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jeudi 29 avril 2010

Osée et Baal-Péor / Belphégor



« J'ai trouvé Israël
comme des raisins dans le désert.
J'ai vu vos pères
comme des figues précoces,
comme les prémices d'un figuier.
Mais ils sont allés vers Baal-Péor,
ils se sont voués à la Honte,
et ils sont devenus des horreurs comme l'objet de leur amour. »

(Osée 9, 10)



Au cœur de la problématique du prophète Osée, et de la dénonciation d’un comportement qu’il assimile à l’adultère et à la prostitution, perce cette allusion à Baal-Péor, à l’événement traumatique de Baal-Péor, quand, au livre des Nombres, « Moab prit les Israélites en horreur. Moab alors dit aux anciens de Madiân : Maintenant cette assemblée va brouter tout ce qui nous entoure, comme le bœuf broute la verdure de la campagne. Balaq, fils de Tsippor, était roi de Moab en ce temps-là » (Nombres 22, v. 3-4). « Les anciens de Moab et les anciens de Madiân s'en allèrent, en emportant des présents pour trouver Balaam et lui rapportèrent les paroles de Balaq » (Nombres 22, v. 7).

Balaam est alors chargé, en vain, de maudire Israël (cf. Nombres ch. 22-24). Au bout du compte, « Balaam retourna chez lui, et Balaq aussi s'en alla de son côté » (Nombres 24, v. 25).

Malgré cet échec, la coalition moabite et madianite obtient un résultat : une part importante d’Israël a succombé à l’idolâtrie et au culte de Baal-Péor, et à son rituel orgiaque, pouvant aller jusqu’aux sacrifices humains, et centré sur la prostitution dans des rites de fertilité…

Nombres 25 :
1 Israël habitait à Shittim ; le peuple commença à se livrer à la prostitution avec les filles de Moab.
2 Elles invitèrent le peuple aux sacrifices de leurs dieux ; le peuple mangea et se prosterna devant leurs dieux.
3 Israël s'attacha au Baal de Péor, et le SEIGNEUR se mit en colère contre Israël.
4 Le SEIGNEUR dit à Moïse : Prends tous les chefs du peuple et fais-les pendre devant le SEIGNEUR en face du soleil, afin que la colère ardente du SEIGNEUR se détourne d'Israël.
5 Moïse dit aux juges d'Israël : Que chacun de vous tue ceux de ses hommes qui se sont attachés à Baal-Péor !
6 Un Israélite arriva et présenta à ses frères une Madianite, sous les yeux de Moïse et de toute la communauté des Israélites, tandis que ceux-ci pleuraient à l'entrée de la tente de la Rencontre.
7 Quand il vit cela, Phinéas, fils d'Eléazar, fils d'Aaron, le prêtre, se leva au milieu de la communauté et prit une lance.
8 Il suivit l'Israélite à l'intérieur de la tente et il les transperça tous les deux, l'Israélite ainsi que la femme, au bas-ventre. Alors le fléau qui frappait les Israélites s'arrêta.
9 Le fléau avait fait vingt-quatre mille morts.


Quel est ce fléau ? Le texte n’en dit rien clairement, sinon qu’il tue. L’idolâtrie est mortifère ! Fléau qui cesse dans un acte de violence comme en portent dans l’histoire des peuples les moments tournants, de révolutions en résistance aux oppressions…

Le souvenir de Baal-Péor reste gravé dans la mémoire d’Israël, souvenir traumatique d’une première chute dans le culte des Baals et de ses conséquences, avant même l’entrée en Terre promise. Ainsi la récurrence de ce rappel :

Deutéronome 4 :
3 Vos yeux ont vu ce que le SEIGNEUR a fait à Baal-Péor : le SEIGNEUR, ton Dieu, a détruit de ton sein tout homme qui avait suivi le Baal de Péor.
4 Mais vous qui vous êtes attachés au SEIGNEUR, votre Dieu, vous êtes tous vivants aujourd'hui.


Josué 22 :
16 Ainsi parle toute la communauté du SEIGNEUR : Que signifie ce sacrilège que vous avez commis envers le Dieu d'Israël ? Vous vous êtes détournés aujourd'hui du SEIGNEUR en vous bâtissant un autel, vous vous êtes rebellés aujourd'hui contre le SEIGNEUR !
17 La faute de Péor ne nous suffit-elle pas, alors que nous n'en sommes pas encore purifiés jusqu'à ce jour malgré le fléau qui a frappé la communauté du SEIGNEUR ?


