<script src="//s1.wordpress.com/wp-content/plugins/snow/snowstorm.js?ver=3" type="text/javascript"></script> Un autre aspect…: Cathares. Des réformés du XVIe s. à l’école "déconstructiviste"

vendredi 19 novembre 2021

Cathares. Des réformés du XVIe s. à l’école "déconstructiviste"





Synodes réformés de la fin du XVIe s.

Dès la deuxième moitié du XVIe s., les synodes réformés de Nîmes, en 1572, et de Montauban, en 1595, considèrent la question albigeoise d’une façon qui rejette la dénonciation catholique faisant des albigeois des manichéens. Aucune raison pour nos synodes d’accorder un crédit démesuré aux descriptions qu’en donne une Église qui les persécutait, et qui persécute les réformés à leur tour. En ce sens précurseurs ignorés du courant dit déconstructiviste du XXIe s., les réformés du XVIe s. ne vont pourtant pas jusqu’à considérer que la faible fiabilité à leurs yeux du discours catholique implique, comme pour les « déconstructivistes » d’aujourd’hui, une mise en doute de l’existence même de ceux que Rome considère comme ayant été hérétiques.

Il ne s’agit pas pour nos réformés languedociens d’apologétique « occitaniste », ni même simplement « occitane ». Les réformés d’alors, dans la ligne de Calvin et Théodore de Bèze, ont clairement fait le choix du français et des capétiens. Il ne s’agit pas non plus de se chercher de glorieux ancêtres martyrs. Ils connaissent des martyrs, et en grand nombre, parmi leurs contemporains. En outre, concernant les références médiévales, nous sommes, en cette deuxième moitié du XVIe s., en pleine époque orthodoxe du calvinisme, choix très clairs pour les premiers pasteurs, formés à Genève : les références médiévales sont à chercher plutôt du côté de la théologie catholique médiévale que de l’hérésie : Calvin, dont l’Institution de la religion chrétienne dédicacée à François Ier existe en français mais pas en occitan, y rejette explicitement l’hérésie des cathares et cite abondamment comme référence leur ennemi Bernard de Clairvaux. Le tout avec une mise en valeur de la Création qui inscrit la théologie de Genève dans la suite de l’aristotélisme médiéval, aristotélisme très net chez Théodore de Bèze, qui le rapproche plus de Thomas d’Aquin que des cathares ! Ce sont là les maîtres des pasteurs comme Chassanion, qui optant pour le titre « albigeois », évitent ainsi la stigmatisation comme cathares de ceux chez qui ils voient l’équivalent des vaudois.

Car cependant, les décisions synodales réformées languedociennes sont empreintes de la conviction qu’il y avait antan une réelle Église valdo-albigeoise, les réformés du XVIe s. assimilant vaudois et albigeois comme deux branches du même mouvement. Or ils n’ignorent pas que leurs coreligionnaires réformés de Provence de d’Italie sont issus de l’Église vaudoise, ralliée, selon des décisions prises par leurs prédicateurs, les « barbes », à l’Église réformée. Ce sont pour eux juste des faits qui viennent appuyer leur conviction : une mémoire vive même si en partie oubliée, déformée, etc. Faits : ralliement des vaudois par le biais de leurs « barbes », constat de points communs avec le discours réformé : par ex. rejet de la transsubstantiation, de la revendication catholique d’être l’ « Église sainte », etc. Fait contemporain du ralliement des vaudois et mémoire orale et textes aujourd'hui perdus (outre des textes occitans comme la Canso, qui nous sont parvenus) qui renforcent cette conviction — voir les références au colloque de Montréal, à la chronique de Guillaume de Puylaurens (cf. ici les travaux de Michel Jas, Anne Brenon, etc.).

