<script src="//s1.wordpress.com/wp-content/plugins/snow/snowstorm.js?ver=3" type="text/javascript"></script> Un autre aspect…

samedi 12 janvier 2008

Sourire




ange-souriant.jpg



« Je suis un étranger chez toi,
Un résident temporaire,
comme tous mes pères.


Laisse-moi un peu de répit,
pour que je retrouve le sourire
avant de m’en aller et de n’être plus rien. »

(Psaume 39, 13b-14)






jeudi 10 janvier 2008

C'est à voir...




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Hébreux 12, 2

1 Nous donc aussi, puisque nous sommes environnés d’une si grande nuée de témoins, rejetons tout fardeau et le péché qui nous enveloppe si facilement, et courons avec persévérance l’épreuve qui nous est proposée,
2 les yeux fixés sur Jésus, qui est l’auteur de la foi et qui la mène à la perfection. Au lieu de la joie qui lui était proposée, il a supporté la croix, méprisé la honte, et s’est assis à la droite du trône de Dieu.


Luc 9, 28-35 & 44-45

28 Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques et monta sur la montagne pour prier.
29 Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage changea et son vêtement devint d’une blancheur éclatante.
30 Et voici que deux hommes s’entretenaient avec lui ; c’étaient Moïse et Élie ;

31 apparus en gloire, ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem.

32 Pierre et ses compagnons étaient écrasés de sommeil ; mais, s’étant réveillés, ils virent la gloire de Jésus et les deux hommes qui se tenaient avec lui.

33 Or, comme ceux-ci se séparaient de Jésus, Pierre lui dit : “Maître, il est bon que nous soyons ici; dressons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, une pour Élie.” Il ne savait pas ce qu’il disait.

34 Comme il parlait ainsi, survint une nuée qui les recouvrait. La crainte les saisit au moment où ils y pénétraient.

35 Et il y eut une voix venant de la nuée; elle disait : “Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai élu, écoutez-le !”

36 Au moment où la voix retentit, il n’y eut plus que Jésus seul. Les disciples gardèrent le silence et ils ne racontèrent à personne, en ce temps-là, rien de ce qu’ils avaient vu.

44 “Ecoutez bien ce que je vais vous dire : le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes.”
45 Mais ils ne comprenaient pas cette parole ; elle leur restait voilée pour qu’ils n’en saisissent pas le sens; et ils craignaient de l’interroger sur ce point.



*

« Les yeux fixés sur Jésus ». Qu’est-ce à dire ? Qu’est-ce à dire depuis l’Ascension et la fin des apparitions du Ressuscité ? Pour ceux qui ont vu Jésus de sa naissance à sa mort, comme Siméon (Luc 2) dont les yeux ont vu en Jésus enfant le salut attendu, soit ! Encore qu’il fallait bien la lumière de l’Esprit saint pour reconnaître le Fils éternel de Dieu en un enfant semblable aux autres, et plus tard en un homme semblable aux autres. Mais que dire nous concernant, nous qui n’avons pas frayé avec Jésus sur les routes de Galilée ou de Judée ?…

Et même pour ceux qui ont eu ce privilège, se pose la question de la foi, de cette œuvre de l’Esprit saint qui leur fait percevoir la présence de Dieu en cet homme. « Nul n’a jamais vu Dieu », souligne l’Évangile de Jean, qui précise : « Dieu Fils unique seul l’a fait connaître. » Alors, « les yeux fixés sur Jésus », qu’est-ce à dire ?

Ou alors, serait-ce que contrairement à l’époque du Décalogue, on verrait désormais ? — et l’auteur de l’Épître aux Hébreux écrit après l’Ascension. Avoir « fait connaître Dieu » l’aurait-il rendu visible ? Dieu dévoilé dans sa Gloire : est-ce ce que signifie la rencontre de Jésus ressuscité au dimanche de Pâques, ou au jour de la Transfiguration ? Puisqu’ici il n’est plus question de connaître selon la chair, pour le dire avec Paul.

Dieu serait-il devenu donc devenu comme visible, ou imaginable ? Pour que l’on ait, de la sorte « les yeux fixés sur Jésus ». En effet, puisque, comme chrétiens, nous confessons avoir connu Dieu dans l’humanité du Christ, la gloire céleste du Fils de Dieu serait-elle donc devenue visible dans l’humanité visible du Christ ?

