voit fait fonction de signe : signe d’une réalité qui dépasse infiniment ses sens.

Le Dieu qui se dit dans le Ressuscité nous signifie une vérité dont ce qu’on en perçoit est le signe, le symbole. De même qu’entre ce que voit Thomas et la réalité, c’est-à-dire ce qu’il croit.

Nous voilà ici entre la vérité du Ressuscité que confesse Thomas, et le signe qui désigne cette vérité — comme résurrection… de la chair !

Le Ressuscité à Thomas : « "Avance ici ton doigt, et regarde mes mains ; avance aussi ta main, et mets-la dans mon côté ; et ne sois pas incrédule, mais crois". » De même qu’en Luc (24, 39), aux disciples : « Regardez mes mains et mes pieds : c’est bien moi. Touchez-moi, regardez ; un esprit n’a ni chair, ni os, comme vous voyez que j’en ai. »

Résurrection… de la chair ! L’enjeu ? Le sens — éternel ! — de nos vies, concrétisées dans notre histoire, nos rencontres, la trivialité du quotidien, bref, dans la chair ! Comme le Fils éternel de Dieu advient à l’éternité qui est sienne par son histoire — ses plaies-mêmes, qui ont marqué sa chair, sont constitutives de son être ! —, tout ce qui constitue notre être — nos vies uniques devant Dieu, nos rencontres, notre histoire qui a fait de nous, qui fait de nous, qui fera de nous ce que nous sommes — tout cela est radicalement et éternellement racheté au dimanche de Pâques !


RP, Qdn, Pâques 2020 / billet chronique PO avril 2020


mardi 17 mars 2020

"Je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur"





Le récit de la rencontre de Jésus et de la Samaritaine (Jean 4, 5-42), où nous conduisent nos lectures de ce mois, révèle une dimension étonnante de la relation entre Dieu et nous : la dimension de la séduction ! Car c'est bien cela que pourrait nous dévoiler, si l'on tient compte des circonstances, pour le moins étranges, cette rencontre au du puits de Jacob (lieu biblique traditionnel des rencontres matrimoniales !).

Parlant d’Israël, « je vais la séduire, je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur », disait au livre du prophète Osée (ch. 2, v. 16) ce Dieu décidément bien surprenant. Au jour de la rencontre au puits de Jacob, l’Alliance d’amour s’étend au peuple samaritain, représenté par cette femme, qui, prémisse de l’extension universelle de l’Alliance, nous représente tous ; qui pouvons donc tous entendre la promesse donnée d’abord au peuple de Judée, de qui vient le salut (Jean 4, 22), et qui retentit désormais pour nous tous : « tu es précieux à mes yeux » (Ésaïe 43, 4), « je t’aime d’un amour éternel » (Ésaïe 54, 10). Un Dieu étonnant que celui qui se révèle ici en Jésus dialoguant avec une femme…


RP, Billet PO mars 2020, n° 443


samedi 1 février 2020

Venu pour accomplir





Les textes de l’Évangile pour les dimanches de ce mois de février nous conduisent dans le Sermon sur la Montagne. « Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes ; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir » (Matthieu 5, 17) — « accomplir », c’est-à-dire « mettre en pratique », et non pas « mettre un terme à », ce qui reviendrait de facto à une sorte d’abolition. Il n’est qu’à lire le développement qui suit pour voir que cette affirmation de Jésus est comme le programme dont il donne ensuite un résumé en quelques points ; de sorte que « mais moi je vous dis » ne consiste en aucun cas en opposition à la Tora, ou « dépassement » de la Tora, mais à sa prise à la lettre, qui atteigne jusqu’aux racines de nos êtres, dans la droite ligne pharisienne, et sans évitement de quelque implication que ce soit. Cela en regard des Béatitudes reprenant dès l’entrée l’invite du Psaume 1 : heureux qui enracine sa vie dans l’enseignement de l’Écriture, comme un arbre enraciné près des cours d’eaux, en-deçà de ce qui se voit – pour que cela transparaisse comme lumière sur la montagne, ou comme quelques grains de sel assaisonnant le monde en le préservant de sa corruption.


RP, Billet PO février 2020, n° 442


dimanche 28 avril 2019

Promesse du Ressuscité





Promesse du Ressuscité : « Recevez l’Esprit Saint ; ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis » (Jn 20, 22-23). Libération de tout esclavage, comme parole de pardon, qui passe par la Croix, autre nuit de la Pâque. Du pardon naît un monde nouveau. Se réalise ce que trois disciples avaient perçu en un éclair, lors de la transfiguration de Jésus, ce moment où ils recevaient le privilège de voir lever un instant le secret de la gloire cachée sous l’humilité de celui qui demeure dans l’éternité auprès du Père. Secret qui ne sera pleinement levé pour la foi des croyants qu’au dimanche de Pâques. Ce dévoilement est là comme un don, pour toute humanité. Ainsi, désormais, « du moment que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez ce qui est en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu […]. Vous êtes morts, en effet, et votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu. » (Colossiens 3, 1-3)


RP, Billet PO mai 2019, n° 435 (juin-juillet-août ici — septembre-octobre-novembre ici)


lundi 1 avril 2019

Comme pour l’envol d’un papillon…





Une chenille peut-elle voler ? Non évidemment. Pas comme chenille ! Mais… comme papillon… À méditer la métamorphose de la chenille en papillon comme illustration de la résurrection, on peut retrouver les disciples au jour de la résurrection du Christ, alors qu’ils restent dans la crainte… et maintiennent « verrouillées les portes de la maison où ils se trouvaient » (Jean 20, 19)…

Certains papillons, en présentant de fortes ressemblances avec d’autres espèces, bénéficient d’une protection passive contre les prédateurs. Certains sont difficilement détectables dans leur environnement forestier grâce aux motifs complexes qui ornent leurs ailes. Bref, ils se cachent.

Comme les disciples ! – qui vont ensuite passer de la crainte à la libération ; c’est-à-dire : à l’envoi comme l’envol d’un papillon sortant de sa chrysalide. « Jésus vint, il se tint au milieu d’eux… Tout en parlant, il leur montra ses mains et son côté… Alors, à nouveau, Jésus leur dit : "La paix soit avec vous. Comme le Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie." Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et leur dit : "Recevez l’Esprit Saint" » (Jean 20, 19-22). Souffle de l’Esprit… S’ouvre la porte de la liberté à laquelle nous sommes invités.

Cette liberté est une question de pardon : « ceux pour qui vous remettez les péchés, ils leur ont été remis. Ceux pour qui vous les soumettez, ils leur ont été soumis » poursuit Jésus (plutôt que : ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus !, comme si les disciples, et nous après eux, avaient pour mission de retenir captifs de leurs péchés certains de ceux à qui ils sont envoyés !)

