<script src="//s1.wordpress.com/wp-content/plugins/snow/snowstorm.js?ver=3" type="text/javascript"></script> Un autre aspect…: septembre 2026

vendredi 11 septembre 2026

D'Iza'at Berlin au 11-septembre et au 7-octobre




La station d'émission radio de Zeesen. Source : The SWLing Post


Iza'at Berlin (« Radio Berlin » en arabe), faisait partie du Weltrundfunksender (le Service mondial de la radio allemande), sous la tutelle de la Reichs-Rundfunk-Gesellschaft (RRG) et du ministère de la Propagande. Cette radio nazie fut plus connue sous le nom de « radio de Zeesen », nom la petite localité allemande d’où la radio émettait, située dans le Brandebourg, juste au sud de Berlin (aujourd'hui rattachée à la commune de Königs Wusterhausen). C'est là que le Reich avait construit un immense centre d'émission à ondes courtes (Weltrundfunksender Zeesen), doté d'antennes directionnelles géantes permettant d'arroser le monde entier.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le centre émetteur de Zeesen est devenu le cœur de la guerre psychologique et de la propagande du IIIᵉ Reich à destination du monde arabo-musulman. Pourquoi ?


Contexte idéologique

La convergence historique et idéologique entre l'islam politique incarné par les Frères musulmans (notamment via Hassan al-Banna et le Grand Mufti de Jérusalem, Amin al-Husseini — cf. infra) et le national-socialisme repose sur des résonances profondes, bien que les matrices religieuses de départ soient différentes.
Cette alliance ne fut pas seulement un opportunisme géopolitique (la logique de « l'ennemi de mon ennemi » contre l'Empire britannique et le sionisme) ; elle s'est appuyée sur une compatibilité de représentations du monde.

Le culte du martyre et du sacrifice absolu
Tout comme la métaphysique tragique allemande voyait dans la destruction et le mal le moteur nécessaire de l'Histoire, la théologie politique des Frères musulmans a théorisé une sacralisation de la mort et de l'anéantissement de l'ennemi. Hassan al-Banna invente la notion d' « art de la mort » (Sina'at al-Mawt) : la mort pour la cause n'est pas un accident, mais l'acte créateur ultime.
Cette logique fait écho à l'esthétisation nazie du sacrifice et du destin (Schicksal), où l'individu doit s'effacer totalement au profit du groupe ou de la régénération de la communauté.

Le refus de la « décadence occidentale »
Les deux doctrines partagent une hostilité radicale envers la démocratie libérale.
Pour les nazis (sur une base biologisante et dionysienne) comme pour les islamistes (sur une base théocratique et communautaire), les concepts de droits de l'homme, de démocratie et d'individualisme sont perçus comme décadence occidentale et judaïque.
Le monde est divisé de manière étanche entre les forces du bien/de la pureté et les forces du mal/de la corruption. L'intégration de la violence comme outil légitime de purification en découle directement.

La matrice antisémite comme point de fusion ontologique
C'est sur la question juive que la jonction métaphysique et politique devient la plus explicite :
— National-socialisme :
Le Juif est la figure cosmologique du « parasite » ou de la « contre-race » bloquant l'avènement de l'Homme nouveau.
Traduction politique : Élimination physique et industrielle (l'accès à la pureté raciale).
— Frères musulmans / Amin al-Husseini :
Le Juif est l'ennemi ontologique de l'islam dès les origines, incarnation de la corruption et de la conspiration contre la Oumma.
Traduction politique : Appel au Jihad d'extermination et collaboration active (notamment le recrutement de divisions SS musulmanes en Bosnie par le Mufti).

Le passeur d'idées : Amin al-Husseini
Grand Mufti de Jérusalem, proche des Frères musulmans et de leur fondateur Hassan al-Banna, Amin al-Husseini incarna cette alliance au plus haut niveau durant son séjour à Berlin de 1941 à 1945. Dans ses discours radiophoniques diffusés vers le monde arabe depuis la radio nazie de Zeesen, il traduisait le vocabulaire idéologique national-socialiste dans la rhétorique religieuse islamique.