Ne serait-ce alors pas là la satisfaction notre tentation essentielle ? Voir Dieu. Déjà dans l’Exode, à Moïse : « fais-nous des dieux qui marchent devant nous » ! Cela ne correspond-il pas d’ailleurs à la tentation essentielle de Jésus lui-même : rendre Dieu visible en levant le voile de son humanité et en se montrant dans sa seule gloire céleste ? C’est bien le cœur de sa tentation au désert ! « Montre-toi comme tu es, Fils éternel de Dieu ! » Or, Jésus a résisté : quant à sa gloire, son ministère se déroulera dans le secret, dans l’anonymat.

La Transfiguration est alors le moment où trois disciples reçoivent le privilège de voir lever un instant ce secret de la gloire cachée de celui qui demeure dans l’éternité auprès du Père. Secret qui ne sera pleinement levé pour la foi des croyants qu’au dimanche de Pâques, et universellement lors de la Parousie.

Mais que nous dit justement la Transfiguration par ce dévoilement d’un instant ? Elle nous dit dès lors rien d’autre que cela : l’humanité, à laquelle Jésus n’a pas voulu renoncer, est au-delà de nos capacités de compréhension et a fortiori de vision. Et il serait mal venu, sous prétexte que Jésus a assumé une réelle humanité, et qu’il a refusé d’y renoncer, ou d’en lever pleinement le voile — de penser que du coup nous aurions prise sur lui ; que son humanité, en un mot, serait à la mesure de nos conceptions.

Au contraire, nous dit la Transfiguration, l’humanité de Jésus est l’humanité du Fils de Dieu, l’humanité en laquelle Dieu nous rencontre, l’humanité même de Dieu !

Mais ça, c’est tout de même troublant, d’autant que cela bouleverse notre humanité propre. Où apparaît alors pour nous, la tentation, inverse en quelque sorte ; inverse, celle-là, à celle qu’a subie Jésus : avoir quand même prise sur lui ; connaître le Christ « selon la chair ».

En d’autres termes, vouloir un Christ à notre mesure — contre ce qu’en dévoile la Transfiguration. Un Christ que nous continuerions à voir en quelque sorte, de nos yeux… Contre ce qu’en dévoile la Transfiguration !

Et en effet, « nous ne connaissons plus selon la chair », nous avertit Paul selon sa foi au Ressuscité.

C’est la même leçon que tire de la Transfiguration la seconde Épître de Pierre : « ce n’est pas en nous mettant à la traîne de fables sophistiquées que nous vous avons fait connaître la venue puissante de notre Seigneur Jésus Christ, mais pour l’avoir vu de nos yeux dans tout son éclat. Car il reçut de Dieu le Père honneur et gloire, quand la voix venue de la splendeur magnifique de Dieu lui dit: “Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qu’il m’a plu de choisir.” Et cette voix, nous-mêmes nous l’avons entendue venant du ciel quand nous étions avec lui sur la montagne sainte. » (2 Pierre 1, 16-18).

Cela n’empêchera pas de voir prospérer ce désir récurrent d’un Christ « selon la chair ». C’est ainsi que les Christ à notre image vont foisonner. Un Christ accessible non seulement à nos yeux, mais jusqu’à l’analyse de nos laboratoires de recherche, voire de nos scalpels.

Des chrétiens parmi les chercheurs se réjouissent même de trouver — disent-ils —, des traces nombreuses du Jésus de l’Histoire ; à partir desquelles se dessinent régulièrement des portraits et autres « biographies », distinctes des Évangiles, dans des ouvrages promis au statut de best-sellers, preuve que leur souci est aussi largement celui du grand public.

Que font-ils, ces biographes ? Comme tous les auteurs, mais ici par le détour par Jésus, ils parlent d’eux-mêmes. Et foisonnent les Christ, toujours au goût, à la mode du jour.

D’autres parmi les chercheurs, parmi les non-croyants ceux-là, ont en revanche pour projet de mettre en question le christianisme : eux aussi parlent d’eux-mêmes — et se réjouissent pour leur part qu’il y ait aussi peu de traces dans les Évangiles de ce Jésus dit « de l’Histoire » distinct du Christ de la foi — c’est un euphémisme : il n’y en a pas !… On n’a de récits que des Évangiles.

C’est dans cette ligne-là que tout un courant de l’historiographie soviétique avait beau jeu de carrément mettre en doute l’existence de Jésus… Ces auteurs parlaient d’eux-mêmes, eux aussi, bien sûr, c’est devenu très évident avec le recul. Aujourd’hui ces mises en doutes sont considérées comme dépassées.