Telle est la parole de liberté – parole de pardon qui met fin à la crainte et nous envoie avec la paix de Dieu – qui nous est donnée dans le souffle de l’Esprit saint. Comme pour l’envol d’un papillon…


RP, Billet PO avril 2019, n° 434


vendredi 1 mars 2019

Loi de liberté





Les lectures de ce mois nous conduisent dans le livre du Deutéronome, donnant au ch. 5 une des deux versions, avec celle d’Exode 20, du Décalogue. Résumé :

1) Je suis le Seigneur ton Dieu qui t’ai libéré de l’esclavage.
2) Tu n’auras pas d’autres dieux que moi ; tu ne te feras pas d’images pour te prosterner devant elles et pour les servir, car je suis le Seigneur ton Dieu.
3) Tu ne prononceras pas vainement le nom du Seigneur ton Dieu.
4) Souviens-toi du jour du repos pour le mettre à part.
5) Honore ton père et ta mère.
6) Tu ne commettras pas de meurtre.
7) Tu ne commettras pas d’adultère.
8) Tu ne commettras pas de vol.
9) Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain.
10) Tu ne convoiteras rien de ce qui appartient à ton prochain.


Dix paroles comme sommaire de la Loi de Dieu, qui se résument encore en deux paroles : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force » (Deutéronome 6, 5). « Tu aimeras (pour) ton prochain comme toi-même » (Lévitique 19, 18), puis en une, celle qui concerne le prochain (cf. Galates 5, 14), qui se décline en : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux, car c'est la loi et les prophètes. » (Matthieu 7:12 ; cf. Luc 6, 31) – « Ce que tu ne voudrais pas que l'on te fasse, ne le fais pas à autrui. C'est là toute la Torah, le reste n'est que commentaire. Maintenant, va et étudie » (Hillel, Talmud de Babylone, traité Shabbat 31a).

Le Décalogue s’ouvre sur une parole de libération (1ère parole) : « Je suis le Seigneur ton Dieu qui t’ai libéré de l’esclavage ». C'est ton Seigneur le libérateur (pas un homme, fût-ce Moïse), et c'est lui qui est la source de la Loi qui libère (pas un auteur humain) ; à laquelle par conséquent tout humain, fût-il roi ou chef d’État, doit se tenir. C'est cela qui se développera dans la suite de l'histoire en Droits de l'Homme où tous sont égaux devant la Loi, même les gouvernants, même les rois, et dont le premier résumé est le Décalogue.


RP, Billet PO mars 2019, n° 433


samedi 2 février 2019

"Aujourd’hui, cette écriture est accomplie..."



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« Il commença à leur dire : "Aujourd’hui, cette écriture est accomplie pour vous qui l’entendez" » (Luc 4, 21).
Ce qui est accompli là c’est ce qu’annonçait le texte de la haftarah, c’est-à-dire lecture du texte des Prophètes, proposé ce jour en lecture à Jésus ! Le texte en question (Ésaïe 61, 1-3) réfère au Jubilé, l’an de grâce prévu par le Lévitique (ch. 25), et annoncé par Ésaïe comme devant inaugurer le Royaume de Dieu : c’est cette parole là que Jésus vient de déclarer « accomplie pour vous qui l'entendez ».
Que dit cette loi sur le Jubilé (Lévitique 25, 8-18) ? « Vous déclarerez sainte la cinquantième année et vous proclamerez dans le pays la libération pour tous les habitants » (v. 10). Selon cette loi biblique, tous les cinquante ans, en cette année de grâce, les compteurs devaient être remis à zéro. On devait alors libérer les esclaves, ne pas travailler pendant un an, redistribuer de façon équitable les terres acquises au cours des cinquante années précédentes. Loi qui n’avait jamais eu l’heur d’être respectée, ce qui selon les prophètes, avait eu pour effet la ruine du pays, et le départ en exil ! (Cf. 2 Chroniques 36, 20-21.)
Et voilà qu’aujourd’hui Jésus proclame l’inauguration de cet an de grâce dont Ésaïe annonçait que c’est par cela que commencerait le Royaume. Prédication de Jésus pour le moins percutante ! Affaire de foi à présent, répercutée jusqu’aujourd’hui pour nous, que la réception de cet accomplissement par Jésus de la promesse de la souveraineté de Dieu enfin établie : la mise en place du Jubilé et de ses modalités.


RP, Billet PO févr. 2019, n° 432


samedi 19 janvier 2019

Martin Luther King et le rapport Hoover




Courrier au Protestant de l’Ouest (janvier 2019) suite au dossier Martin Luther King du numéro de décembre 2018

Tous mes remerciements pour le dossier Martin Luther King dans dernier PO. Très bon (comme d’hab)… sauf une petite phrase, au bas de l’introduction du dossier, p. 14. Je cite : « Concernant les femmes, MLK n’a pas été d’une conduite irréprochable. » Je sais bien que cette idée reçue, issue, au départ, du rapport Hoover, est admise par beaucoup, dont les meilleurs spécialistes de MLK, au motif essentiel me semble-t-il… qu’ « il n’y a pas de fumée sans feu » appuyé de l’idée, très juste celle-là, que si c’était vrai, cela ne changerait rien au message et à l’actualité du combat de MLK.
Il se trouve que j’ai eu à faire quelques recherches sur MLK, déjà pour les commémorations de 2008, et deux fois cette année, à Poitiers et à Niort, et que je me suis évidemment penché sur cette question, étant pour moi acquis qu’effectivement cela n’enlèverait rien à la valeur de son combat… et je n’ai rien trouvé qui prouve quoi que ce soit, bien au contraire.

J’ai acquis la conviction que tout cela est au cœur des attaques contre MLK, selon la parole évangélique, Mt 5, 11-12 & Lc 6, 22-23 : « Heureux serez-vous, lorsqu’on vous outragera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense sera grande dans les cieux ; car c’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui ont été avant vous. » – MLK ne s’est pas laissé égarer en répondant aux calomnies, selon Lc 21, 14 : « Mettez-vous donc dans l’esprit de ne pas préparer votre défense »… Ce n’est pas une raison pour ne pas les remettre en question ! « Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose » aurait dit Goebbels. Est-il juste de valider la formule, sous prétexte qu’ « il n’y a pas de fumée sans feu », et qu’il est donc inutile de chercher à quel incendiaire profite la fumée !… quand l’incendiaire parvient à instiller le doute jusque parmi des très proches de MLK.