Bref, il y eut bien, elle s’est intégrée à l’Église réformée côté est du Rhône, une structure ecclésiale réelle, même si elle fut différente. Et de préférence, fin XVIe et XVIIe, pas épiscopale (ce qui en passant constitue un indice en faveur de l’authenticité de la Charte de Niquinta : jamais au XVIIe s. des réformés français n’auraient légitimé leur Église en inventant des ordinations d’évêques, comme les catholiques !). Pour les réformés du XVIe et XVIIe s., ceux qu’ils perçoivent comme une antécédence médiévale de leur foi ne sont pas des hérétiques cathares, mais des chrétiens albigeois : ils rejettent a priori le qualificatif général d’hérétiques (c'est-à-dire qui diverge de ce que l'autorité romaine détermine — et donc vocable des procès d'Inquisition) utilisé préférentiellement pour désigner les albigeois par les catholiques médiévaux, et donc ils rejettent le terme de manichéens, de toute façon trop précis pour les catholiques eux-mêmes, raison probable de l'émergence du terme intermédiaire « cathares », ni trop vague comme « hérétiques », ni trop précis comme « manichéens », pour désigner quand même ce qui caractérise le manichéisme, le dualisme.

Discours polémique que les réformés rejettent, discours qui vient trop évidemment d’une Église persécutrice. Ici aussi, les « déconstructivistes » contemporains rejoignent sans vraiment le savoir les anciens réformés, mais allant un pas plus loin, puisque pour eux l’Église catholique persécutrice ajoute à la violence la perversion d’inventer une hérésie pour persécuter une population qui n’avait rien d’hérétique !

Si les anciens réformés avaient été jusqu’à croire à une telle perversion, on est fondé à penser que l’œcuménisme contemporain n’en serait pas où il en est ! Pour les premiers réformés, peu suspects de philo-catholicisme, ralliement des vaudois, textes à présent perdus et mémoire orale assoient leur double conviction : le discours catholique est calomnieux, les anciens albigeois ont réellement existé. Voir au sujet de la mémoire orale les travaux de Michel Jas. Nier sa validité quand l’essentiel des textes écrits vient des vainqueurs revient, en les privilégiant, à appuyer une histoire des puissants. Phénomène similaire pour l’Afrique, où les tenants de l’histoire écrite par les colonisateurs débouchent sur l’affirmation que « l’Afrique n’a pas d’histoire » qui ne relève de l'invention en miroir d’une réalité due aux seuls vainqueurs. (L’intéressant site « Le catharisme : une historiographie difficile » consacré à la controverse historiographique se trompe quand on y lit que ceux qui ne rallient pas les thèses « déconstructivistes » risquent « de donner raison à l’adage "L’Histoire est écrite par les vainqueurs" » : c’est l’inverse qui est vrai !)


L’évêque Bossuet

Bossuet, en regard du matériau polémique et inquisitorial médiéval dont il dispose, entreprend de réfuter la conviction protestante selon laquelle les albigeois n’étaient pas cathares, mais plutôt une aile, du côté ouest du Rhône, globalement similaire à celle nommée vaudoise du côté est, Provence et Italie du Nord. Pour Bossuet, l’idée d’une même réalité valdo-albigeoise est erronée.

Avec Bossuet, est clairement confirmé le fait que les controverses historiographiques modernes autour de la question albigeoise-cathare relèvent du conflit catholiques-protestants. C’est bien dans son Histoire des variations des Églises protestantes (1688) que l’on trouve ce point sur ceux qui sont bien, pour lui, des cathares : le but de son ouvrage est de montrer que la diversité protestante est signe d’erreur, la vérité étant pour lui dans la fixité permanente d’une Église catholique romaine, qui, pense-t-il, n’a jamais varié ni évolué (l’idée actuelle d’un développement dogmatique du catholicisme est due à Newman, au XIXe s.)