Mais les traces d’un personnage historique, distinct des récits évangéliques ? — me direz-vous. Eh bien, on n’en a évidemment toujours pas (sinon quelque mention floue dans deux ou trois textes antiques). Rien qui permette de faire un portrait ! C’est au point que des auteurs à la mode renouent aujourd’hui avec ledit courant de l’historiographie soviétique, en rescapés de la méthode apparemment… pour nous expliquer qu’il n’y a de Jésus que mythique.

Quoique aujourd’hui, (à part dans ce courant à la mode) on ne se demande plus s’il a vraiment existé ; mais on aimerait cependant souvent en savoir un peu plus…

« Nous ne connaissons plus selon la chair », écrit Paul — sous-entendu : depuis sa résurrection. Or, tous les textes évangéliques ont été écrits après la Résurrection. Paul n’a pas vu, ni Luc !… — mais, me direz-vous peut-être, Pierre, lui, a vu, il était là lors de la Transfiguration ; et la 2ème Épître de Pierre nous en parle (2 Pierre 1, 16-19) : quelle chance ! Va-t-il-nous décrire quelque chose, qui soit enfin vraiment crédible pour nos chercheurs ? Eh bien non ! Comme Paul, Pierre ne nous parlera pas de l’homme Jésus autrement que comme le Fils de Dieu venu en chair, existant dans l’Éternité, en dehors de l’Histoire, Histoire où il nous a rejoints, Fils de Dieu fait homme.

C’est cela que nous disent les récits de la Transfiguration, celui de Luc (ou Matthieu et Marc) ou celui de Pierre : ce Jésus que vous avez côtoyé n’est autre que le Fils éternel de Dieu. « Écoutez-le ». Écoutez-le aujourd’hui, précisera l’Épître de Pierre dans les Écritures : « nous avons la parole des prophètes qui est la solidité même ». Mais, alors, que dire des « yeux fixés sur Jésus » ?

*

Revenons à la Loi et aux Prophètes. Ils ont désigné Jésus depuis le commencement. Voilà ce dont se souviennent Pierre et les Évangiles. La Loi et les Prophètes, à savoir Moïse et Élie dans le récit de la Transfiguration selon les Évangiles.

Le récit de la Transfiguration est profondément enraciné dans la mémoire du Sinaï (cf. Exode 24) : la montagne (Ex 24, 1 & 12-13), les six jours (Ex 24, 16), les trois personnes : Aaron, Nadav et Avihou (Ex 24, 1 & 9), la nuée et la voix (Ex 24, 15-17)… Derrière cette histoire, il y a le rappel du Sinaï où Moïse est médiateur de la Loi, la Torah. Et comme pour la Torah, ce qui est en bas renvoie à ce qui est en haut. Un tabernacle terrestre, ainsi le rappelle l’Épître aux Hébreux, signe d’un Tabernacle céleste contemplé par Moïse. En bas : trois disciples. En haut, trois figures célestes : Jésus, Moïse et Élie. Moïse et Élie, « la Loi et les Prophètes ». Et entre les deux, le Fils de l’Homme qui est dans les cieux, en haut ; — et en bas, un projet de tabernacles, de tentes (selon que, Jn 1, 14, « il a “tabernaclé” parmi nous »).

Et au Sinaï qu’en est-il de ce qu’on voit ? — : une voix, une voix que le peuple voit : « vous avez vu la voix de Dieu », est-il dit au peuple au Sinaï.

Et aussi, on peut le remarquer, la voix et la présence d’Élie orientent aussi vers l’attente du Messie à la fin des temps, selon le livre du Prophète Malachie. Les visions du Prophète Daniel sur la venue du Royaume. Plusieurs d’entre vous ne mourront pas avant d’avoir vu le Royaume disait Jésus juste avant la Transfiguration. Alors, qu’ont-t-il retenu finalement, les trois disciples ? Pas grand chose de visualisable. Une Parole : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai élu, écoutez-le ! »… « Écoutez-le » : voilà ce qu’est « avoir les yeux fixés sur Jésus » !

Et quant à la vision proprement dite, le récit de l’épisode marque rien moins qu’un embarras : pour parler de la blancheur éclatante de la lumière, si le mot correspond, semble dire le texte, on n’a de comparaison que celle du teinturier. Aujourd’hui, on penserait aux publicités pour la lessive : Machin lave plus blanc ! Eh bien ce jour-là c’était plus blanc encore, dit l’Évangile ! Nous voilà bien renseignés…

Blancheur éclatante, lumière, et puis bonheur. Pour fixer leur bonheur, comme si c’était possible, les disciples n’ont d’autre idée que de dresser des tentes ! Et pourquoi pas : on peut imaginer qu’ils pensent aux tabernacles de la fête du même nom — référence à l’Exode (cf. aussi Jean 1, 14 cit. supra : « il a “tabernaclé” parmi nous »).