Il suffit pourtant de lire le rapport Hoover pour se faire une idée plus juste des choses. Un extrait, parlant des rencontres de la SCLC (Southern Christian Leadership Conference) : « un pasteur nègre présent a exprimé plus tard son dégoût de la boisson, de la fornication et de l’homosexualité qui ont eu lieu dans les coulisses, lors de la conférence. Plusieurs prostituées nègres et blanches ont été amenées de la région de Miami. Une orgie qui a duré toute la nuit a été organisée avec ces prostituées et certains des délégués présents […]. Tout au long des années qui ont suivi et jusqu’à cette date, King a continué à poursuivre ses aberrations sexuelles secrètement tout en se montrant à la vue du public comme un chef moral de conviction religieuse. »

Et c’est tout du long du même acabit ! Il suffit de savoir ce qu’est une pastorale (la SCLC en est une) pour mesurer le délire – délire raciste en l’occurrence (j’y reviens) ! Pour le reste, rien. Ni preuve, ni a fortiori de flagrant délit. Que des rumeurs, des interprétations de rumeurs et de propos sans preuves vérifiables. Résumé Wiki, à ce point incontestablement très juste : « Les enregistrements, certains rendus publics depuis, n’apportèrent rien de concluant et aucune preuve ne put être apportée sur les infidélités supposées de Martin Luther King, malgré les remarques de certains officiels tel le président Johnson qui avait dit qu’il était un “prêcheur hypocrite”. Des livres paraissent dans les années 1980 à ce sujet mais aucun ne put avancer les preuves d’une quelconque infidélité. »

Coretta Scott King, l’épouse de MLK ne dit pas autre chose : « Le FBI a tout essayé, et Martin et moi en avons parlé. Très tôt, il a dit : ‘La plupart des gens sont vulnérables quand il s’agit d’argent et de sexe. Ce sont les deux choses dont ils essaient de vous charger.’ Quand il s’agissait d’argent, Martin faisait très attention à la comptabilité et à la façon dont il utilisait les fonds [mais on l’a aussi mis en prison pour fraude fiscale imaginaire, puis acquitté]. Les gens lui ont dit que s’ils ne pouvaient rien trouver, ils essaieraient de le coincer.” Elle dit avoir reçu une fois un enregistrement non marqué, prétendument du Dr. King dans une situation compromettante. “Eh bien, je ne pouvais pas faire grand-chose, c’était juste beaucoup de charabia.” Riant, Coretta dit : “Si c’était tout ce que Hoover avait, il n’avait rien.” » (Interview par Joyce Leviton, 20 Fév. 1978.)

De même, les deux femmes mises en causes dans un livre tardif (fin années 1980) de R. Abernathy concernant la dernière nuit de MLK nient formellement : Adjua Abi Naantaanbuu, activiste de longue date pour les droits de l'homme, était l'hôtesse du dîner qu'Abernathy décrit. « Personne n'a eu de relations sexuelles dans ma maison cette nuit-là », dit-elle catégoriquement. Quand à Georgia Davis Powers« déchirée, blessée et en colère », l’ancienne sénatrice de l'État du Kentucky qui a rendu visite à King au Motel Lorraine (où il sera assassiné peu après) maintient qu'elle est restée simplement à discuter avec lui, Abernathy et AD King jusqu'à 4 heures du matin : « Tout cela est venu à moi comme complète surprise ».

Bref, il ne reste de cela que calomnies et fantasmes d’Hoover, aspect qu’il ne faut pas négliger concernant cet angle d’attaque des calomnies, qui ont suivi un autre type d’attaques : tentative de prouver que Martin Luther King est communiste (on est en pleine guerre froide), qui doit beaucoup à ce que nombre de ségrégationnistes croient que les Noirs du sud étaient jusqu’ici heureux de leur sort, mais qu’ils sont manipulés par des « communistes » et des « agitateurs étrangers ».

Les attaques voulant que MLK n’ait « pas été d’une conduite irréprochable » recoupent le même type de préjugés, racistes en l’occurrence, repérés par le psychologue américain Bernard Wolfe : « Depuis le début de l’esclavage, sa culpabilité démocratique et chrétienne en tant que propriétaire d’esclaves, conduisait le Sudiste à définir le Noir comme une bête, un Africain inaltérable dont le caractère était fixé dans le protoplasma par des gènes “africains”. Si le Noir se voyait assigner les limbes humains, ce n’était pas par l’Amérique mais par l’infériorité constitutionnelle de ses ancêtres de la jungle. » Wolfe est cité ici en français par le psychiatre Frantz Fanon.

Ayant rappelé : « quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille, on parle de vous », Frantz Fanon analyse ce qu’a décelé Wolfe, dans Peau noire, masques blancs : « vis-à-vis du nègre, en effet, tout se passe sur le plan génital. […] Sur le plan phénoménologique, il y aurait à étudier une double réalité. [L’antisémite] a peur du Juif à cause de son potentiel appropriatif. “Ils” sont partout. Les banques, les bourses, le gouvernement en sont infestés. Ils règnent sur tout. Bientôt le pays leur appartiendra. Ils sont reçus aux concours avant les “vrais” Français. Bientôt ils feront la loi chez nous […]. Les nègres, eux, ont la puissance sexuelle. Pensez donc ! avec la liberté qu’ils ont, en pleine brousse ! Il paraît qu’ils couchent partout, et à tout moment. Ce sont des génitaux. »

Frantz Fanon précise (ibid.) – et son livre date de 1952, soit une quinzaine d’années avant le rapport d’Hoover – : « la négrophobe, écrit-il comme psychiatre, n’est en réalité qu’une partenaire sexuelle putative, – tout comme le négrophobe est un homosexuel refoulé » – remarque troublante quand on sait par ailleurs que ce point, selon plusieurs analystes de son trajet, pourrait concerner cruellement Hoover. Il y aurait peut-être à creuser cet aspect qui, mutatis mutandis, rappelle le film, d’une époque plus récente que les années 60, American Beauty. On a lu quelques extraits du rapport Hoover dans sa description imaginaire des orgies en pastorale SCLC, impliquant naturellement l’homosexualité !

On comprend dès lors le crédit qu’il faut apporter à de telles rumeurs, pourvu que l’on creuse un peu : fantasmes racistes, qui vérifient la promesse du Sermon sur la Montagne, texte au cœur des méditations de MLK : « Heureux serez-vous, lorsqu’on vous outragera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense sera grande dans les cieux ; car c’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui ont été avant vous. » (Mt 5, 11-12)

RP


samedi 1 décembre 2018

Tandis que les ténèbres couvrent la terre…





Lorsque, avant sa venue à l’être, Dieu envoie une âme dans le monde, celle-ci trépigne, résiste, supplie, bref, fait tout pour éviter de devenir chair. Puis elle finit pas céder – on peut penser : mi par lassitude, mi par inconscience, à défaut d’avoir pu mesurer les conséquences d’une telle acceptation. « Tu m’as séduit, Seigneur, et je me suis laissé séduire », dit Jérémie (ch. 20, v 7) avant de maudire sa propre naissance (v. 14), à l’instar de Job (ch. 3). Si l’on en croit la tradition juive nous enseignant cette réticence de l’âme à venir en ce monde, nous avons tous dit « non ».
Tous, vraiment ? Il y en a toutefois bien un qui a dit « oui » en toute connaissance de cause : celui qui nous a rejoints dans notre humanité, est devenu chair (Jean 1, 14). Celui qui est la Parole de lumière, le « oui » en qui tout a été fait est « venu chez les siens » (Jn 1, 11a). C’est ce que nous rappelle le temps de Noël que nous préparons. C’est ici que tout est renversé, ici que tout devient possible.
Nous voici donc tous avec notre « non » appelés à un acte de confiance à la suite de celui-là seul qui a dit « oui » pour nous en connaissance de cause.
Pour nous aussi, quoiqu’il en ressorte, il est alors temps, au-delà de nos refus – car nous ne l’avons d’abord pas reçue (Jn 1, 11b) –, il est temps, par-delà nos refus, de recevoir le don qui nous est fait : à quiconque a reçu la Parole de lumière, « elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jn 1, 12).