La radio de Zeezen

Le site, inauguré à la fin des années 1920 sous la République de Weimar, avait été créé en 1927 pour procéder aux premiers essais d'émissions internationales à ondes courtes.
En 1929 est lancé le service international. La première station allemande à ondes courtes (Weltrundfunksender) commence à émettre régulièrement depuis Zeesen dès 1929.
C'est en 1936, à l'occasion des JO de Berlin, que le régime nazi modernise massivement le complexe. Il y installe des émetteurs d'une puissance inédite et des antennes directionnelles géantes pour diffuser de la propagande et la couverture des Jeux à travers le monde entier.
Les émissions quotidiennes en langue arabe ont été lancées à Zeesen le 25 avril 1939, quelques mois seulement avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Ce complexe d'ondes courtes ultra-puissant a diffusé quotidiennement en langue arabe jusqu'à la chute du régime nazi en 1945.

La stratégie : adapter l'idéologie nazie au monde arabe
Pour toucher les populations du Moyen-Orient et du Maghreb, la propagande allemande — supervisée par le ministère de Joseph Goebbels —, la station de Zeesen a donc opéré une synthèse idéologique :
— Islamisation du discours nazi : L'antisémitisme biologique du Reich a été traduit en un antijudaïsme théologique et historique, en s'appuyant sur des versets du Coran et des récits de la tradition islamique pour présenter les juifs comme les ennemis ontologiques de l'islam depuis le VIIᵉ siècle.
— Capitalisation sur l'anti-impérialisme : L'Allemagne s'est présentée comme la seule puissance capable d'affranchir le monde arabe du joug colonial britannique et français, ainsi que de faire obstacle au projet sioniste en Palestine.
— Exaltation de Hitler : La radio présentait le Führer sous un jour quasi-messianique, exploitant des rumeurs populaires qui le prétendaient converti à l'islam ou envoyé par le Ciel pour terrasser l'impérialisme et le judaïsme.

Le rôle clé des « passeurs » : Amin al-Husseini et Rachid Ali al-Gillani
L'efficacité de la radio de Zeesen reposait sur la participation directe de figures majeures du nationalisme arabe réfugiées à Berlin :
— Amin al-Husseini : À partir de fin 1941, il devient la voix la plus prestigieuse de la station. Il appelait au Jihad mondial contre les Alliés et incitait les Arabes à se soulever et à massacrer les populations juives locales.
— Rachid Ali al-Gillani : Ancien Premier ministre irakien et auteur du coup d'État anti-britannique de 1941, il prêtait également sa voix pour galvaniser les réseaux nationalistes de la région.

Les animateurs de la station maniaient un arabe littéraire irréprochable et utilisaient les codes de l'éloquence traditionnelle, entrecoupant les appels à la violence de récitations coraniques et de musique arabe populaire pour captiver l'auditoire.

Impact et portée sur le terrain
L'impact des émissions de Zeesen a été amplifié par la structure sociale du monde arabe de l'époque. Vecteur de diffusion et effet sur les populations :
Écoute collective dans les cafés
Même si les postes de radio étaient rares, un seul appareil dans un café de Bagdad, du Caire ou de Damas rassemblait des dizaines d'auditeurs. Le message passait ainsi du cercle des lettrés aux masses analphabètes par le bouche-à-oreille.
Impact sur les pogroms (ex. le Farhoud)
En Irak, la propagande féroce diffusée par Zeesen a directement préparé le terrain intellectuel et émotionnel au Farhoud de juin 1941, le pogrom de Bagdad au cours duquel plus de 150 juifs ont été massacrés.

Fixation durable de récits complotistes
Les émissions ont opéré la jonction entre l'antisémitisme en Europe (type Les Protocoles des Sages de Sion) et les tensions politiques locales, infusant durablement un antisémitisme radical dans la culture politique de la région.


Bilan historique
Si la radio de Zeesen visait à provoquer un soulèvement généralisé du monde arabe contre les Alliés, on sait que cela n'a pas réussi — en raison des réalités militaires sur le terrain et du pragmatisme de nombreux dirigeants arabes —, mais la station a accompli une véritable fusion idéologique.
Elle a durablement contaminé le discours du nationalisme arabe radical et de l'islamisme naissant en y introduisant les thèmes et la rhétorique du complotisme antisémite européen.
Si les appels diffusés sur la radio de Zeezen au Jihad mondial contre les Alliés et l'incitation des Arabes à se soulever et à massacrer les populations juives locales, portées explicitement dans les années 1940 n’ont alors pas abouti, comment ne pas voir un écho lointain à cette propagande dans les attentats du 11 septembre 2001 (contre la décadence occidentale) et dans le massacre/pogrom (contre les juifs, i.e. sionistes) du 7 octobre 2023 ?

RP

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