Psaume 106 :
28 Ils se sont attachés à Baal-Péor et ils ont mangé les sacrifices des morts.
29 Ils l'ont contrarié par leurs agissements, et un fléau a éclaté parmi eux.
30 Phinéas s'est levé, il a réglé l'affaire, et le fléau s'est arrêté ;
31 cela lui a été compté comme justice, de génération en génération, pour toujours.

Et notre texte d’Osée…

Les échos du traumatisme perdurent jusque dans le Nouveau Testament :

1 Corinthiens 10 :
7 Ne devenez pas idolâtres, comme certains d'entre eux, ainsi qu'il est écrit : Le peuple s'assit pour manger et pour boire ; puis ils se levèrent pour s'amuser.
8 Ne nous livrons pas à l'inconduite sexuelle, comme certains d'entre eux s'y livrèrent : il en tomba vingt-trois mille en un seul jour.


2 Pierre 2, 15 :
Après avoir quitté la voie droite, ils se sont égarés en suivant la voie de Balaam de Bosor, qui aima le salaire de l'injustice

Jude 11 :
c'est dans l'égarement de Balaam que, pour un salaire, ils se sont jetés

Apocalypse 2, 14 :
J’ai contre toi certains griefs : tu as là des gens attachés à l'enseignement de Balaam, qui enseignait à Balaq comment causer la chute des Israélites en les incitant à manger des viandes sacrifiées aux idoles et à se prostituer.

Echos répercutés dans les temps post-bibliques, et cela jusqu’à l’époque contemporaine, de façon souvent confuse…



Qui sait que le nom du fameux fantôme Belphégor, n’est autre que celui de Baal-Péor, tapis dans une mémorable série télévisée de 1965, jusqu’au cœur du Louvre ?

Cela après avoir traversé le Moyen-Âge sous les traits d’un démon alors fameux, Belphégor donc, parfois revivifié dans la mythologie romantique, sera ainsi porté jusqu’aux mystères Musée du Louvre !…

« Belphégor (ou Beelphegor) est un démon qui aide les gens à faire des découvertes. Il séduit les gens en leur proposant des inventions ingénieuses qui les rendra riches. Selon certaines démonologues 16ème siècle, son pouvoir est plus fort en avril. L’évêque et chasseur de sorcières Hunter Peter Binsfeld croyait que Belphégor tente par le biais de la paresse. Aussi, selon sa Classification Binsfield des démons, Belphégor est le démon du péché mortel connu sous le nom de « molesse », « paresse » (« acédie ») dans la tradition chrétienne.
Son origine est dans l’assyrien Baal-Peor, le dieu de Moab à qui les Israélites s'attachaient à Shittim (Nombres 25:3), qui a été associé à la licence et aux orgies. Il était adoré sous la forme d'un phallus. En tant que démon, il est décrit dans les écrits kabbalistiques comme « celui qui conteste », un ennemi de la sixième Sephiroth « la beauté ». Convoqué, il peut accorder des richesses, le pouvoir des découvertes et inventions ingénieuses. Son rôle comme un démon est de semer la discorde entre les hommes et les séduire à mal par la répartition des richesses. Il est difficile à évoquer, peut-être parce que son offrande sacrificielle est les excréments.
Belphégor (Seigneur de l'ouverture) a été décrit dans deux façons différentes : comme une belle jeune femme ou comme un monstre, démon barbu et cornu, selon la plupart des sources… Selon le
Dictionnaire Infernal de De Plancy, il serait de l' ambassadeur de l'enfer en France [d’où sans doute, Le Louvre !]. Belphégor figure également dans Le Paradis perdu de Milton et dans Les Travailleurs de la mer de Victor Hugo.
Belphégor aurait été envoyé de l'enfer par Lucifer pour savoir s'il y avait réellement une telle chose sur la terre que le bonheur conjugal. Une telle rumeur avait atteint les démons mais ils savaient que les gens n'étaient pas conçus pour vivre en harmonie. Les expériences de Belphégor dans le monde le convainquirent bientôt qu’une telle la rumeur était sans fondement. L'histoire se trouve dans divers ouvrages de la première littérature moderne, d'où l'utilisation du nom pour désigner à un misanthrope ou une personne licencieuse. »

(Cf. http://en.wikipedia.org/wiki/Belphegor)

Autre cas, plus connu, d’idole devenue « démon », Baal Zebub / Béel Zebul, devenu Belzébuth…

« Belzébuth était une divinité philistine honorée dans la ville d'Eqrön, connue essentiellement par une mention dans le 2e livre des Rois (ch. 1, v. 2), où le roi Ahzariah d'Israël est invectivé par le prophète Élie pour avoir sollicité son oracle au lieu de s'adresser à YHWH. Sur la foi de ce passage, des théologiens et mystiques chrétiens (faisant naturellement le rapprochement avec Matthieu 10, 25 et 12, 24-27 ; Marc 3, 22 ; Luc 11, 15-19) — l'ont identifié tout d'abord au satan, puis parfois à l'un de ses 'lieutenants' »
(Cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Belzébuth#D.C3.A9monologie) …


"Belphégor" :

Première partie :


La suite ici.