Mais la présence du Fils de Dieu ne se fixe pas. Il faudra redescendre de la Montagne. Où le texte fait apparaître que les disciples sont tout de même à côté de la plaque !

Et pour cause : ils sont de la terre. Ils se trouvent en présence de celui qui manifestement vient du ciel, qui provient d’au-delà de l’Histoire et dont la Loi et les Prophètes ont parlé et parlent encore, celui auquel toute l’Histoire biblique, de Moïse, les commencements, à Élie, celui qui vient à la fin, ne cesse de renvoyer ; celui qui est au-delà de l’Histoire du commencement jusqu’à la fin, et qui est en ces jours au milieu d’eux, dans leur histoire. Il ne nous est pas donné pas d’autre Jésus de l’Histoire que celui-là.

*

Ce Jésus-là n’est autre que le Ressuscité. C’est ce qu’ont compris les disciples, plus tard. C’est bien le Ressuscité qui leur est apparu ce jour-là, avant même la crucifixion, celui qui demeure dans le sein du Père dans toute l’Éternité, celui en qui vient le Royaume ; qu’ils ont donc contemplé dans la Gloire avant même leur mort.

Et on a retenu la voix qui a retenti : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai élu, écoutez-le ! ». Écoutez ce que Dieu vous dit par lui. Déjà le Royaume est à l’intérieur de vous… Ne restez pas sur Mont de la Transfiguration. Allez suivre le Ressuscité sur les routes où il vous précède. Et c’est ce que Jésus va leur montrer par l’épisode, miraculeux, qui suit et qui se conclut par cette parole, alors que tous s’enthousiasment : « Écoutez bien ce que je vais vous dire : le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes. » — « Mais, poursuit le texte, ils ne comprenaient pas cette parole ; elle leur restait voilée ». Qu’il est dur de descendre du Mont de la Transfiguration. Mais Jésus lui-même en est descendu. À nous de le suivre à présent : allez donc dans le monde… « les yeux fixés sur Jésus », à savoir : « écoutez-le », et donc pour nous : « écoutez ce qu’ont dit de lui ceux qu’il a envoyés vers nous ».

Alors nous sommes l’objet même de la prière de Jésus lui-même. Jean 17 : « c’est pour eux que je prie — les Apôtres. Et aussi ceux qui auront cru par leur parole, la parole des Apôtres ». « Les yeux fixés sur Jésus » ? — : « celui-ci est mon Fils élu, écoutez-le » !

R.P., Antibes, AEF, jeudi 10 janvier 2008

mardi 1 janvier 2008

2008 ans !

Bonne Année...



Voilà qu’apparaissent ces fameux Mages venus d’Orient, bientôt sacrés rois… Ces Mages que l’évangile de Matthieu présentait comme arrivant miraculeusement après l’événement de Noël — des savants dira-t-on bientôt, présents grâce à leur science des étoiles, la nuit du 25 décembre 0000.


Mais, nous disent les savants, les successeurs des Mages en quelque sorte, le 25 décembre c’est impossible : les bergers de l’évangile de Luc ne pouvaient être dans les champs en cette saison ! Et de nous faire remarquer que le 25 décembre est la date d'une fête païenne en l'honneur du soleil.


Alors, fête du Messie biblique, Messie de Bethléem, ou fête païenne du soleil ?


Le problème serait alors toujours celui de savoir si Jésus est le Messie biblique ou celui qui concerne aussi les païens…


Mais y a-t-il là une contradiction ? La fête de la montée du soleil de justice, celui devant qui pâlit le soleil, la fête du Christ biblique, concerne aussi les païens ! C’est vers lui, vers sa lumière, que sont venus, guidés par l’étoile confuse de leur confuse science, les Mages, ces païens d’Orient. C’est vers lui que se dresse l’arbre de Jessé, père de David, comme l’arbre de toute la Création qui se dresse vers sa lumière qu’annonce cette même étoile des Mages.


Les yeux de la foi découvrent alors que cette fête que l’on voudrait dénoncer comme païenne est celle de la bonne nouvelle du salut de Dieu pour les païens — les nations —, que représentent ici les Mages. Elle est celle du chant de toute la Création à la rencontre de la lumière à laquelle elle est appelée.


