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samedi 1 décembre 2018

Tandis que les ténèbres couvrent la terre…





Lorsque, avant sa venue à l’être, Dieu envoie une âme dans le monde, celle-ci trépigne, résiste, supplie, bref, fait tout pour éviter de devenir chair. Puis elle finit pas céder – on peut penser : mi par lassitude, mi par inconscience, à défaut d’avoir pu mesurer les conséquences d’une telle acceptation. « Tu m’as séduit, Seigneur, et je me suis laissé séduire », dit Jérémie (ch. 20, v 7) avant de maudire sa propre naissance (v. 14), à l’instar de Job (ch. 3). Si l’on en croit la tradition juive nous enseignant cette réticence de l’âme à venir en ce monde, nous avons tous dit « non ».
Tous, vraiment ? Il y en a toutefois bien un qui a dit « oui » en toute connaissance de cause : celui qui nous a rejoints dans notre humanité, est devenu chair (Jean 1, 14). Celui qui est la Parole de lumière, le « oui » en qui tout a été fait est « venu chez les siens » (Jn 1, 11a). C’est ce que nous rappelle le temps de Noël que nous préparons. C’est ici que tout est renversé, ici que tout devient possible.
Nous voici donc tous avec notre « non » appelés à un acte de confiance à la suite de celui-là seul qui a dit « oui » pour nous en connaissance de cause.
Pour nous aussi, quoiqu’il en ressorte, il est alors temps, au-delà de nos refus – car nous ne l’avons d’abord pas reçue (Jn 1, 11b) –, il est temps, par-delà nos refus, de recevoir le don qui nous est fait : à quiconque a reçu la Parole de lumière, « elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jn 1, 12).

*

Tandis que les ténèbres couvrent la terre, tandis que le brouillard de nos douleurs nous empêche encore de voir clairement ce mystère, le peuple de Dieu, est déjà rayonnant de la lumière de Dieu, sa Gloire.
« Mets-toi debout et deviens lumière, car elle arrive, ta lumière : la gloire du Seigneur sur toi s'est levée. Voici qu'en effet les ténèbres couvrent la terre et un brouillard, les cités, mais sur toi le Seigneur va se lever et sa gloire, sur toi, est en vue. Les nations vont marcher vers ta lumière et les rois vers la clarté de ton lever » (Ésaïe 60, 1-3).
C’est cette promesse que Noël renouvelle. L’Alliance est renouvelée et étendue à toutes les nations, pour que l'Église soit riche de toutes leurs cultures, de toutes leurs couleurs, de toutes leurs légendes et traditions, de tous leurs chants.
La promesse d'Ésaïe est en marche. Ceux qui déjà se sont approchés de la Jérusalem nouvelle, ville de la paix, portent les louanges du Seigneur de loin en loin, se font ses messagers, pour autant d'échos d'extrémités du monde en extrémités du monde.
La promesse se déploie par l'octroi du pardon : par la foi seule, on a accès à la Jérusalem céleste ! Cela vaut pour tous, quelle que soit sa tradition, sa provenance, ses rites. Sur ce fondement de la mission universelle, le pardon, et le pardon réciproque de tout ce qu'est chacun, le pardon des fautes aussi, ce don de Dieu pour l'acceptation de tous et pour un nouveau départ, se bâtit l'Église universelle.
Le don de Dieu, le dévoilement de ce grand mystère se poursuit, et nous sommes encore invités à en être.
Aujourd'hui à nouveau, Dieu nous accueille comme ses enfants, tous, d'où que nous soyons, par pure grâce, par don, cadeau de Noël pour nous porter à travers les jours qui s’ouvrent, pour que nos lendemains soient lumière.

RP, Édito Qdn, Avent-Noël 2018 ; PO, déc. 2018 & janv. 2019


samedi 16 décembre 2017

Noël, au terme de l’année Luther





La célébration de Noël, venue du Fils éternel de Dieu comme un tout-petit, en terme de l’année Luther…

« Christ, Dieu et homme, ne fait qu’une seule personne. Si je veux trouver Dieu, je vais le chercher dans l’humanité du Christ. Aussi, quand nous réfléchissons à Dieu, nous faut-il perdre de vue l’espace et le temps, car Notre-Seigneur Dieu, notre créateur est infiniment plus haut que l’espace, le temps et la création. » J’ai cité Martin Luther (Propos de Table). Luther nous le rappelle, lisant ainsi le début de l’Évangile de Luc (2, 15) : « Allons donc jusqu’à Bethléem, et voyons ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître » — : c’est au pied de la crèche que se découvre à Noël le Dieu de l’infini, c’est là la foi, devant Dieu, la seule source — sola fide — de la force qui le fera tenir ferme devant les hommes et affirmer :

« … À moins qu'on ne me convainque de mon erreur par des attestations de l'Écriture ou par des raisons évidentes — car je ne crois ni au pape ni aux conciles seuls puisqu'il est évident qu'ils se sont souvent trompés et contredits — je suis lié par les textes de l'Écriture que j'ai cités, et ma conscience est captive de la Parole de Dieu : je ne peux ni ne veux me rétracter en rien, car il n'est ni sûr, ni honnête d'agir contre sa propre conscience. »

C’est la réponse célèbre de Luther à l’empereur Charles Quint lors de sa comparution devant la diète de Worms, en avril 1521, alors qu’on lui demande de se rétracter pour le contenu de ses livres où il soutient la justification par la foi seule.

Réputée fondatrice de la liberté de conscience, cette réponse relève du principe sola Scriptura — l’Écriture seule. À commencer par la mise en question du commerce des indulgences, et à déboucher sur cette déclaration devant les hommes, Luther a trouvé la force dans l’humanité du Christ, le Dieu que nul n’a jamais vu, venu à Noël, selon l’Écriture (Jean 1, 18) — posant la Parole divine qu’il reçoit dans la Bible comme fondement libérateur de la conscience humaine.