Avec la malveillance du polémiste, Bossuet s’appuie sur le fait que les protestants considèrent les albigeois comme entrant dans une pré-réforme du même type que celle dans laquelle ils placent les vaudois, pour considérer, ce que ne faisaient pas les protestants, que parmi les doctrines protestantes, se trouve donc aussi le manichéisme qu’il prête aux hérétiques médiévaux : les albigeois dont se réclament les protestants réformés français étaient bien, soutient-il, des manichéens, c’est-à-dire des cathares (il emploie les deux termes, privilégiant le premier, soulignant mieux le dualisme qu’il leur prête).


Charles Schmidt

Les protestants s’en tiennent à leur position jusqu’à Charles Schmidt, luthérien, professeur d’histoire à la faculté de théologie protestante de l’Université de Strasbourg. Il est le premier protestant à concéder aux catholiques, dans la ligne de Bossuet, que les albigeois, tout en représentant, comme le disaient les réformés d’alors, une protestation morale à l’instar des vaudois, étaient aussi cathares, c’est-à-dire dualistes, « manichéens ». Le titre de son livre le dit : Histoire et doctrine de la secte des cathares ou albigeois (1849). Façon de coup de tonnerre chez les protestants, occasion de triomphe pour les catholiques !

Contrairement à ce qui se répète et se colporte de nos jours dans la plus récente école historiographique (cf. infra), ce n’est pas Schmidt qui a inventé l’application d’un terme germanique, « cathares », aux albigeois. Ce terme, évoquant le dualisme, a toujours affleuré, comme soupçon (malveillant selon les protestants avant Schmidt), puis comme affirmation (Bossuet).


Néo-manichéens

Après Schmidt, il devient difficile aux protestants de soutenir encore que les albigeois n’étaient pas cathares. Mais on n’est plus, comme aux XVIe et XVIIe siècles, à l’époque de l’orthodoxie réformée. Apparaissent dans le cadre d’un protestantisme romantique et d’un libéralisme en plein développement, des défenseurs d’un albigéisme éventuellement « manichéen », c’est-à-dire cathare. Le mot n’est pas nouveau, mais ne fait plus peur. Le terme albigeois reste préféré : ainsi L’histoire des albigeois (1870) du pasteur Napoléon Peyrat — qui ouvre la possibilité de compréhension de l’albigéisme comme johannique, avec tout ce que, pour lui, le terme porte d’ouverture gnostique, et donc de type éventuellement manichéen.

Sur cette base, apparaîtra une lignée de néo-cathares, de mouvances diverses, souvent maçonniques — jusqu’au XXe s., avec entre autres, Antonin Gadal, et surtout, figure importante dans cette lignée, Déodat Roché, se réclamant d’un néo-manichéisme qu’il trouve dans la pensée anthroposophique de Rudolf Steiner. Apparaîtra plus tard (fin XXe) un néo-manichéisme néo-marcionite, avec Yves Maris (et aujourd’hui Éric Delmas — qui est loin d’être la seule figure néo-cathare contrairement à ce que semble dire le site controverses-minesparistech.fr).

On l’a compris, dans cette ligne-là, on est sorti du protestantisme…


Universitaires classiques

La perspective de Bossuet, confortée par les travaux de Schmidt, s’impose comme discours universitaire « officiel ». Mais la nouvelle école (cf. infra) se trompe : tout ne vient pas de Schmidt, on vient de le voir. Mais à partir de lui, d’où cette erreur à son sujet, le catharisme est manichéen, persécuté trop violemment certes, mais pas indûment. C’est là le discours normatif, conforté par les découvertes de sources nouvelles au XXe s. (notamment par Antoine Dondaine, o.p.), qui vaut jusqu’à la fin du XXe s. — avec une propension à tracer une généalogie faisant remonter les cathares à autant de mouvements dualistes antiques et orientaux, faisant oublier ce que Schmidt maintenait encore, et que l’historien italien Raffaelo Morghen soulignera à nouveau dans les années 1950 : le catharisme est aussi, pour lui, avant tout, une protestation morale autochtone. On est à l’époque où même le monde anglo-saxon, dont le protestantisme a souvent maintenu, jusqu’à récemment, la thèse classique réformée, privilégiant le vocable « albigeois », n’hésite plus à parler de Manichéens médiévaux, selon le titre du livre (1947) de l’historien Steven Runciman.