RP, AJC Antibes

vendredi 19 mars 2010

Osée et l'iréel



Osée 4
10 Ils mangeront, mais ils ne seront pas rassasiés ;
ils se prostitueront, mais ils ne s'accroîtront pas
— parce qu'ils ont cessé de prendre garde au SEIGNEUR.
11 La débauche et l'ivresse font perdre le sens.
12 Mon peuple interroge son morceau de bois,
c'est son bâton qui lui parle ;
car un esprit de prostitution l'égare
et en se prostituant ils se soustraient à leur Dieu.



*


« Ils se soustraient à leur Dieu » : c'est la leçon et le constat prophétique reçus du double sens du vocable de prostitution, celle de Gomer trahissant Osée et celle du peuple succombant à l'idolâtrie en se détournant de la vérité — se soustrayant à la réalité et au don de Dieu.

La leçon sur l’adultère est reçue comme image de l’idolâtrie du peuple qui poursuit ses propres fantasmes religieux dans des idoles à sa propre image, et qui rejette ipso facto le vrai Dieu, autre au point que l’on ne prononce pas son nom. De même, l’adultère est comme en recherche d’une image fantasmée, restant en souffrance de ce que l’autre se trouve être réel, et donc ne correspond pas à sa propre image projetée...

Pour le peuple idolâtre, son dieu est taillé dans un « morceau de bois ». D'où, « c'est son bâton qui lui parle »...

Rien de surprenant alors à ce que, se détournant de la réalité au profit de ce qu'on se fait à son image, projection de soi-même, on débouche sur vent : « Ils mangeront, mais ils ne seront pas rassasiés ; ils se prostitueront, mais ils ne s'accroîtront pas — parce qu'ils ont cessé de prendre garde au Seigneur. »

RP,
Antibes, AJC, 18.03.10



jeudi 21 janvier 2010

Osée, prophète souffrant




Osée 2, 16-20
16 Et il adviendra en ce jour-là - oracle du SEIGNEUR - que tu m'appelleras "mon mari", et tu ne m'appelleras plus "mon baal, mon maître".
17 J'ôterai de sa bouche les noms des Baals, et on ne mentionnera même plus leur nom.
18 Je conclurai pour eux en ce jour-là une alliance avec les bêtes des champs, les oiseaux du ciel, les reptiles du sol ; l'arc, l'épée et la guerre, je les briserai, il n'y en aura plus dans le pays, et je permettrai aux habitants de dormir en sécurité.
19 Je te fiancerai à moi pour toujours, je te fiancerai à moi par la justice et le droit, l'amour et la tendresse.
20 Je te fiancerai à moi par la fidélité et tu connaîtras le SEIGNEUR.

*

Osée : nous ne savons rien de lui sinon qu’il est cocu. Osée nous raconte ses déboires conjugaux avec son épouse infidèle, nommée Gomer. Osée, naturellement, souffre de ces déboires, et c’est de là que va partir sa prophétie. Il va comparer ses propres malheurs avec sa femme et ceux de Dieu avec son peuple, infidèle lui aussi.

On sait qu’Israël s’est coupé en deux après le règne de Salomon. Osée parle à Israël, royaume du Nord, séparé de la dynastie qu’il considère comme légitime, celle du Sud, Juda (ch. 3 v.5). Les indications chronologiques placées en tête du livre (sont nommés des rois de Juda, le Sud, et Jéroboam II, du Nord) permettent de dire que la prophétie réfère à une époque située entre 786 et 724 av. J.-C., époque sur laquelle on a quelques informations.

Jéroboam II, ici mentionné, a régné à Samarie, capitale du Nord, pendant 41 ans, dès 785 av. J.-C., env. ; rendant la prospérité au royaume.

Mais, avec la prospérité, la corruption, les injustices, l’abandon de Dieu et l'idolâtrie se développent ; le fossé entre les riches et les pauvres se creuse toujours davantage : les nantis vivent dans un luxe inouï, oppriment les plus pauvres, multiplient les injustices et les abus.
Et après la mort de Jéroboam II, la situation se dégrade. Ce sera la période la plus sombre de l'histoire d'Israël : des usurpateurs s'emparent du pouvoir, puis sont renversés à leur tour (4 successeurs de Jéroboam sont assassinés durant cette période) ; bref, c'est le règne du despotisme et de la confusion.