Un principe, sola Scriptura, qui verra la parole ainsi semée porter des fruits imprévus par Luther. Libérer l’Écriture, comme il l’a fait, vaut libérer sa lecture. Avec Luther, voire malgré lui s’il le faut : l’attitude insoutenable du Luther vieux envers les juifs, est liée à ce que Luther, opposant Loi et Évangile, déconsidère de ce fait, malgré tout, la Bible hébraïque en soi : il en a enseigné des livres — les Psaumes ont été décisifs —, la lecture qu’il en fait est christocentrique « Si je veux trouver Dieu, je vais le chercher dans l’humanité du Christ » ; homme de son temps, Luther croit de là devoir délégitimer finalement toute autre lecture.

Laisser parler la Bible débouche sur le principe sur lequel insistera Calvin : « Scriptura sui ipsius interpres » — « l’Écriture est sa propre interprète », ce qui permet à Calvin de constater par exemple la non-abrogation de l’Alliance du Sinaï : elle ne peut pas être abrogée, reposant sur la fidélité de Dieu. Le même Dieu parle encore aujourd’hui, depuis les mots des anciens prophètes, qui résonnent jusqu’à nos jours. Dieu parle, à Noël sa Parole est devenue chair, a revêtu l’humanité (Jean 1).

L’humanité y est appelée à « vivre devant Dieu par la foi seule » — coram Deo sola fide vivere (Habacuc 2, 4 : « le juste vivre par la foi »). Contre les injonctions hurlantes et déshumanisantes qui ont mené à la nuit de l’humanité européenne du XXe siècle, toujours tapies dans l’ombre au cœur du continent qui avait reçu le message réformateur, — la conscience devant Dieu.


mercredi 29 novembre 2017

Vers la célébration de Noël





Noël, au terme de l’année Luther

« Christ, Dieu et homme, ne fait qu’une seule personne. Si je veux trouver Dieu, je vais le chercher dans l’humanité du Christ. Aussi, quand nous réfléchissons à Dieu, nous faut-il perdre de vue l’espace et le temps, car Notre-Seigneur Dieu, notre créateur est infiniment plus haut que l’espace, le temps et la création. » J’ai cité Martin Luther (Propos de Table). Luther nous le rappelle, lisant ainsi le début de l’Évangile de Luc (2, 15) : « Allons donc jusqu’à Bethléem, et voyons ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître » — : c’est au pied de la crèche que se découvre à Noël le Dieu de l’infini, c’est là la foi, devant Dieu, la seule source — sola fide — de la force qui le fera tenir ferme devant les hommes et affirmer :

« … À moins qu'on ne me convainque de mon erreur par des attestations de l'Écriture ou par des raisons évidentes […,] je suis lié par les textes de l'Écriture que j'ai cités, et ma conscience est captive de la Parole de Dieu : je ne peux ni ne veux me rétracter en rien, car il n'est ni sûr, ni honnête d'agir contre sa propre conscience. »

C’est la réponse célèbre de Luther à l’empereur Charles Quint lors de sa comparution devant la diète de Worms, alors qu’on lui demande de se rétracter pour le contenu de ses livres où il soutient la justification par la foi seule.

À commencer par la mise en question du commerce des indulgences, et à déboucher sur cette déclaration devant les hommes, Luther a trouvé la force dans l’humanité du Christ, le Dieu que nul n’a jamais vu, venu à Noël (Jn 1, 18).


RP, Billet PO déc. 2017, n° 420, cf. Qdn, Noël 2017, Édito


samedi 3 décembre 2016

L'initiative divine et le dilemme de Joseph





L’Évangile selon Matthieu, qui nous présente Joseph apprenant la prochaine naissance de Jésus, ne nous dit pas comment il savait que Marie sa fiancée était enceinte — par « l'action du Saint Esprit » ; on imagine qu'à un certain point de la grossesse, Joseph commençait à se poser des questions sur l'apparence changeante de sa fiancée…

Passant sur ces questions, le texte nous présente Joseph au moment où il envisage de prendre des résolutions : rompre secrètement — car « il était un homme de bien », nous dit l'Évangile. Pour signaler la gravité de ce qui se passe, il faut savoir qu'à l'époque, les fiançailles étaient un contrat que normalement on ne rompait pas. C'était déjà un mariage, en quelque sorte ; une rupture était donc comme un divorce. Et il était inconcevable qu'avant le mariage proprement dit, le fiancé s’approche de sa promise. On restait à une distance relative, on était simplement promis l’un à l’autre, et cela ne se rompait pas.

D'où le problème qui se pose à Joseph : s'il ne rompt pas, on va le soupçonner lui d’avoir manqué de respect à sa promise ; et naturellement, de plus, il n'était peut-être pas non plus forcément enthousiaste à l'idée d'épouser une femme qui apparemment l’avait trompé. Mais s'il rompt, il expose Marie à l'humiliation publique, et par là-même à un avenir des plus sombres : ce qu'il veut lui épargner.

Joseph envisage donc une voie moyenne : la rupture secrète.

C'est un ange, perçu en songe, qui le retient de mettre son projet de rupture à exécution et le rassure sur la probité de Marie. (Joseph nous sera souvent montré dans son sommeil — trois fois — rencontrant des anges.) Le songe est le lieu de communication entre notre monde et les mondes supérieurs. Et Joseph doute d'autant moins de la parole angélique qu'il est vraisemblablement prêt à faire confiance à Marie.

Et cela rejoint son espérance de la venue prochaine d'un Messie, sauveur du peuple. Et voilà que c'est à lui qu'il est confié, selon la vision qu’il a en songe.

Ainsi Joseph, à son réveil, obéit à la vision angélique. Joseph adoptera Jésus.

*

Et là nous sommes directement concernés. Mais quel rapport entre l’adoption de Jésus par Joseph et nous ? me direz-vous. En quoi cette naissance me concerne elle ? Qu’en est-il pour moi au-delà de la simple histoire de cette jeune fille, Marie, qui a un enfant sans que son fiancé n’y soit pour rien ?

Ce qui me concerne est là : Qu’est-ce que Joseph reçoit ? Joseph adopte Jésus comme son enfant. Comme le nom même de Jésus l’indique (Mt 1, 21), il porte le salut du Seigneur ; le nom Jésus signifiant « le Seigneur sauve » ; il est lui-même en sa chair, la lumière et la Parole de Dieu, notre vie éternelle, le projet de Dieu pour nous.