Perspective critique, deuxième moitié du XXe s.

Un courant critique à l'égard de ce discours universitaire devenu « officiel » apparaît dans les années 1960-1970, issu au départ des réflexions et études menées autour de Déodat Roché, prenant au sérieux, dans une perspective philosophique et poétique, via la lignée surréaliste, la thématique dualiste, ainsi René Nelli. Contrairement au discours universitaire « officiel », des plus négatifs à l’égard de la pensée dualiste attribuée aux cathares, on considère ici qu’une telle philosophie ne vaut pas disqualification.

Une approche qui libère dès lors les possibilités de critique du discours officiel d’alors, sans pour autant emboîter pleinement le pas aux études qui ont rendu cette critique possible. Une figure centrale se dégage : Jean Duvernoy. Il faut aussi nommer ici Michel Roquebert et la chartiste Anne Brenon, sans compter bien d’autres encore travaillant selon cette perspective.

Duvernoy effectue dès les années 1970 une synthèse et un développement de ces nouvelles perspectives et des remises en question de l’école universitaire « officielle » d’alors… ce que plusieurs de ses représentants vont très mal recevoir.

Duvernoy pose dès les années 1970 des points essentiels, admis par tous depuis, sans que son dû lui soit rendu : les cathares, nommés ainsi par leur ennemis, sont bien chrétiens, et ne se veulent que chrétiens. Il soutient que le terme savant cathare apparaît pour la première fois en Rhénanie (en 1165, sous la plume de l’abbé Eckbert de Schönau). Ce qui vaut à Duvernoy des attaques vigoureuses de la part des universitaires d’alors. Il se fait régulièrement taxer d’historien régionaliste amateur (il est en effet juriste de formation, docteur en droit et habitait… Toulouse. La chercheuse honoraire au CNRS Annie Cazenave rappelle aujourd’hui qu’un juriste n’est pas si mal placé pour étudier des textes juridiques comme les procès d’Inquisition…)


École « déconstructiviste »


Sans toujours le reconnaître, ni peut-être même le savoir, le courant récent dit « déconstructiviste » reprend depuis la toute fin du XXe siècle des points essentiels de Duvernoy : les hérétiques sont chrétiens et le mot « cathare » pour les désigner est apparu en Rhénanie (son extension n’étant pas pour autant due à Schmidt, quoiqu’en dise le « déconstructivisme ». Elle est déjà médiévale). Cela dit, cette nouvelle école va beaucoup plus loin, reprenant le doute des premiers réformés quant à la fiabilité du discours catholique sur les « dissidents », mais poussant le doute jusqu’à l’hypercritique, allant jusqu’à considérer que l’hérésie a été finalement « inventée » par l’Église catholique (allant donc aussi bien plus loin que les réformés du XVIe s.).

Cela dit, au-delà des points communs avec la première perspective critique à l'égard du discours universitaire majoritaire antécédent (poussés cependant bien plus loin), ce récent courant universitaire, « déconstrutiviste », conserve des points communs avec les « classiques » universitaires.