Le message d'Osée est principalement dirigé contre l'idolâtrie qui accompagnait la prospérité matérielle. Dès son entrée en Terre promise, Israël avait été confronté au culte de Baal, dieu de la pluie et de la fertilité. On subit les influences de l'idolâtrie. Le livre d'Osée témoigne d’un temps où la masse du peuple a adhéré au culte de Baal et d'Achéra, le plus immoral de tout l'ancien Orient : plusieurs fois par an, leurs fêtes étaient accompagnées de prostitution rituelle, violence et beuveries, etc.

Osée veut amener son peuple au repentir, le faire revenir au Dieu qui ne se lasse pas de l'aimer et de l'attendre. Comme lui, le prophète Osée, aime et attend Gomer.

Le livre commence donc par l'histoire du mariage et des malheurs conjugaux d'Osée : le texte nous dit que Dieu lui demande d'épouser une prostituée qui fatalement, quelque temps plus tard, lui devient infidèle. Non pas, probablement, que Dieu l’ait envoyé épouser une femme préalablement prostituée – qui plus est dans le but d’en faire sortir une prophétie ! Mais c’est rétrospectivement qu’Osée considère que ses déboires sont dans le regard de Dieu qui a évidemment prévu les choses. Et sachant que selon le Proverbe, c’est Dieu qui donne sa femme à chacun : « celui qui a trouvé une femme, c’est là un don de Dieu » ; Osée considère que la femme que Dieu lui a donnée, il la lui a donnée en sachant très bien l’aboutissement des choses : un Osée malheureux comme son Dieu. C’est une façon de nous dire que ce qu’Osée en est venu à découvrir à travers son vécu douloureux avec son épouse, correspond à ce que Dieu vit avec son peuple, qui se prostitue avec des divinités illusoires qui se font célébrer dans la prostitution dite sacrée, adultère à l’égard de Dieu.

Ainsi Osée peut s’identifier à lui, en quelque sorte, le comprendre. Quoiqu’il en soit de savoir si Gomer était déjà au moment du mariage ce qu'elle est devenue, Dieu connaissait ses dispositions profondes et il avait une intention prophétique : à travers cette histoire, il va parler à son peuple. C’est ainsi qu’Osée l’interprète.

Dieu n'avait-il pas, lui aussi, pris son peuple pour le combler de son amour, bien qu'il ait connu d'avance ses dispositions profondes et ce qui allait s'ensuivre ? Et le prophète de rappeler certaines choses : dès le désert du Sinaï, Israël a adoré le veau d'or (ch. 13 v. 2) ; puis entré en Terre promise, il a sacrifié à l’idole Baal (ch. 2. v 7s.), il a consulté les voyants (ch. 4 v. 12)... Tout cela équivaut à de l'adultère à l’égard de Dieu, à de la prostitution. Osée utilise cette image du mariage que bien des prophètes (Jer 2.2; 3.1-4; Isa 54.5; Eze 16.33) et des auteurs du Nouveau Testament (2 Co 11.2; Eph 5.23-32, etc.) reprendront pour décrire les relations de Dieu avec son peuple.

C’est de la sorte qu’à travers ses souffrances conjugales, Osée comprend celles de Dieu. Sa fidélité à l'épouse infidèle reflète la patience et l'amour de Dieu, inébranlable et fidèle. Le "prophète au cœur brisé" peut apporter le message — qui vaut à travers les siècles, jusqu’à nous — du Dieu dont le cœur est meurtri par les infidélités de son peuple. Reste cette promesse : Israël saura de nouveau quel est son Dieu et reviendra à lui.

C’est l’histoire du boulanger de Pagnol parlant à la chatte Pomponette pour lui expliquer le malheur du chat Pompon. Le boulanger qui parle en fait à sa femme, qui parle de sa femme. Osée parlant de son épouse parle en fait de Dieu.

Et Osée de souligner ainsi la sainteté de Dieu et son horreur pour le péché (2.4-5 ; 6.5; 9.9; 12.15, etc.), ainsi que son amour pour Israël (2.16-18, 22-25 ; 3.1; 11.1-4, 8-9; 14.5, 9 [4, 8], etc.). Le péché, en dernière analyse, est, sous sa plus terrible forme, une infidélité à l'amour. Il frappe Dieu au cœur.

La pensée essentielle du message d'Osée est alors la suivante : l'amour, puissant, inaltérable de Dieu pour le peuple, ne sera satisfait que lorsqu'il aura rétabli une parfaite harmonie entre le peuple et lui.

RP,
Antibes, AJC, 21.01.10