Eh bien, c’est cela qu’il s’agit pour nous aussi d’adopter : le salut de Dieu, son projet pour nous — pour que s’accomplisse la promesse selon laquelle Dieu sera avec nous : Emmanuel.

Où se résout le fameux dilemme, savoir si l’enfant s’appelle Jésus ou Emmanuel.

Le Seigneur sauve, selon le nom « Jésus » — et ce salut est sa présence avec nous — Emmanuel, Dieu avec nous ; selon la promesse de la bénédiction : « le Seigneur est avec toi ». Jésus présence de Dieu parmi nous, demeure de Dieu, promesse qu’il nous faut recevoir à notre tour.


mardi 24 décembre 2013

"En ce temps-là, était paru un décret de César Auguste..."




"En ce temps-là, était paru un décret de César Auguste pour faire recenser le monde entier." (Luc 2, 1)

Savez-vous pourquoi le mois de février est si court ? C’est parce que l’empereur César Auguste a voulu un mois consacré à sa gloire, le mois qui porte son nom : août, c’est-à-dire Auguste. Et il a rajouté un jour au mois d’août pour que son mois n’en compte pas moins que le mois de Jules César, juillet : le jour ajouté en août a été retiré à février. Tel est le pouvoir de César Auguste. Déjà de son vivant, il trône, comme le Pharaon au temps de Moïse, dans la compagnie divine.

Aujourd'hui, lui qui a pouvoir sur le monde entier en décrète le recensement : il veut compter tous ses sujets ! Pour cela, le voilà qui bouleverse le quotidien de tout un chacun. Chacun doit se rendre dans sa ville ancestrale, ce sont ses ordres.

C'est ainsi qu'il envoie une famille dont il ignore même l’existence, une famille galiléenne, à l’autre bout du pays, à Bethléem en Judée, lieu d’origine de l'homme, Joseph. La femme, Marie, enceinte, devra accoucher dans une étable : il n’y a pas d'autre place pour passer la nuit.

Qui, alors, ne connaît pas César Auguste ? Qui, alors, connaît l’enfant qui naît d’une mère sans toit que le puissant César Auguste ballote sur les routes sans même savoir qu’elle existe, au bras d'un Joseph désemparé, alors que les douleurs de l’accouchement se font sentir, et qu’on ne trouve toujours pas de toit ?

Finalement, malgré les difficultés, l’accouchement s’est bien passé, et même mieux — cela aussi l’empereur l’ignore — il a eu lieu conformément aux prophéties : Dieu a donné un autre sens, un sens éternel, à ce qui se passe ce jour. De toute éternité, il est dit que le Fils de Dieu naîtra là, dans ces condi­tions, pour le salut des hommes, malgré l’empereur, et à travers ses décrets.

Il ignore la femme qu’il ballote sur les routes, et sa grossesse, lui César Auguste adoré comme dieu — comme antan Pharaon. Mais comme pour l'antique Pharaon, qui de nos jours célèbre César Auguste, empereur de toute la Terre, qu’il bouleverse par ses décrets ?

Quant à l’enfant, alors ignoré de tous, et surtout de l’empereur, c’est sa naissan­ce que nous célébrons, avec les anges, comme l’événement le plus important de l’histoire du monde, l’événe­ment à partir duquel nous datons tous les autres événements, y compris le temps du règne lointain, et devenu un parmi d’autres, de l’empereur César Auguste. N’apprend-on pas aujourd’hui, superbe ironie, que César Auguste avait été élevé au Souverain Pontificat en 12 avant… Jésus-Christ !?

Tel est le signe de Dieu. Telle est la façon surprenante dont Dieu manifeste sa puissance ; car, dit-il, « ma puissance s’accomplit dans la faiblesse ». C'est la nuit d'un nouvel Exode, la nuit de la liberté, où l'enfant qui échappe à la puissance, et même à la connaissance de César Auguste, cet autre Pharaon de toute la terre, nous libère de tous nos esclavages et nous fait passer à la liberté nouvelle.


RP,
Poitiers, Veillée de Noël 2013


dimanche 1 décembre 2013

Cadeau de Noël




Tout a commencé dans une parole faisant advenir le monde des ténèbres à la lumière ; faisant advenir le chaos de 13, 8 milliards d’années au jour de la parole créatrice prononcée dans la lumière ; une parole qui résonne dans le temps du récit de la Genèse : selon la tradition juive il y a 5774 ans... Et à nouveau dans la promesse des prophètes. Ésaïe (9, 1) : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière. » Ce texte lu au temps de Noël nous rappelle que cette même parole qui fait sortir la vie des ténèbres est à nouveau au recommencement de toute chose. Car le monde, qui n’est pas pleinement sorti de la nuit, est appelé à renaître, à accéder à sa plénitude en paraissant en pleine lumière.

C’est cette espérance séculaire de la venue de la lumière de la délivrance, signifiée par toutes les fêtes de lumière des différents cultes, qui s’est réalisée à Noël. L'origine la plus vraisemblable du mot Noël serait dans le gaulois noio hel signifiant « nouveau soleil ». Les origines de la fête s'enracinent dans les célébrations de la lumière, comme le culte du « soleil invaincu » chez les Romains et les autres fêtes de solstice des pays nordiques. Avant la réforme du calendrier par Jules César, le solstice d'hiver correspondait au 25 décembre du calendrier romain et les festivités ont continué de se tenir à cette date même après que le solstice eût correspondu au 21 décembre du calendrier julien.

C’est cette espérance d'une lumière nouvelle, qui nous a rejoints, parole faite chair, faite enfant que nous fêtons à Noël — 2013 ! Ici, comme nouveau soleil, c'est à la Parole créatrice qu'il est fait référence, et à la lumière qui en est le premier effet. Une lumière qui précède toute lumière. Celle du soleil vient ensuite (au 4e jour selon la Genèse. Elle ne fait que commencer à naître selon le temps du solstice d’hiver) : mais la lumière que nous célébrons est la vraie lumière, qui éclaire tout être humain venant dans le monde.