*

Tandis que les ténèbres couvrent la terre, tandis que le brouillard de nos douleurs nous empêche encore de voir clairement ce mystère, le peuple de Dieu, est déjà rayonnant de la lumière de Dieu, sa Gloire.
« Mets-toi debout et deviens lumière, car elle arrive, ta lumière : la gloire du Seigneur sur toi s'est levée. Voici qu'en effet les ténèbres couvrent la terre et un brouillard, les cités, mais sur toi le Seigneur va se lever et sa gloire, sur toi, est en vue. Les nations vont marcher vers ta lumière et les rois vers la clarté de ton lever » (Ésaïe 60, 1-3).
C’est cette promesse que Noël renouvelle. L’Alliance est renouvelée et étendue à toutes les nations, pour que l'Église soit riche de toutes leurs cultures, de toutes leurs couleurs, de toutes leurs légendes et traditions, de tous leurs chants.
La promesse d'Ésaïe est en marche. Ceux qui déjà se sont approchés de la Jérusalem nouvelle, ville de la paix, portent les louanges du Seigneur de loin en loin, se font ses messagers, pour autant d'échos d'extrémités du monde en extrémités du monde.
La promesse se déploie par l'octroi du pardon : par la foi seule, on a accès à la Jérusalem céleste ! Cela vaut pour tous, quelle que soit sa tradition, sa provenance, ses rites. Sur ce fondement de la mission universelle, le pardon, et le pardon réciproque de tout ce qu'est chacun, le pardon des fautes aussi, ce don de Dieu pour l'acceptation de tous et pour un nouveau départ, se bâtit l'Église universelle.
Le don de Dieu, le dévoilement de ce grand mystère se poursuit, et nous sommes encore invités à en être.
Aujourd'hui à nouveau, Dieu nous accueille comme ses enfants, tous, d'où que nous soyons, par pure grâce, par don, cadeau de Noël pour nous porter à travers les jours qui s’ouvrent, pour que nos lendemains soient lumière.

RP, Édito Qdn, Avent-Noël 2018 ; PO, déc. 2018 & janv. 2019


dimanche 24 juin 2018

Confirmation et catéchèse





La confirmation apparaît parfois encore pour nos jeunes catéchumènes et leurs parents comme une sorte de clôture du catéchisme. Cette perception des choses a une histoire.

Ce sont les Réformateurs qui, au XVIe siècle, ont introduit le catéchisme, tel qu’il sera ensuite repris aussi par l’Église catholique. Rien de tel au long des siècles du christianisme antécédent.

En corollaire, une autre signification de la confirmation. Dans l’Église ancienne, et jusqu’aujourd’hui dans les Églises d’Orient, la confirmation est administrée par le prêtre lors du baptême – y compris des nourrissons – comme sacrement par lequel l’Esprit saint vient confirmer la grâce procurée par le baptême. Or, en Occident, l’Église catholique avait adopté la discipline selon laquelle seul l’évêque et non le prêtre a le pouvoir d’octroyer la confirmation. On a là une des raisons pour lesquelles en Occident, les évêques ne pouvant pas être présents à chaque baptême de nourrisson des nombreuses paroisses de leurs vastes diocèses, la confirmation a été déplacée à l’adolescence, devenant aussi, de ce fait, un rite de passage.

Les Réformateurs ont abandonné la pratique sacramentelle de la confirmation, considérant que la plénitude du don de la grâce est signifiée au baptême. Mais, ayant introduit la nécessité du catéchisme pour que chacun puisse avoir des bases de connaissance de l’enseignement biblique, cela dès le jeune âge, ils ont aussi institué une cérémonie cultuelle de fin du catéchisme, qui, à son tour, et en parallèle avec le rite catholique occidental, a reçu le nom de… confirmation. C’est l’origine de ce qui est devenu notre pratique protestante, qui n’est pas sans inconvénients : du risque de laisser penser que l’assiduité au temple finit là, avec cette sorte de diplôme final, à cette impression redoutable que ce sont les catéchumènes qui confirment eux-mêmes la grâce signifiée au baptême.

Où il n’est pas inutile de souligner que c’est au contraire Dieu qui confirme la fidélité à laquelle il s’est engagé. Au moment du passage à l’âge de responsabilité – équivalent de la bar-mitsvah dans le judaïsme – Dieu redit la véracité de son alliance signifiée, en christianisme, au baptême : même « si nous sommes infidèles, lui demeure fidèle, car il ne peut pas se renier lui-même » (2 Ti 2, 13). Confirmation de la promesse déjà donnée au prophète Ésaïe (54, 10) : « quand les montagnes s’effondreraient, dit Dieu, quand les collines chancelleraient, mon amour ne s’éloignera pas de toi, mon alliance de paix ne sera pas ébranlée : je t’aime d’un amour éternel, et je te garde ma miséricorde ».


RP, Qdn, juin 2018 - PO, septembre 2018


lundi 2 avril 2018

"Votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu"





« Votre vie est cachée avec le Christ, en Dieu », écrit l’Apôtre (Colossiens 3, 3). Qu’est-ce qui nous constitue, que sommes-nous en réalité ? En réponse à cette question, nous confondons aisément notre être avec ce que nous en concevons, jusqu'à le confondre avec notre enveloppe temporelle, dont nous nous dépouillons déjà, au jour le jour de son vieillissement ; et qu’il faudra quitter comme un vêtement qui a fait son temps.

Mais depuis un dimanche de Pâques, un souffle nous dit : « Votre vie est cachée avec le Christ en Dieu ». « Vous êtes ressuscités avec le Christ » (Col 3, 1). Morts avec le Christ (Col 3, 3), notre vrai être est caché en Dieu, avec lui, selon qu’il a été relevé d’entre les morts !