Ici se dévoile la promesse du Dieu d’Abraham, du Dieu d’Israël, pour tous les peuples : viendront des nouveaux cieux et une nouvelle terre où tous demeureront en paix.


2008 ans que germe cette promesse semée en Celui qui est venu…




« Laisse-moi désormais,
Seigneur, aller en paix,
Car selon ta promesse,
Enfin mes yeux ont vu
Resplendir le salut
Que j’attendais sans cesse.


C’est lui qu’en l’univers,
Tant de peuples divers
Vont recevoir et croire.
En lui brille ton Nom,
Lumière des nations
Et d’Israël la gloire. »

(Cantique de Siméon, d’après Luc 2, 29-32)

RP,

méditation dans
Au Fils des jours




lundi 24 décembre 2007

Noël




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Un âne auprès de Jésus dans l’étable de la Nativité. On parle d’un bœuf aussi…

Mais comment se fait-il que les textes des évangiles de Noël n’y fassent pas allusion ?

En premier lieu nous est dressé l’arrière-plan, le fond sombre du tableau : des hauts personnages : un empereur romain qui fait recenser toute la terre chez Luc ; et chez Matthieu un roi qui ne supporte pas qu’un enfant naissant dans l'anonymat risque de le concurrencer !…

La gloire de ce monde ; la richesse, les lumières de la ville, des hôtels pleins de gens dignes, au point qu’il n’y a pas de place pour le plus humble.

Plus près de la crèche, encore des êtres glorieux, plus glorieux encore d’ailleurs, en vérité: des anges, êtres célestes ; — chez Matthieu, près de l'enfant, des Mages, hauts dignitaires de terres lointaines.

Puis — rapprochons-nous, encore —, les premiers arrivés pour accueillir le nouveau-né, ceux auxquels les anges qui les ont avertis ont laissé la place : des bergers. Là, on est sur la piste, celle sur laquelle nous met l’Évangile… celle de l’humilité. Mais toujours pas d’âne ou de bœuf, me direz-vous…

Reprenons : dans les sphères de la gloire humaine, là où tout brille, les grands de ce monde, l’arrière-plan du tableau, ce qui se voit bien, c’est un empereur qui ballotte une humble famille sur les routes poussiéreuses pour mener à bien son recensement. C’est aussi un roi, malade de son pouvoir, au point de voir dans toute ombre qui se dessine une menace pour son avenir, jusqu’à attenter à la vie des enfants de Bethléem. Folie de la grandeur !

Puis nous est dessinée une autre gloire, cachée, mais d’un vrai prix, celle-là : la gloire céleste du chœur des anges, qui pour leur part, savent désigner ce qui est important ; comme les Mages, chez Matthieu, qui ont su le reconnaître.

Des Mages qui s’en retournent par un autre chemin. Des anges qui se retirent dans les lieux très hauts… et envoient des humbles parmi les humbles, les bergers comme témoins de ce qui se passe en ce qui est alors révélé comme le lieu le plus important de l’univers : une mangeoire, une crèche… où vient d’être déposé un enfant qui vient de naître…

Mais me direz-vous, où est le bœuf ? Où est l’âne ? Les bergers nous ont mis sur la piste : on sait bien que le bœuf ou l’âne ne sont jamais bien loin des bergers et des étables.

Savez-vous où paraît la première fois un âne dans les évangiles ? C’est aux Rameaux. Lors de l’entrée royale de Jésus à Jérusalem, en signe d’humilité, nous dit Matthieu, citant la prophétie de Zacharie. Mais jusque là, point d’âne ou de bœuf, si ce n’est lorsque Jésus parle de lui, le plus humble des animaux, comme de celui que Dieu à jugé digne de bénéficier des faveurs de sa loi : celui que l’on détache pour le faire boire le jour du Sabbat.

L’animal de l’humilité, celui dont on ne fait pas cas. Avez-vous compris alors ce que nous dit le silence des évangiles sur l’âne de la crèche, comme sur le bœuf ?

Ce jour-là, en cet enfant dont on n’a pas fait cas, s’est passée cette chose inouïe : Dieu a rejoint tous ceux dont on ne fait pas cas, ceux qu’on ne mentionne même pas, comme l’âne, ou le bœuf. C’est ici que se passent les choses vraiment importantes. Le prophète Ésaïe l’avait dit : « le bœuf connaît son propriétaire, et l’âne la crèche de son maître : mon peuple ne connaît rien, mon peuple n’a point d’intelligence » (Ésaïe 1, 3). Mon peuple : nous les hommes, tellement au dessus du reste de la création et surtout des bêtes de somme, nous qui aimons tant passer pour sages, intelligents, brillants.