En cette Parole, créatrice, est « la lumière du monde », avant la lumière naturelle (Jean 1, 9-10). Lorsqu'elle s'exprime, la lumière apparaît : « Dieu dit : que la lumière soit, et la lumière fut » (Genèse 1, 3). Cette vraie lumière est la lumière spirituelle dans laquelle le monde prend forme. Cette lumière est celle de Noël. Le déroulement ultérieur de la création est le développement de cette illumination du monde, de sa sortie du chaos et des ténèbres. Les choses s'ordonnent en se distinguant, en se séparant : ainsi en premier, le jour d'avec la nuit.

C'est cette même Parole qui nous fait venir à l'être qui peut aussi nous faire venir à la vie de Dieu, à la vie éternelle, pourvu que nous l'accueillions. Car le monde, dès lors qu'il ne reçoit pas cette Parole par laquelle il existe, est dans les ténèbres, selon que c'est cette Parole qui sépare la lumière des ténèbres.

Cette parole de lumière vient à Noël, comme petit enfant, de sorte que nous puissions l’accueillir le plus simplement… Donnant, à qui l’accueille, le pouvoir de devenir enfant de Dieu. Autant de porteurs de cette Parole qui fait venir à la vie, lesquels ne sont pas nés de la chair, mais de la volonté de Dieu. Recevoir la Parole qui fait advenir à la vie dans l’éternité — c'est le vrai Cadeau de Noël !


lundi 24 décembre 2012

Incarnation




Tout ce qui constitue notre être, notre histoire, l’expérience de nos rencontres et donc de nos sens, de notre chair, est racheté. Notre histoire qui a fait de nous, qui fait de nous, qui fera de nous, ce que nous sommes : cette réalité de nos vies uniques devant Dieu. Tout cela est racheté.

C’est l’extraordinaire nouvelle qui nous est donnée par le Ressuscité, qui vient en notre humanité en toute humilité à Noël : Fils éternel de Dieu, il advient à l’éternité de Ressuscité qui est la sienne par le chemin de son histoire dans la chair, qui commence dans le temps à sa naissance, inaperçue des régnants...

... En lui tous nos instants, chacun de nos moments uniques dans l’éternité, est porteur de notre propre vocation à l’éternité !

Cadeau de Noël !

"Cette lumière était la véritable lumière, qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme. Elle était dans le monde, et le monde a été fait par elle, et le monde ne l’a point connue. Elle est venue chez les siens, et les siens ne l’ont point reçue. Mais à tous ceux qui l’ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, lesquels sont nés, non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu. Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité ; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père." (Jean 1, 9-14)


samedi 24 décembre 2011

"Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière"



Et ici, message du culte de Noël

Ésaïe 9, 1-6
1 Le peuple qui marchait dans les ténèbres
a vu une grande lumière.
Sur ceux qui habitaient le pays de l'ombre,
une lumière a resplendi.
2 Tu as fait abonder leur allégresse,
tu as fait grandir leur joie.
Ils se réjouissent devant toi
comme on se réjouit à la moisson,
comme on jubile au partage du butin.
3 Car le joug qui pesait sur lui,
le bâton qui frappait son dos,
le massue de son oppresseur,
tu les as brisés comme au jour de Madiân.
4 Toutes les bottes qui piétinaient dans la bataille
et tous les manteaux roulés dans le sang
seront livrés aux flammes,
pour être dévorés par le feu.
5 Car un enfant nous est né,
un fils nous a été donné.
La souveraineté est sur ses épaules.
On proclame son nom :
« Merveilleux-Conseiller, Dieu-Fort,
Père à jamais, Prince de la paix. »
6 Il y aura une souveraineté étendue et une paix sans fin
pour le trône de David et pour sa royauté,
qu'il établira et affermira
sur le droit et la justice
dès maintenant et pour toujours
— l'ardeur du SEIGNEUR, le tout-puissant, fera cela.

*

« Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière. »

Toutes choses ont commencé ainsi : dans une parole qui fait advenir le monde des ténèbres à la lumière ; qui a fait advenir le chaos de 13, 5 milliards d’années au jour de la parole créatrice prononcée dans la lumière ; une parole qui résonne dans le temps du récit de la Genèse selon la tradition juive il y a 5772 ans.

Et à nouveau la promesse d’Ésaïe : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière. » Ce texte lu à Noël nous rappelle que cette même parole qui fait sortir la vie des ténèbres est à nouveau au recommencement de toute chose. Car le monde, qui n’est pas pleinement sorti de la nuit, est appelé à renaître, à accéder à sa plénitude en paraissant en pleine lumière.

« Le bâton de l’oppresseur » dénoncé par le prophète est le signe de ce que le monde n’est pas pleinement sorti de la nuit. Mais le jour promis — « une paix sans fin pour le trône de David qu'il établira et affermira sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours » —, le jour de la délivrance, de la fin de la misère et de la violence, est aussi celui qui s’annonce à Noël comme une grande lumière dans le signe de l’enfant humble que nous fêtons.

C’est cette espérance séculaire de la venue de la lumière de la délivrance, signifiée par toutes les fêtes de lumière des différents cultes, qui s’est réalisée à Noël.

L'origine la plus vraisemblable du mot Noël serait dans le gaulois noio hel signifiant « nouveau soleil ». Les origines de la fête s'enracinent dans les célébrations de la lumière, comme le culte du « soleil invaincu » chez les Romains et les autres fêtes de solstice des pays nordiques. Avant la réforme du calendrier par Jules César, le solstice d'hiver correspondait au 25 décembre du calendrier romain et les festivités ont continué de se tenir à cette date même après que le solstice eût correspondu au 21 décembre du calendrier julien.

C’est cette espérance d'une lumière nouvelle, qui nous a rejoints à la crèche de Bethléem, que nous fêtons pour la 2011e fois. Ici, comme nouveau soleil, c'est à la Parole créatrice qu'il est fait référence, et à la lumière qui en est le premier effet. Une lumière qui précède toute lumière.