Jour inouï, effrayant même tant il bouleverse tout, au point qu’on pourrait être tenté de se dire qu'on a déplacé le cadavre : les Romains, les autorités judéennes, voire des disciples un peu en marge le déplaçant sans le dire aux autres. Puis, sur cela, sur cette translation de cadavre, naîtrait pour les disciples leurrés une belle légende… Un fait aléatoire, déplacer le défunt à l'insu des disciples, deviendrait le déclencheur fondant le christianisme sur l’évanouissement de la brèche réelle ouverte entre les mondes…

Mais voilà que c’est bien autre chose ! Colossiens 3 nous dit la brèche réelle ouverte de façon irréductible entre l'éternité et le temps. Mystère d’un relèvement réel du Christ : nos corps ne sont pas insignifiants. Ils sont la manifestation visible de ce que nous sommes de façon cachée, en haut. Comme le corps que le Christ s’est vu tisser dans le sein de la Vierge Marie manifeste dans notre temps ce qu’il est définitivement devant Dieu, et qui nous apparaît dans sa résurrection.

Il est un autre niveau de réalité, celui qui apparaît dans la résurrection. Or nous en sommes aussi, à notre tour, de façon cachée. C’est cet autre niveau qu’il s’agit de rechercher, pour y fonder en éternité notre vie et notre comportement dans le provisoire.


RP, Billet chronique PO avril 2018


dimanche 1 avril 2018

"Elles s'enfuirent loin du tombeau, car elles avaient peur"





« Elles sortirent et s'enfuirent loin du tombeau, car elles étaient toutes tremblantes et bouleversées ; et elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur. » (Marc 16, 8)

Qu'est-ce que cette frayeur des femmes du dimanche de la résurrection du Christ ? Est-ce que nous ne nous attendrions pas à une autre réaction ? Mais les voilà dans la peur, dans un bouleversement tel qu'il les mure dans le silence…

C’est que la résurrection bouleverse tout. Au-delà des choses habituelles, compréhensibles, généralisables : un être humain, ça naît, ça croît, et ça finit par mourir. C'est la loi simple de la nature, c'est comme ça, ce sera toujours comme ça, et quand il semble que cela se passe autrement, il doit y avoir une explication quelque part qui fasse rentrer les choses dans l'ordre. Dans l'ordre rationnel, dans l'ordre de ce qui peut se reproduire à volonté, éventuellement en laboratoire.

Bref, une place pour chaque chose et chaque chose à sa place. Chose justement : dans le monde généralisable, il n'y a finalement que des choses, gérables, catégorisables, jusqu'au prochain lui-même qui devient catégorisable. Catégorisable en prochain et en lointain, en couleurs de peau et origines géographiques ou familiales, en hommes et femmes, de mon monde et pas de mon monde. Un monde bien carré, bien rangé, où ce qui dérange est insupportable, finit par effrayer…

On naît, on grandit, on vieillit, on meurt, et le corps se décompose, se disent les femmes du dimanche de Pâques. C'est comme ça. C'est ignoble, certes, et c'est pourquoi on va embaumer le mort. Empêcher autant que possible, par des moyens explicables par la chimie, les effets les plus durs de la décomposition. C'est dans cet état d'esprit, on ne peut plus tendre à l'égard du défunt d'ailleurs — l'embaumer, soigner son corps décédé —, que les femmes sont parties ce dimanche matin. Tout est dans l'ordre, cet ordre malheureux : il n'est pas jusqu'à cet ignoble mal au ventre, cette douleur du deuil qui tenaille qui ne soit dans l'ordre des choses. On s'en débarrasserait bien de ce mal au ventre, de cette nausée qui tire les larmes et empêche de manger, de ce voile noir qui leur est tombé sur les yeux, et sous lequel on accomplit les devoirs dus au mort de façon machinale. Tout ici est dans l’ordre, le généralisable. On sait.

Et voila que s'est produit le plus inattendu, l'indicible. Oh ! on pourrait être tenté de se dire que ça va, qu'"on" (cf. Jn 20, 2 & 13-15) a déplacé le cadavre : les Romains ? les autorités judéennes ? voire des disciples un peu en marge ? comme Nicodème ou Joseph d'Arimathée déplaçant le corps sans le dire aux autres (ce que veulent empêcher les autorités, selon Matthieu 27, 62-66 ; ce qu'elles colportent ensuite : Mt 28, 11-15 !). Puis, sur cela, sur cette translation de cadavre, naîtrait pour les disciples le sentiment d'une présence divine dans l'absence… Autant d'hypothèses rassurantes où tout est bien dans l'ordre rationnel. Où la résurrection n'est que l'idée de vie ; et où un fait aléatoire, déplacer le défunt à l'insu des disciples, deviendrait déclencheur d'un merveilleux symbole de plus, mais où s'évanouit la brèche réelle entre les mondes, entre l'éternité et le temps, évanouissement bien rassurant au fond.

Mais voilà, là ce n'est décidément pas ça : et les femmes ont peur ! Là c'est décidément autre chose. Intuition terrible, on pressent l'indicible, effrayant.

Ici jaillit un autre monde, inclassable, le monde de l'existence de chacune et chacun comme être irréductible. Irréductible aux classements et catégories. Aujourd'hui, il va falloir tout reconsidérer, de fond en comble. Et ça effraie, ça laisse silencieux.

La résurrection du Christ marque la naissance de l'Unique irréductible. Et par la promesse qui y est incluse, de chacune et chacun comme unique devant Dieu. L’aboutissement le plus irréfutable des choses généralisables, la mort, par quoi tout finit dans la poussière — cet aboutissement irréfutable est aujourd'hui brisé. Dès lors plus personne n'est classable en généralités puisque tous peuvent recevoir la promesse sortie du tombeau vide. Chacun devient dès à présent une exception, enfant de l'exception inouïe, celle du dimanche de Pâques.


RP, Édito Qdn Pâques 2018 / billet chronique PO mars 2018


dimanche 4 février 2018

La tentation au désert





« L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » (Matthieu 4, 4).

« Ne me donne ni pauvreté, ni richesse, accorde-moi le pain qui m’est nécessaire ; de peur que, dans l’abondance, je ne te renie et ne dise : Qui est l’Éternel ? Ou que, dans la pauvreté, je ne dérobe, et ne m’attaque au nom de mon Dieu. » (Proverbes 30, 8-9)

La mise en garde du Proverbe est la leçon que n’ont pas prise les pèlerins du désert lors de l’Exode : la manne devenue fade à leur goût… Les cailles, plus goûteuses, finiront par les gaver !

« Si tu trouves du miel, n’en mange que ce qui te suffit, de peur que tu n’en sois rassasié et que tu ne le vomisses. » (Proverbes 25, 16)

Avec le pain, la manne comme don du ciel, c’est la question de la prière et de ce que nous demandons qui est posée : la prière comme découverte que ce que l’on demandait ne correspondait pas à notre vrai désir !