À ce sujet, il est aussi écrit, rappellera Paul : « je détruirai la sagesse des sages et j’anéantirai l’intelligence des intelligents » (1 Corinthiens 1, 19). C’est ainsi, précise l’Apôtre, que « Dieu a choisi les choses insignifiantes du monde, celles qu’on méprise, celles qui ne sont pas, pour réduire à rien celles qui sont, afin que personne ne se glorifie devant Dieu » (1 Corinthiens 1, 28-29).

Telle est « la sagesse de Dieu, mystérieuse et cachée. Aucun des princes de ce monde ne l’a connue » (1 Corinthiens 2, 7-8).

Voilà donc qu’ « il a plu à Dieu de sauver les croyants par la folie de cette parole. Car la folie de Dieu est plus sage que les hommes, et la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes » (1 Corinthiens 1, 21-25).

Nous savons à présent pourquoi l’âne n’apparaît pas dans les récits : pour que l’on sache où se passe ce qui est vraiment important.

« Mon peuple n’a point d’intelligence » ? constate Ésaïe. Alors « écoutez, mes enfants, répond la sagesse, la leçon d’un père, appliquez-vous à connaître ce qu’est l’intelligence » (Proverbes 4:1). « L’âne, lui, connaît la crèche de son maître ». Il ne cherche pas à briller, ni à ce qu’on le remarque. Et pour que l’on comprenne bien cela… Eh bien, on ne le voit pas ! Un seul vaut d’être contemplé et honoré — celui que dans d’étable, réchauffe l’haleine de l’âne. L’âne qui, ainsi, représente aujourd’hui tous ceux dont on ne fait pas cas.

Puissions-nous entendre le silence de l’âne, pas même mentionné, et y découvrir notre vraie place, auprès de Dieu qui nous a rejoints dans l’humilité de cet enfant.

Heureux celui qui s’efface devant l’enfant qui a fait de la crèche où il a été déposé l’endroit le plus important de l’histoire de l’univers. C’est là l’intelligence : savoir où est le seul vrai Dieu. Et c’est là la clef du bonheur…



Prière des ânes

« Donne-nous, Seigneur, de garder les pieds sur terre,
et les oreilles dressées vers le ciel pour ne rien perdre de ta parole.


Donne-nous, Seigneur, un dos courageux

Donne-nous, Seigneur, d’avancer tout droit,
en méprisant les caresses flatteuses autant que les coups de bâton.


Donne-nous, Seigneur, d’être sourds aux injures, à l’ingratitude :
c’est la seule surdité que nous ambitionnons.


Ne nous donne pas d’éviter toutes les sottises,
car un âne fera toujours des âneries.


Donne-nous simplement, Seigneur,
de ne jamais désespérer de ta miséricorde,
si gratuite pour ces ânes si disgacieux que nous sommes,
à ce que disent les pauvres humains.


Lesquels n’ont rien compris ni aux ânes ni à toi,
qui as fui en Egypte avec un de nos frères,
et qui as fait ton entrée prophétique à Jérusalem
sur le dos d’un des nôtres. »


RP
Méditation de Noël,
Antibes, lundi 24 décembre 2007




dimanche 23 décembre 2007

Au bord de l’abîme




« Le cinquième ange fit sonner sa trompette: je vis une étoile précipitée du ciel sur la terre. Et il lui fut donné la clé du puits de l’abîme. »
Apocalypse 9, 1


« Les flots de l’abîme s’appellent l’un l’autre, au fracas de tes cataractes. En se brisant et en roulant, toutes tes vagues ont passé sur moi. »
Psaume 42,7

  

Yes — Close to the Edge :






« Es-tu parvenu jusqu’aux sources de la mer, as-tu circulé au fin fond de l’abîme? »
Job 38, 16


« Je cherche parmi eux quelqu’un qui construise une enceinte et qui se tienne debout sur la brèche, devant moi, pour défendre le pays et m’empêcher de le détruire »...
Ézéchiel 22, 30





mardi 18 décembre 2007

Providence



« J’entendis dans le ciel une voix forte qui disait : Maintenant est arrivé le salut, ainsi que la puissance et le règne de notre Dieu, et l’autorité de son Christ. Car il a été précipité, l’accusateur de nos frères, celui qui les accusait devant notre Dieu jour et nuit. »
Apocalypse 12, 10