Celle du soleil vient ensuite (au 4e jour selon la Genèse. Elle ne fait que commencer à naître selon le temps du solstice d’hiver) : mais la lumière que nous célébrons est la vraie lumière, qui éclaire tout être humain venant dans le monde.

Un monde extrait des ténèbres qui précèdent cette parole illuminatrice. « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière. »

C’est en cette Parole, créatrice, qu’est « la lumière du monde », avant la lumière naturelle (Jean 1, 9-10). Lorsqu'elle s'exprime, la lumière apparaît : « Dieu dit : que la lumière soit, et la lumière fut » (Genèse 1, 3). Cette vraie lumière est la lumière spirituelle dans laquelle le monde prend forme.

Cette lumière est celle de Noël. Le déroulement ultérieur de la création est le développement de cette illumination du monde, de sa sortie du chaos et des ténèbres. Les choses s'ordonnent en se distinguant, en se séparant : ainsi en premier, le jour d'avec la nuit.

C'est cette même Parole qui nous fait venir à l'être qui peut aussi nous faire venir à la vie de Dieu, à la vie éternelle, pourvu que nous l'accueillions. Car le monde, dès lors qu'il ne reçoit pas cette Parole par laquelle il existe, est dans les ténèbres, selon que c'est cette Parole qui sépare la lumière des ténèbres.

Cette parole de lumière vient à Noël, comme petit enfant, de sorte que nous puissions l’accueillir le plus simplement… Donnant, à qui l’accueille, le pouvoir de devenir enfant de Dieu. Autant de porteurs de cette Parole qui fait venir à la vie, lesquels ne sont pas nés de la chair, mais de la volonté de Dieu. Recevoir la Parole qui fait advenir à la vie dans l’éternité.

Face à cela, les ténèbres naturelles sont le signe qu'il est une seule limite à la pénétration de la lumière. Ne pas l'accueillir.

Mais que de possibilités s'ouvrent au contraire par cet accueil : le pouvoir de devenir enfants de Dieu, juste par l'accueil, dans la foi, de cette Parole et de sa lumière. C'est là le vrai cadeau de Noël.

Que cette Parole, dont nous célébrons la naissance en Marie il y a deux mille ans, Parole éternelle qui nous a créés, promise à une souveraineté sans fin, Parole éternelle qui nous illumine — naisse en chacun de nous pour nous rendre féconds en Dieu.

Qu'elle fasse germer en nous la grâce de l'accueillir d 'où qu'elle vienne ; de ne pas endurcir notre cœur lorsque nous l'entendons où nous ne l’attendrions pas ; car Dieu a pour habitude de déguiser ses anges, comme il a déguisé Marie et Joseph en étrangers que l'on n'a pas su accueillir. Accueillir la Parole créatrice, illuminatrice, source de la vie nouvelle. Cette Parole est le Fils unique de Dieu, « Prince de la paix » en qui demeure pour nous le pouvoir de devenir enfants de Dieu.

Matthieu 11, 25-29 :
25 En ce temps-là, Jésus prit la parole, et dit : Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants.
26 Oui, Père, je te loue de ce que tu l’as voulu ainsi.
27 Toutes choses m’ont été données par mon Père, et personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père ; personne non plus ne connaît le Père, si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler.
28 Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos.
29 Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez du repos pour vos âmes.

RP
Antibes, Veillée de Noël,
24.12.11


vendredi 25 décembre 2009

Noël... côté père




Matthieu 1, 17-25

18 Voici quelle fut l’origine de Jésus Christ. Marie, sa mère, était accordée en mariage à Joseph; or, avant qu’ils aient habité ensemble, elle se trouva enceinte par le fait de l’Esprit Saint.
19 Joseph, son époux, qui était un homme juste et ne voulait pas la diffamer publiquement, résolut de la répudier secrètement.
20 Il avait formé ce projet, et voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit: "Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse: ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint,
21 et elle enfantera un fils auquel tu donneras le nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés."
22 Tout cela arriva pour que s’accomplisse ce que le Seigneur avait dit par le prophète:
23 Voici que la vierge concevra et enfantera un fils auquel on donnera le nom d’Emmanuel, ce qui se traduit: "Dieu avec nous".
24 A son réveil, Joseph fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit: il prit chez lui son épouse,
25 mais il ne la connut pas jusqu’à ce qu’elle eût enfanté un fils, auquel il donna le nom de Jésus.

*

Lorsque Matthieu nous présente Joseph, il nous présente un homme qui a déjà pleinement assumé ce qui lui arrive. Homme juste que Joseph, dit le texte. Un juste qui ne veut pas exposer sa fiancée à la honte et à la menace qui pèse sur une femme adultère ; elle dont il a pourtant d’abord pensé, mettons-nous à sa place, qu’elle l’a trompé… Avant même le mariage. Voilà ce qu’a dessiné le texte.

Joseph, homme juste, homme de « pardon », comme le Joseph de la Genèse pardonnant à ses frères. Cet autre Joseph, celui de Marie, pardonnant… à Dieu-même ! Et adoptant Jésus.

Mais quel rapport entre l’adoption de Jésus par Joseph et nous ?, me direz-vous peut-être. En quoi cette naissance, la naissance de cet enfant déjà Roi, me concerne ? En quoi dit-t-elle le retour à Dieu et le terme du cheminement de son peuple ? Qu’en est-il pour moi au-delà de la simple histoire de cette jeune fille, Marie, qui a un enfant sans que son fiancé n’y soit pour rien ? Eh bien, au-delà de cette superbe histoire de pardon et d'adoption, l'Évangile nous offre la parole du salut en Jésus-Christ.

Joseph adopte Jésus comme son enfant. Comme le nom même de Jésus l'indique (1, 21), il porte le salut du Seigneur ; le nom Jésus signifiant « le Seigneur sauve » ; il est lui-même en sa chair, la lumière et la Parole de Dieu, notre vie éternelle, le projet de Dieu pour nous.

Eh bien, c’est cela qu’il s’agit pour nous aussi d'adopter : le salut de Dieu, son projet pour nous — pour que s’accomplisse la promesse selon laquelle Dieu sera avec nous : Emmanuel.