Par exemple les attaques de la nouvelle école universitaire contre les travaux de Duvernoy et de la mouvance qui en est issue, autour des travaux promus par Anne Brenon ou les recherches de Michel Roquebert, ces attaques sont les mêmes que celles de l’ancien discours universitaire : ils sont considérés comme historiens amateurs régionalistes. Mais là où pour l’ancienne école, Duvernoy était un historien amateur régionaliste parce qu’il mettait en question la certitude d’alors selon laquelle les cathares étaient manichéens, les « modernes déconstructivistes » les considèrent comme historiens amateurs régionalistes parce qu’ils critiquent l’ancienne école, mais sans aller jusqu’à nier l’existence de leur objet commun d’étude. Bref côté universitaires « classiques », l’amateurisme consistait à critiquer leur conviction que les cathares existaient vraiment, comme manichéens, côté universitaires « modernes déconstructivistes », l’amateurisme consiste à n’aller pas assez loin dans la critique de la vision « classique », ou « traditionnelle » (ce qui conduit le site controverses-minesparistech.fr à considérer à tort Duvernoy, Roquebert, Brenon comme « historiens traditionnels » !).

La « nouvelle école » universitaire fait un pas de plus que les universitaires « classiques » toutefois : elle affirme régulièrement que ce sont les critiques de ceux qu’ils classent à tort dans « l’ancienne école » qui les attaquent « de façon indigne » : en bref les « modernes déconstructivistes » se disent accusés de nier la violence catholique, bien qu’ils n’indiquent jamais précisément où ils sont accusés, sauf citations tronquées ou erronées, et surtout ne répondent pas sur le fond. Remarquons qu’une telle attaque de la part des critiques « non-déconstructivistes » serait non seulement un contresens, mais un contresens contre-productif : le « déconstructivisme » non seulement ne nie pas la violence catholique, mais sa logique, au contraire, l’accentue !

Au-delà des points communs avec les premiers réformés et avec les travaux de Duvernoy, Roquebert, Brenon, etc., le courant « déconstructiviste », sur la base d’un a priori hypercritique, déborde donc les démarches de ses prédécesseurs. Cela en se basant sur le fait que la plupart des documents qui nous sont parvenus viennent de l’Inquisition et des polémistes catholiques. Quid toutefois des textes venus hors du cadre catholique ? Par exemple le rituel cathare de Dublin, recueilli dans une collection de textes vaudoise, équivalent et du rituel de Lyon accompagnant un Nouveau Testament occitan, et du rituel de Florence, trouvé celui-ci dans un cadre catholique et accompagnant un traité cathare, le Livre des deux Principes.

Un tel traité, le Livre des deux Principes, si évidemment cathare mais retrouvé (par le P. Dondaine) dans une bibliothèque catholique (dominicaine), de même que, entre autres, le Traité anonyme inséré dans un Contra Manicheos où le polémiste s’efforce de réfuter le traité qu’il nomme manichéen ou aussi cathare, posent la question du visage de l’Église véhiculé par le courant « déconstructiviste ». Apparaît une Église catholique bien plus perverse que ce qu’ont jamais pu concevoir les premiers réformés. Les textes de théologie cathare en question, ont, dans une perspective « déconstructiviste »,
- soit été forgés par des théologiens catholiques « inventant l’hérésie » pour mieux persécuter,
- soit sont issus, comme en miroir, de la violence catholique qui aurait fini par faire naître une hérésie de gens croyant ce qu’on leur imputait et le développant théologiquement !

À moins d’admettre que les textes catholiques, moins pervers tout de même que dans l’idée d’une telle invention, digne des pires dystopies totalitaires (on trouve cela dans le roman 1984 de George Orwell !), n’allaient pas aussi loin dans la paranoïa et visaient une hérésie existant bel et bien avant qu’ils ne l’inventent… Une hérésie ayant une théologie dont ils ont gardé des traités, et qu’ils ont appelée manichéenne ou cathare. Le concile de Latran III, pour classifier ladite hérésie, comme concile œcuménique pour Rome, étendrait à la chrétienté entière ce vocable issu des travaux d’Eckbert de Schönau, sur la base éventuellement d’un vocable évoquant le chat (cf. Duvernoy) : « cathares »… Sauf, évidemment, si Eckbert lui-même fait partie du « complot », forgeant à partir d’écrits des Pères de l’Église une hérésie inexistante auparavant…


RP, 31.08.2020


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