King Crimson - Providence


« ... un autre signe apparut dans le ciel: C’était un grand dragon rouge feu. Il avait sept têtes et dix cornes et, sur ses têtes, sept diadèmes.
Il fut précipité, le grand dragon, le serpent ancien, qui séduit toute la terre habitée ; il fut précipité sur la terre, et ses anges furent précipités avec lui. »
Apocalypse 12, 3 & 9


King Crimson - Fallen Angel


« Sa queue, qui balayait le tiers des étoiles du ciel, les précipita sur la terre. »
Apocalypse 12, 4
« … il se fit dans le ciel un silence d’environ une demi-heure… »
Apocalypse 8, 1



King Crimson - I talk to the wind


« … des voix fortes retentirent dans le ciel en disant : le royaume du monde est passé à notre Seigneur et à son Christ. Il régnera aux siècles des siècles ! »
Apocalypse 11,15



lundi 17 décembre 2007

De la parole humiliée à la Parole de Vie



... à propos de Jacques Ellul




À partir de la parole vivante

« La Parole qui est inscrite dans la Bible est toujours vivante et dite constamment à celui qui lit. Ainsi le commandement de prier est toujours renouvelé et à toutes les époques, il est dit à chacun. "Invoque-moi au jour de la détresse, je te délivrerai, tu me glorifieras" (Ps. 50, 15). "Veillez et priez afin que vous ne tombiez pas dans la tentation" recommande Jésus dans le jardin de Gethsémani (Matth. 26, 39). "Veillez donc et priez en tout temps afin que vous ayez la force d'échapper à toutes ces choses qui arriveront, et de paraître debout devant le Fils de l'homme" (Luc 21, 36) ordonne Jésus après avoir rappelé les signes de la fin des temps. Et Paul au milieu des indications éthiques : "Avertissez ceux qui vivent dans le désordre, consolez ceux qui sont abattus, supportez les faibles, usez de patience envers tous. Prenez garde que personne ne rende à autrui le mal pour le mal, mais poursuivez toujours le bien ... Priez sans cesse. Rendez grâces en toutes choses, car c'est à votre égard la volonté de Dieu en Jésus-Christ. N'éteignez pas l'Esprit ..." (1 Thes. 5, 14-20). […] Ne voyons-nous pas que ces paroles, adressées nous semble-t-il à d'autres, et passées depuis si longtemps, nous concernent personnellement, sont commandement actuel parce que la situation qu'elles visent est toujours ma situation. […] » Etc. (Dans L’impossible Prière, Le centurion, 1970, p. 114).

« La Parole qui est inscrite dans la Bible est toujours vivante et dite constamment à celui qui lit ». Voilà qui me paraît être une clef de la démarche, ou de la vocation, d’Ellul. Une démarche qui pourrait être comprise comme visant à débusquer les idoles, et notamment sous cette forme qu’elles ont prise : la forme de l’idéologie.

En effet s’il se reconnaît des compagnons de route dans sa démarche radicalement iconoclaste, des compagnons usant de tout autres instruments, par exemple un Marx, sa démarche propre et son efficacité relèvent de cette affirmation permanente :

« La Parole qui est inscrite dans la Bible est toujours vivante et dite constamment à celui qui lit ».

Cette citation permet de souligner que la démarche d’Ellul, sous l’angle de ce qui la fonde, n’est pas inductive, mais est démarche de foi.


L’idéologie ou le réel contre le vrai

C’est de là que se discerne l’humiliation de la parole, la parole mutée dès lors en incantation, en discours creux, via la confusion du réel et du vrai.

Cette distinction du réel et du vrai est essentielle dans le livre d’Ellul La parole humiliée : le réel est le domaine de l’image — qui nous propose un réel de substitution — ; le vrai relève de la parole, audible plus que visible. Dans la Bible, ce qui est donné comme visible n’est jamais que des signes qui ne signifient rien en eux-mêmes (La parole humiliée, p. 84).

L’image est devenue de nos jours une sorte de lieu d’aboutissement médiatique de la prétention à l’objectivité, qui est une des caractéristiques de nos sociétés techniciennes où la contrainte matérielle (La parole humiliée, p. 77) s’est substituée à l’humble pouvoir de la parole. Si l’image est du domaine du réel, elle n’est pas du domaine de la vérité — la réconciliation du réel et du vrai n’advenant que dans le futur Royaume de la résurrection. Or l’image envahit le domaine de la parole (qui concerne, elle, normalement, la vérité).