« Fais de l’Éternel tes délices, Et il te donnera ce que ton cœur désire. » (Ps 37, 4)


RP, Billet PO févr. 2018, n° 422


lundi 1 janvier 2018

Graine de lumière et nouvelle Création





2018 ans que les cieux nouveaux et la nouvelle terre sont en marche, selon un autre récit de la Création ! Un autre « au commencement », outre celui des 5778 ans du calendrier juif qui nous séparent du premier récit de la Création : lors de ce premier commencement, au récit de la Genèse, Dieu créa…

Puis à nouveau retentit au début de l’Évangile de Jean cette même parole, « au commencement », tout aussi fondée au-delà du temps que celle de la Genèse concernant ce monde enraciné dans des strates qui plongent jusqu’aux milliards d’années du temps cosmique.

L’Évangile de Jean reprend les termes du début de la Genèse pour nous dire l’avènement du monde nouveau. Comme pour la Création qui déroule son histoire, le monde nouveau est fondé dans l’éternité. Ici commence la germination d’un monde bientôt dévoilé dans la résurrection de l’enfant de Noël au dimanche de Pâques : aujourd’hui, an 2018 de la célébration d’une germination — promesse de nouveaux cieux et d’une nouvelle terre.


RP, Billet PO janv. 2018, n° 421

*

Jean 1, 1-18
1 Au commencement était la Parole ; et la Parole était avec Dieu ; et la Parole était Dieu.
2 Elle était au commencement avec Dieu.
3 Tout a été fait par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle.
4 En elle était vie, et la vie était la lumière des humains.
5 La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pas reçue.
6 Survint un homme, envoyé de Dieu, du nom de Jean.
7 Il vint comme témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous croient par lui.
8 Ce n'est pas lui qui était la lumière ; il venait rendre témoignage à la lumière.
9 La Parole était la vraie lumière, celle qui éclaire tout humain ; elle venait dans le monde.
10 Elle était dans le monde, et le monde est venu à l'existence par elle, mais le monde ne l'a jamais connue.
11 Elle est venue chez elle, et les siens ne l'ont pas accueillie ;
12 mais à tous ceux qui l'ont reçue, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu
— à ceux qui mettent leur foi en son nom.
13 Ceux-là sont nés, non pas du sang, ni d'une volonté de chair, ni d'une volonté d'homme, mais de Dieu.
14 La Parole est devenue chair ; elle a fait sa demeure parmi nous, et nous avons vu sa gloire, une gloire de Fils unique issu du Père ; elle était pleine de grâce et de vérité.
15 Jean lui rend témoignage, il s'est écrié : C'était de lui que j'ai dit : Celui qui vient derrière moi est passé devant moi, car, avant moi, il était.
16 Nous, en effet, de sa plénitude nous avons tous reçu, et grâce pour grâce ;
17 car la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ.
18 Personne n'a jamais vu Dieu ; Dieu Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l'a fait connaître.

*

La Parole est au commencement, en vis-à-vis de Dieu, tournée vers Dieu. Tournée vers Dieu, en vis-à-vis comme l'image est en vis-à-vis dans le miroir qui réfléchit cette image. Dans le vis-à-vis de sa Parole, Dieu réfléchit, la Parole est Dieu même réfléchissant ; « la Parole était Dieu » — le mot pour Parole qu'emploie l’Évangile de Jean étant en grec le même mot que pour « raison » ; c'est le mot — logos — qui a donné « logique ». Dieu réfléchit, réfléchit en lui-même, Dieu raisonne, puis il parle, exprimant ce raisonnement — parole de lumière.

Selon l’Évangile de Jean, l'expression par excellence de ce raisonnement en Dieu, de ce vis-à-vis éternel de Dieu et de sa Parole, comme son reflet, sa réflexion, est Jésus-Christ, Parole de Dieu devenue chair (Jean 1, 14). Lorsque Dieu l’exprime, le monde prend forme et s'éclaire (ainsi le dit Colossiens 1, concernant Jésus-Christ : « tout a été fait en lui, par lui et pour lui »).

Face à cela, les ténèbres naturelles sont le signe qu'il est une limite à la pénétration de la lumière créatrice : ne pas la recevoir. Même la lumière naturelle ne le peut la recevoir ! Soleil et astres ne sont créés qu'au quatrième jour du récit de la création de la Genèse. Le même récit qui donne la lumière aux origines, dans la parole divine des origines : « Dieu dit : "que la lumière soit", et la lumière fut ».

Mais que de possibilités s'ouvrent par l'accueil de cette lumière : le pouvoir de devenir enfants de Dieu, juste par l'accueil, dans la foi, de cette Parole et de sa lumière, par l'accueil de cette Parole donnée d'abord dans le ministère des prophètes, de Moïse à Jean le Baptiste, Loi et Prophètes, qui pour être témoins de la lumière, ne donnent pas pour autant, dit l'Évangile, le pouvoir de la vivre en vérité, dans la chair.

*

Conçus dans une Parole de lumière qui précède toute lumière, cette lumière qui nous éclaire tous qui sommes venus dans le monde, nous voilà dans un monde trop souvent ténébreux, chargé de souffrance et d’humiliation, qui est d'être au temps où tout se corrompt, s'use, comme jusqu'à abîmer l’éternité…

C'est là-même, dans la nuit, que la Parole qui nous précède et nous fonde dans sa lumière d'éternité nous a rejoints, devenant chair pour qu'au cœur de notre chair nous percevions notre être d'éternité, notre vérité cachée sous le désespoir de l’humiliation et de la nuit de la chair, à présent promise à la vérité de la grâce.

*

La lumière créatrice est devenue chair. Avant le verset 14, on est avant l'Incarnation, avant la venue en chair de Jésus. C'est cette même Parole, créatrice, au commencement de toute chose, qui est venue à nous à Noël, graine de lumière, pour ensemencer toute chose, pour mener le monde, la Création, à son achèvement. C'est à cette Parole des origines, créatrice, que renvoie ce commencement de l’Évangile de Jean, et à la lumière qui en est le premier effet. Une lumière qui précède toute lumière, vraie lumière, qui éclaire tout humain venant dans le monde.

Elle nous illumine, dès l’instant où nous venons à la vie. C'est en elle que nous apparaissons quand la Parole qui nous fait exister est prononcée, toutes choses qui précèdent son Incarnation, sa venue en chair. Et lorsque nous venons au jour, notre naissance, le jour naturel qui nous éclaire est alors symbole de cette lumière qui le précède de toute l'éternité.

Elle vient à nous à Noël, commençant à répandre le monde de la résurrection comme par une graine de lumière. Le déroulement de la Création est alors le développement de cette illumination du monde, de sa sortie du chaos et des ténèbres.