Où se résout le fameux dilemme, à savoir : mais enfin, comment s’appelle-t-il, ce petit : Jésus ou Emmanuel ? Le Seigneur sauve, selon le nom « Jésus » — et ce salut est sa présence avec nous — Emmanuel, Dieu avec nous ; selon la promesse de la bénédiction : « le Seigneur est avec toi ». Jésus présence de Dieu parmi nous, demeure de Dieu, son Temple, qu’il nous faut être à notre tour.

Pour cela, il nous appartient d’accepter à notre tour ce que Joseph a accepté : accepter que la réalité la plus importante de notre vie ne vienne pas de nous-mêmes. Le salut éternel n’est pas quelque chose que nous devons produire par nous-mêmes, il est à recevoir, à adopter comme Joseph adopte dans la foi l’enfant que porte Marie. Le salut de Dieu est ainsi comme une réalité nouvelle qui nous surprend et nous dépasse, une réalité vivante que l'on ne peut connaître qu'en acceptant de la recevoir et de l’aimer : « Dieu avec nous ».

Joseph a du mal à accepter cette naissance, nous avons du mal à adopter le salut de Dieu. Cela choque notre volonté naturelle, celle d'être, tout seul, artisan de notre vie. Mais c'est vital. C'est déjà une bonne idée de placer son espérance, sa foi, en quelque chose de plus grand que soi-même. C'est déjà bien, par exemple, d'avoir foi en un idéal.

Mais plus que cela, en choisissant d'adopter cet enfant, Joseph reconnaît à Dieu sa place au-dessus de lui-même. Et il nous indique à l’avance que Jésus vient pour une mission inouïe : notre salut éternel.

Joseph, alors, a choisi : placer sa foi en Dieu, et faire passer ses propres aspirations après.

*

C'est ainsi que l'accomplissement de nos vies se fait quand nous sommes habités, transformés, fécondés par la présence de Dieu. C’est pourquoi Jésus s’appelle aussi Emmanuel, c’est-à-dire « Dieu avec nous ».

Cette transformation, cette nouvelle dimension de notre vie est au-delà des mots de notre quotidien.

Aussi les témoins de Jésus en parlent-ils par images — disant que nous pouvons devenir "enfants de Dieu", que nous pouvons "naître d’en haut", "naître de Dieu", "naître du souffle de Dieu".

Autant d’expressions qui nous disent aussi que notre naissance spirituelle est quelque chose qui doit se vivre dans notre quotidien. Cette vie nouvelle ne peut entrer dans notre vie qu'à l'exemple de la naissance du Christ, Dieu venant féconder ce que nous sommes pour qu'il en naisse quelque chose de nouveau et d'éternel.

Notre vie biologique pour heureuse qu’elle puisse être, est évidemment limitée en durée et en qualité. Quelle qu’elle soit, Dieu vient dans notre propre histoire, d’Abraham à nos jours, et il y vient comme de l’extérieur, pour nous féconder et faire grandir en nous une réalité nouvelle. Comme l'Esprit de Dieu porte la parole qui fait germer le corps de Marie.

Cette présence, tout en nouveauté, de la vie divine dans le quotidien de Marie est à l'origine de la conception de l’être nouveau qu'est Jésus — qui est ainsi fils de Dieu et d’une fille des hommes.

Notre existence est faite pour être fécondée par la présence permanente de la nouveauté de vie en Dieu, au cœur de notre réalité biologique, intellectuelle, sociale, artistique, professionnelle, etc.

Sans cette fécondation, nous restons stériles pour Dieu. Une vie ignorant sa portée spirituelle oublierait de manière illusoire ne serait-ce que le vieillissement inexorable de notre corps, en se réfugiant dans l'agitation. Attitude et stérile et frustrante, sans avenir.

En sens inverse, nier la dimension matérielle et concrète de nos êtres appelés comme tels à être fécondés par la parole de Dieu, conduit également à une vie évidemment incomplète, selon que « qui veut faire l’ange fait la bête ».

Pour être ce que nous sommes selon l'image du Christ, nous devons naître comme lui. C'est-à-dire recevoir la présence de Dieu au cœur de notre histoire personnelle, pour que nous devenions enfant de Dieu selon notre humanité.

La présence de Dieu dans notre vie ne remplace pas ce que nous sommes, elle le féconde. Et ce nous-mêmes qui naît de la sorte est effectivement un être nouveau, mais c'est en même ce que nous sommes — en plénitude, comme réalité nouvelle fondée en Dieu.

C’est de la sorte qu’en Jésus, Dieu accomplit le salut des enfants d’Abraham, enfants de la foi, et cela dans le concret de nos vies.


RP,
Veillée de Noël, Antibes 24.12.09



mercredi 24 décembre 2008

Nativité


Noël,
l'empereur et l'enfant



nativite-ethiopie


Luc 2, 1-7
1 Or, en ce temps-là, était paru un décret de César Auguste pour faire recenser le monde entier.
2 Ce premier recensement eut lieu à l’époque où Quirinius était gouverneur de Syrie.
3 Tous allaient se faire recenser, chacun dans sa propre ville;
4 Joseph aussi monta de la ville de Nazareth en Galilée à la ville de David qui s’appelle Bethléem en Judée, parce qu’il était de la famille et de la descendance de David,
5 pour se faire recenser avec Marie son épouse, qui était enceinte.
6 Or, pendant qu’ils étaient là, le jour où elle devait accoucher arriva;
7 elle accoucha de son fils premier-né, l’emmaillota et le déposa dans une mangeoire, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle d’hôtes.

*

Nous commençons nos années en janvier, le mois qui suit ce jour de Noël commémorant la naissance de Jésus. Au temps de la naissance de Jésus, le premier mois de l’année était février.

Savez-vous pourquoi le mois de février est si court ? C’est parce que l’empereur César Auguste, celui qui fait recenser toute la terre, s’est vu octroyer un mois consacré à sa gloire, le mois d’août qui porte son nom. Août, c’est-à-dire Auguste. Et il a rajouté un jour au mois d’août pour que son mois n’en compte pas moins que le mois de Jules César, juillet : ce jour ajouté en août a été retiré à février.