C'est de la sorte que, graine de lumière et de résurrection, cette même Parole qui nous fait venir à l'être peut aussi nous faire venir à la vie de Dieu, pourvu que nous l'accueillions. Car la Création, le monde, les siens : les humains, dès lors qu'ils ne reçoivent pas la Parole par laquelle ils existent, sont dans les ténèbres, selon que c'est cette Parole qui sépare la lumière des ténèbres.

La grâce venue par Jésus-Christ parle alors du pouvoir de devenir enfants de Dieu. L'écoute de la Parole venue sous la forme de la Loi, donnée par Moïse, premier témoin, et des Prophètes, où Jean le Baptiste, selon les Évangiles, annonce l'Incarnation de la Parole, le devenir chair de la Parole, qui, reçue, donne le pouvoir de devenir enfants de Dieu à autant de porteurs de cette Parole qui fait venir à la vie — lesquels enfants de Dieu ne sont pas nés de la chair ni du sang, ni d'une volonté d'homme, mais de Dieu.

*

La grâce seule peut faire franchir ce pas de la vérité incarnée ! Elle est, nous dit Jean, manifestée en Jésus-Christ, qui fait connaître celui que nul n'a jamais vu : le Père.

Connaître le Père se fait dans l'accueil de la Parole, dans la chair, c'est-à-dire dans le fait de vivre de la Parole qui fait vivre, de voir de la lumière qui illumine nos yeux, nos vies. Connaître, c'est être en communion. Cette possibilité nous est dévoilée par Jésus-Christ, communion vivante avec Dieu, rencontre pleine de Dieu. Et de cette plénitude, dit l'Évangile, nous recevons tous.

Cette Parole, venue il y a deux mille ans en Jésus, Parole éternelle qui nous a créés, Parole éternelle qui nous illumine — vient naître en nous pour nous rendre féconds en Dieu, croissant jusqu'en la résurrection, et faire germer en nous la grâce de l'accueillir d'où qu'elle vienne ; de ne pas endurcir notre cœur lorsque nous l'entendons par la bouche de tous ses témoins, de Moïse à Jean le Baptiste, puis aux Apôtres et à tous les anonymes que nous côtoyons peut-être sans le savoir… Et tous ceux, qui jusqu’aux confins du monde sont témoins des possibilités qu’ouvre cette parole. Accueillir la Parole créatrice, illuminatrice, source de la vie nouvelle, ouvre la création nouvelle. Cette Parole, Fils unique de Dieu, en qui demeure pour nous le pouvoir de devenir nous aussi enfants de Dieu.


RP, 01.01.18


mercredi 29 novembre 2017

Vers la célébration de Noël





Noël, au terme de l’année Luther

« Christ, Dieu et homme, ne fait qu’une seule personne. Si je veux trouver Dieu, je vais le chercher dans l’humanité du Christ. Aussi, quand nous réfléchissons à Dieu, nous faut-il perdre de vue l’espace et le temps, car Notre-Seigneur Dieu, notre créateur est infiniment plus haut que l’espace, le temps et la création. » J’ai cité Martin Luther (Propos de Table). Luther nous le rappelle, lisant ainsi le début de l’Évangile de Luc (2, 15) : « Allons donc jusqu’à Bethléem, et voyons ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître » — : c’est au pied de la crèche que se découvre à Noël le Dieu de l’infini, c’est là la foi, devant Dieu, la seule source — sola fide — de la force qui le fera tenir ferme devant les hommes et affirmer :

« … À moins qu'on ne me convainque de mon erreur par des attestations de l'Écriture ou par des raisons évidentes […,] je suis lié par les textes de l'Écriture que j'ai cités, et ma conscience est captive de la Parole de Dieu : je ne peux ni ne veux me rétracter en rien, car il n'est ni sûr, ni honnête d'agir contre sa propre conscience. »

C’est la réponse célèbre de Luther à l’empereur Charles Quint lors de sa comparution devant la diète de Worms, alors qu’on lui demande de se rétracter pour le contenu de ses livres où il soutient la justification par la foi seule.

À commencer par la mise en question du commerce des indulgences, et à déboucher sur cette déclaration devant les hommes, Luther a trouvé la force dans l’humanité du Christ, le Dieu que nul n’a jamais vu, venu à Noël (Jn 1, 18).


RP, Billet PO déc. 2017, n° 420, cf. Qdn, Noël 2017, Édito


jeudi 28 septembre 2017

Vous, qui dites-vous que je suis ?





« Et vous ? » demande Jésus à ses disciples — « vous, qui dites-vous que je suis ? »

Jésus veut une réponse personnelle — toi ! moi !, pas « on » — ; il ne demande pas une affirmation admirative, mais qui, dans une heure, sera oubliée, et qui, finalement n'aura guère de conséquences dans les vies ; les foules bientôt crucifieuses rangeront par la suite ce « grand homme » dans leur mémoire comme on range des photos de grands hommes. Et dans la galerie des grands personnages, il y en aura un de plus.

« Et vous ? » — question qui engage, pour une réponse qui compromet pour toujours. Une réponse où tout change dans la vie de celui qui la formule. Une réponse qui veut dire concrètement : tu es mon Seigneur ; tu es celui qui est au cœur de ma foi ; une réponse qui joue toute notre vie, qui la différencie de l'admiration qui n'est jamais que sa mauvaise copie, d'autant plus dangereuse qu'elle permet d'esquiver Jésus et d'esquiver son salut.

C’est bien la question qui nous est posée, à nous aujourd’hui, et dont la réponse correspond à rien moins qu’à un engagement : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? »


RP, Le Protestant de l'Ouest octobre 2017, Billet Poitiers


jeudi 1 juin 2017

"Il souffla sur eux et leur dit : 'Recevez l’Esprit Saint'"





« "La paix soit avec vous. Comme le Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie." Ayant ainsi parlé, Jésus souffla sur eux et leur dit : "Recevez l’Esprit Saint ; ceux pour qui vous remettez les péchés, ils leur ont été remis. Ceux pour qui vous les soumettez, ils leur ont été soumis." » (Jean 20, 21-23)

« La paix soit avec vous » — don de l’Esprit saint. Ici s’ouvre la porte de la liberté. Et cette liberté est une question de pardon : « ceux pour qui vous remettez les péchés, ils leur ont été remis. Ceux pour qui vous les soumettez, ils leur ont été soumis ». Deux faces de la libération. Remettre les péchés, c’est pardonner ; soumettre les péchés, c’est permettre de les dominer.

Être libéré du fruit du péché. C’est en rapport étroit avec le pardon. Souvenons-nous de l’épisode de Caïn. Genèse 4, 6-8 : « Le Seigneur dit à Caïn : "Pourquoi t’irrites-tu ? Et pourquoi ton visage est-il abattu ? Si tu agis bien, ne le relèveras-tu pas ? Si tu n’agis pas bien, le péché, tapi à ta porte, te désire. Mais toi, domine-le." Caïn parla à son frère Abel et, lorsqu’ils furent aux champs, Caïn attaqua son frère et le tua. »

« Le péché est tapi à ta porte… Mais toi, domine-le. » Caïn ne l’a pas dominé. Caïn n’a pas reçu le pardon, la rémission de ses péchés. Il jalousait son frère. Il n’a pas perçu le pardon, l’élargissement de son cœur et la capacité de pardonner ; et de soumettre le péché et son fruit, à savoir ses péchés, fruits du péché : le péché l’a vaincu, Caïn ne l’a pas dominé… N’ayant pas reconnu cette part sombre de lui-même.

Mais voici le fruit de l’Esprit saint, dans la promesse de Jésus aux Apôtres : « ceux pour qui vous remettez les péchés, ils leur ont été remis. Ceux pour qui vous les soumettez, ils leur ont été soumis ». Cela inclut la reconnaissance de la part sombre qui est en nous.

Sans quoi, « le salaire du péché, c’est la mort », écrit Paul (Ro 6, 23). Jésus, le Ressuscité, qui a vaincu la mort, a pouvoir sur tout. Il a pouvoir même sur le péché. Il ouvre même comme possible l’impossible commandement donné à Caïn : « domine sur le péché ». Impossible, Caïn, en manque de pardon, n’ayant fait que projeter sur son frère la frustration qui l’habitait.

Face à cela, le don de l'Esprit saint est aussi pénétration de tout ce qui fait notre être, jusqu'en ses zones d'ombre — pénétrant jusqu'aux profondeurs de Dieu, l'Esprit sonde tout en nous en dit Paul (1 Co 2, 10). Esprit de miséricorde qui dit et promet que sa présence en nous nous révèle entièrement à nous-même et ainsi nous libère.

La liberté étant que nos fautes nous sont pardonnées, l’Esprit saint nous les soumet en nous donnant de connaître ce qui est en nous. Jésus souffla sur eux : dans ce souffle est la paix que donne Jésus : « la paix soit avec vous ». La paix de se savoir pardonné. Pleinement pardonné : vos péchés vous sont remis, l’Esprit saint vous les soumet. La liberté qui est dans le fait d’être pardonnés nous libère du poids d’avoir à ne pas pardonner. Nous voilà donc devant le Christ, le Ressuscité présent au milieu de nous, soufflant sur nous : recevez l’Esprit saint.




lundi 8 mai 2017

Entre Pâques et Pentecôte





« Comme il se trouvait avec eux, il leur recommanda de ne pas s’éloigner de Jérusalem, mais d’attendre ce que le Père avait promis, ce que je vous ai annoncé, leur dit-il » (Actes 1, 4).

Quelque chose couve… Comme dans le récit de la Genèse (ch. 1, v. 2), « l’Esprit planait à la face des eaux ». Lorsque les temps sont prêts, le Ressuscité, ayant rappelé ce que le Père a promis – la présence de l'Esprit saint qui habilite les disciples en les rejoignant au cœur de leur appel – il est temps pour Jésus de les laisser… « Il fut élevé pendant qu’ils le regardaient, et une nuée le déroba à leurs yeux » (Actes 1, 9).

« Si tu veux construire un bateau, ne rassemble pas tes hommes et femmes pour leur donner des ordres, pour expliquer chaque détail, pour leur dire où trouver chaque chose… Si tu veux construire un bateau, fais naître dans le cœur de tes hommes et femmes le désir de la mer. »
(Antoine de Saint-Exupéry)


RP, Le Protestant de l'Ouest mai 2017, Billet Poitiers


dimanche 16 avril 2017

Résurrection de la chair





« "Avance ton doigt ici et regarde mes mains ; avance ta main et enfonce-la dans mon côté, cesse d’être incrédule et deviens un homme de foi." Thomas lui répondit : "Mon Seigneur et mon Dieu" » (Jean 20, 27-28).

Dans le même ordre d’idée le Ressuscité s’adresse aux disciples de la sorte : « Regardez mes mains et mes pieds : c’est bien moi. Touchez-moi, regardez ; un esprit n’a ni chair, ni os, comme vous voyez que j’en ai » (Luc 24, 39). Scandale pour la raison que cette résurrection de la chair que Jésus signe ici dans son corps ressuscité.

L’enjeu est rien moins que le sens — éternel ! — de notre vie.

Notre vie ne se réalise, ne se concrétise, que dans notre histoire, dans nos rencontres, dans la trivialité du quotidien, bref, dans la chair ! Et c’est cela qui est racheté, radicalement et éternellement racheté au dimanche de Pâques. Le rachat dont il est question n’est pas l’accès à un statut d’esprit évanescent. C’est bien tout ce qui constitue notre être, notre histoire, l’expérience de nos rencontres et donc de nos sens, de notre chair, qui est racheté. Notre histoire qui a fait de nous, qui fait de nous, qui fera de nous, ce que nous sommes, cette réalité de nos vies uniques devant Dieu. C’est l’extraordinaire nouvelle qui nous est donnée par le Ressuscité : lui aussi, Fils éternel de Dieu, advient à l’éternité qui est la sienne par le chemin de son histoire dans la chair : ses plaies elles-mêmes, qui ont marqué sa chair, sont constitutives de son être !

Signe que tous nos instants, ceux de Thomas, des Apôtres, les nôtres, chacun de nos moments uniques dans l’éternité, est porteur de notre propre vocation à l’éternité.


RP, Le Protestant de l'Ouest avril 2017, Billet Poitiers // édito QdN


mardi 28 février 2017

La tentation au désert



(image ici)

La tentation, l'épreuve, prend pour chacun de nous la figure de ce que nous sommes — et dès lors d'un repli sur soi-même, d'un repli sur ce que nous entendons être, avec certitude d'être inébranlables, sans faiblesses.

Pour Jésus, il est le Messie ; sa tentation sera, dans ce texte de Matthieu (4, 1-11) d'entrée en Carême, messianique : comment accéder à sa propre messianité. Quant à chacun de nous aussi, l'épreuve-tentation nous assaille par ce qui nous concerne. Pas la messianité bien sûr ! À nous de savoir où sont nos tentations, où seront nos épreuves…

Au cœur de l’épreuve, celle de Jésus comme de toute tentation, est la suggestion d'être par-soi-même, donc d'être sans faiblesses, c'est-à-dire n'avoir plus besoin d'autrui, que ce soit du prochain ou de Dieu — pour une autre espèce de désert…

À la proposition d'être tout par soi-même, un soi-même pour lequel Dieu-même n’aurait plus sa place répond la prière : « dans l'épreuve, permets que nous ne sombrions pas, mais délivre-nous du Mauvais ».


RP, PO mars 2017, Billet Poitiers