Tel est le pouvoir de César Auguste. Depuis 12 av. JC, il est Souverain Pontife. On lui voue un culte : il est au sommet du panthéon religieux — voué à entrer à sa mort dans son apothéose, son entrée dans la compagnie des dieux. Rien ne lui échappe.

César Auguste, empereur prestigieux, un des plus prestigieux des empereurs romains, d’un côté. Une famille de déplacés galiléens de l’autre.


César Auguste

L'empereur a un pouvoir considérable, dans la compagnie divine. Il a pouvoir sur toute la terre, dont il décrète le recensement. Il veut compter tous ses sujets !

Pour cela, le voilà qui bouleverse le quotidien de tout un chacun. Chacun se rend dans sa ville ancestrale, ce sont ses ordres.

Ce faisant, il envoie une famille dont il ignore même l'existence, une famille galiléenne, à l'autre bout de cette terre de Palestine, en Judée, puisque Bethléem est sa ville d'origine.

Face à l'empereur de toute la terre, un couple dont la femme est enceinte est balloté sur les routes, un couple pauvre dont l'empereur ignore avec l'existence, les conditions précaires. La femme est enceinte. Elle se verra contrainte d'accoucher dans une étable puisque qu'il n'y a pas de place pour passer la nuit, pour se reposer.

Il n'y aura pour accueillir l'enfant nouveau-né que la crèche, la mangeoire des animaux de l'étable. Là au moins, il y a un peu de paille. On est certes loin des appartements somptueux des palais impériaux ; loin même des logements de fonction des employés de l'Empire, d'un gouverneur Quirinius ou d'un quelconque chef de région — au moins y trouve-t-on un peu de paille et de chaleur.

C'est un pouvoir considérable que celui de l'empereur qui décrète le recensement de toute la terre. Qui, à l'époque ne connaît pas César Auguste ?


L'enfant et ses parents

Mais qui, à l'époque, connaît l'enfant qui naît d'une mère sans toit, que le puissant César Auguste ballote sur les routes sans même savoir qu'elle existe, au bras de son fiancé désemparé, alors que les douleurs de l'accouchement se font sentir, alors qu'on ne trouve toujours pas de toit ?

Et voilà Joseph devant l’aubergiste de Bethléem dont l’hôtellerie est pleine. Et Joseph qui le supplie : s’il vous plait, Monsieur l’aubergiste, trouvez-nous une place. — Désolé, il n’y en a pas ! — Mais Monsieur l’aubergiste, regardez, ma femme est enceinte, près d’accoucher ! — Et l’aubergiste qui répond : Désolé, ça, ce n’est pas de ma faute ! — Et Joseph : ce n’est pas de la mienne non plus !… (Cette façon de dire est de l’évêque Sud-Africain Desmond Tutu, qui dit cela mieux que moi…)

Cela dit, voilà que malgré les difficultés, l'accouchement a eu lieu, qu'il s'est bien passé, et même mieux — cela aussi l'empereur l'ignore — qu'il a eu lieu conformément aux prophéties.


Dieu

Dieu a donné un autre sens, un sens éternel à ce qui se passe ce jour-là. L'enfant est son Fils, celui qui demeure dans son sein. De toute éternité, il est dit qu'il naîtra là, dans ces conditions, pour le salut des hommes, malgré l'empereur, et à travers ses décrets.

L'empereur ignore la femme qu'il ballote sur les routes, il ignore donc bien sûr sa grossesse, lui César Auguste adoré comme dieu. Comment peut-il deviner l'enfant dans le sein d'une femme qu'il ignore ? Oh ! il imagine bien qu'il peut y avoir des femmes enceintes parmi les populations qu'il déplace et recense. Mais lui qu’on l’on honore du titre de dieu et fils de dieu ne sait pas qu'aujourd'hui va naître celui dont l'origine remonte aux jours d'éternité. Il ignore qu'il ballote celle qui s'avèrera être la mère du Fils de Dieu, vrai Dieu qu'elle porte en son sein.

Qui aujourd'hui connaît César Auguste, qui le célèbre, lui l'empereur de toute la terre, qu'il bouleverse par ses décrets ?

Quant à l'enfant sans domicile fixe, alors ignoré de tous, et surtout de l'empereur, c'est sa naissance que nous célébrons, avec les anges, comme l'événement le plus important de l'histoire du monde, l'événement à partir duquel nous datons tous les autres événements, y compris le temps du règne lointain, et devenu un parmi d'autres, de l'empereur César Auguste. N'apprend-on pas aujourd'hui, ironie suprême, que César Auguste a reçu son statut de Souverain Pontife en 12 avant… Jésus-Christ !?

Tel est le signe de Dieu. Telle est la façon, bien surprenante, dont Dieu manifeste sa puissance ; car, dit-il, "ma puissance s'accomplit dans la faiblesse".

Et à chacun de nous : "ma grâce te suffit, car ma puissance s'accomplit dans la faiblesse" (2 Co 12, 9).


R.P.
Veillée de Noël, Antibes, 24.12.08


lundi 24 décembre 2007

Noël




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Un âne auprès de Jésus dans l’étable de la Nativité. On parle d’un bœuf aussi…

Mais comment se fait-il que les textes des évangiles de Noël n’y fassent pas allusion ?

En premier lieu nous est dressé l’arrière-plan, le fond sombre du tableau : des hauts personnages : un empereur romain qui fait recenser toute la terre chez Luc ; et chez Matthieu un roi qui ne supporte pas qu’un enfant naissant dans l'anonymat risque de le concurrencer !…

La gloire de ce monde ; la richesse, les lumières de la ville, des hôtels pleins de gens dignes, au point qu’il n’y a pas de place pour le plus humble.

Plus près de la crèche, encore des êtres glorieux, plus glorieux encore d’ailleurs, en vérité: des anges, êtres célestes ; chez Matthieu, près de l'enfant, des Mages, hauts dignitaires de terres lointaines.

Puis — rapprochons-nous, encore —, les premiers arrivés pour accueillir le nouveau-né, ceux auxquels les anges qui les ont avertis ont laissé la place : des bergers. Là, on est sur la piste, celle sur laquelle nous met l’Évangile… celle de l’humilité. Mais toujours pas d’âne ou de bœuf, me direz-vous…

Reprenons : dans les sphères de la gloire humaine, là où tout brille, les grands de ce monde, l’arrière-plan du tableau, ce qui se voit bien, c’est un empereur qui ballotte une humble famille sur les routes poussiéreuses pour mener à bien son recensement. C’est aussi un roi, malade de son pouvoir, au point de voir dans toute ombre qui se dessine une menace pour son avenir, jusqu’à attenter à la vie des enfants de Bethléem. Folie de la grandeur !

Puis nous est dessinée une autre gloire, cachée, mais d’un vrai prix, celle-là : la gloire céleste du chœur des anges, qui pour leur part, savent désigner ce qui est important ; comme les Mages, chez Matthieu, qui ont su le reconnaître.

Des Mages qui s’en retournent par un autre chemin. Des anges qui se retirent dans les lieux très hauts… et envoient des humbles parmi les humbles, les bergers comme témoins de ce qui se passe en ce qui est alors révélé comme le lieu le plus important de l’univers : une mangeoire, une crèche… où vient d’être déposé un enfant qui vient de naître…

Mais me direz-vous, où est le bœuf ? Où est l’âne ? Les bergers nous ont mis sur la piste : on sait bien que le bœuf ou l’âne ne sont jamais bien loin des bergers et des étables.

Savez-vous où paraît la première fois un âne dans les évangiles ? C’est aux Rameaux. Lors de l’entrée royale de Jésus à Jérusalem, en signe d’humilité, nous dit Matthieu, citant la prophétie de Zacharie. Mais jusque là, point d’âne ou de bœuf, si ce n’est lorsque Jésus parle de lui, le plus humble des animaux, comme de celui que Dieu à jugé digne de bénéficier des faveurs de sa loi : celui que l’on détache pour le faire boire le jour du Sabbat.

L’animal de l’humilité, celui dont on ne fait pas cas. Avez-vous compris alors ce que nous dit le silence des évangiles sur l’âne de la crèche, comme sur le bœuf ?

Ce jour-là, en cet enfant dont on n’a pas fait cas, s’est passée cette chose inouïe : Dieu a rejoint tous ceux dont on ne fait pas cas, ceux qu’on ne mentionne même pas, comme l’âne, ou le bœuf. C’est ici que se passent les choses vraiment importantes. Le prophète Ésaïe l’avait dit : « le bœuf connaît son propriétaire, et l’âne la crèche de son maître : mon peuple ne connaît rien, mon peuple n’a point d’intelligence » (Ésaïe 1, 3). Mon peuple : nous les hommes, tellement au dessus du reste de la création et surtout des bêtes de somme, nous qui aimons tant passer pour sages, intelligents, brillants.

À ce sujet, il est aussi écrit, rappellera Paul : « je détruirai la sagesse des sages et j’anéantirai l’intelligence des intelligents » (1 Corinthiens 1, 19). C’est ainsi, précise l’Apôtre, que « Dieu a choisi les choses insignifiantes du monde, celles qu’on méprise, celles qui ne sont pas, pour réduire à rien celles qui sont, afin que personne ne se glorifie devant Dieu » (1 Corinthiens 1, 28-29).

Telle est « la sagesse de Dieu, mystérieuse et cachée. Aucun des princes de ce monde ne l’a connue » (1 Corinthiens 2, 7-8).

Voilà donc qu’ « il a plu à Dieu de sauver les croyants par la folie de cette parole. Car la folie de Dieu est plus sage que les hommes, et la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes » (1 Corinthiens 1, 21-25).

Nous savons à présent pourquoi l’âne n’apparaît pas dans les récits : pour que l’on sache où se passe ce qui est vraiment important.

« Mon peuple n’a point d’intelligence » ? constate Ésaïe. Alors « écoutez, mes enfants, répond la sagesse, la leçon d’un père, appliquez-vous à connaître ce qu’est l’intelligence » (Proverbes 4:1). « L’âne, lui, connaît la crèche de son maître ». Il ne cherche pas à briller, ni à ce qu’on le remarque. Et pour que l’on comprenne bien cela… Eh bien, on ne le voit pas ! Un seul vaut d’être contemplé et honoré — celui que dans d’étable, réchauffe l’haleine de l’âne. L’âne qui, ainsi, représente aujourd’hui tous ceux dont on ne fait pas cas.

Puissions-nous entendre le silence de l’âne, pas même mentionné, et y découvrir notre vraie place, auprès de Dieu qui nous a rejoints dans l’humilité de cet enfant.

Heureux celui qui s’efface devant l’enfant qui a fait de la crèche où il a été déposé l’endroit le plus important de l’histoire de l’univers. C’est là l’intelligence : savoir où est le seul vrai Dieu. Et c’est là la clef du bonheur



Prière des ânes

« Donne-nous, Seigneur, de garder les pieds sur terre,
et les oreilles dressées vers le ciel pour ne rien perdre de ta parole.


Donne-nous, Seigneur, un dos courageux

Donne-nous, Seigneur, d’avancer tout droit,
en méprisant les caresses flatteuses autant que les coups de bâton.


Donne-nous, Seigneur, d’être sourds aux injures, à l’ingratitude :
c’est la seule surdité que nous ambitionnons.


Ne nous donne pas d’éviter toutes les sottises,
car un âne fera toujours des âneries.


Donne-nous simplement, Seigneur,
de ne jamais désespérer de ta miséricorde,
si gratuite pour ces ânes si disgacieux que nous sommes,
à ce que disent les pauvres humains.


Lesquels n’ont rien compris ni aux ânes ni à toi,
qui as fui en Egypte avec un de nos frères,
et qui as fait ton entrée prophétique à Jérusalem
sur le dos d’un des nôtres. »


RP
Méditation de Noël,
Antibes, lundi 24 décembre 2007