La parole, ainsi envahie par l’image, finit comme l’image, par n’engager à rien. Or la parole vraie engage. On peut penser à Kierkegaard, une des références d’Ellul : « Seule la vérité qui édifie est vérité pour toi. » ("Ultimatum", dans Ou bien... ou bien, coll. Bouquins, p. 653.).

La vérité se reçoit subjectivement. La confusion entre la vérité et le réel, qui relève d’une mythique objectivité, est, en soi, humiliation de la parole.

En fait d’objectivité, la Parole de Dieu, jamais objet, jamais à notre disposition, est nécessairement donnée à notre subjectivité. Notre parole y répond en nous engageant. Et voilà que par la confusion du réel et du vrai, notre parole est humiliée, la parole qui nous engagerait, mais devenue discours creux, notre parole humaine ; et cette humiliation atteint aussi la Parole de Dieu.

Je reprends ma citation initiale : « La Parole qui est inscrite dans la Bible est toujours vivante et dite constamment à celui qui lit ». Ce qu’elle dit engage, comme notre parole nous engage — plutôt que la vie par procuration qu’entraîne l’image. L’humiliation de notre parole, censée n’engager à rien, débouche sur l’humiliation de la parole Dieu — ou lui fait suite.

Il s’agit de la mutation de la parole — et déjà de notre parole comme parole qui engage —; il s’agit de sa mutation en instrument de l’objectivité prétendue, qui elle, n’engage à rien ; car « l’objectif », le fameux « réel » dont l’image donne un substitut, n’est jamais que ce qui émerge de l’idéologie qui donne la clef de cette supposée « objectivité » ; laquelle est donc forcément à géométrie variable. Sans compter qu’il s’agit du serpent qui se mord la queue.

L’exemple évident de la forme contemporaine de cette humiliation de la parole ressort de nos médias, qui, de médias d’opinion, sont devenus médias sans opinion, objectifs — étiquetés, pour être concret, de droite ou de gauche, mais — globalement interchangeables. Bref, « objectifs ». Sauf dans les temps de crise aiguë où transparaît la vacuité de cette objectivité quant à la vérité. Et le premier à déroger à la règle se voit attribuer tous les noms d’oiseaux pour avoir failli, dérapé hors de l’autoroute de l’objectivité.

D’où l’urgence d’une exégèse constamment renouvelée des lieux communs et nouveaux lieux communs (selon un des titres d’Ellul).


Critique de l’idéologie technicienne

Le moteur premier de cette objectivité moderne est le progrès technique, et son poids écrasant et irréfutable — qui en outre promeut le règne de l’image.

Ellul rappelle l’illustration qu’on donnait de la technique auprès des enfants en Union Soviétique : « dans les écoles on faisait faire deux massifs, on y plantait des fleurs ou des légumes : sur l'un d'eux les enfants venaient prier tous les jours, en demandant à Dieu que les graines poussent. Mais c'est tout ce que l'on faisait. Pour l'autre, on arrosait, on mettait de l'engrais, etc., et on s'apercevait que les plantes venaient beaucoup mieux dans celui-ci ! Donc Dieu n'était capable de rien. La situation est identique quoique non volontaire, non systématique dans la société technicienne » (dans L’impossible Prière, p. 88).

À ce point, on pourrait penser qu’Ellul s’inscrit dans cette lecture connue, qui considère que le projet — cartésien — de maîtrise et possession de la nature a fait parvenir l’homme moderne à son âge adulte, à sa maturité, à sa libération par rapport aux dieux et idoles.

Cela est vrai, mais à demi seulement. L’originalité d’Ellul à ce point, est de dévoiler que la technique qui nous fait maîtriser la nature devient par là-même, au fur et à mesure que cette domination semble plus totale, comme autonome, clef d’un système en soi, un système de nature religieuse : la technique est investie d’une véritable sacralité. C’est le thème de son livre Les nouveaux possédés, où la technique devient un des vis-à-vis polaires d’un cercle religieux, en l’occurrence le pôle « ordre » d’une religiosité dont le pôle chaos est le sexe.

Comme en parallèle l’État-nation est le pôle ordre en vis-à-vis duquel la révolution est l’autre pôle. (Quoique l’analyse du pôle de l’État-nation demande aujourd’hui plus qu’hier à être relue dans le cadre de la mondialisation qui en produit un affaiblissement.)

Ellul voit dans ces dualités de l’ère technicienne l’équivalent de l’ancienne dualité Loi religieuse / rupture du carnaval.

Où il fait apparaître que l’idéologie prend bien la place des classiques religiosités idolâtres.

« La technique est devenue une nouvelle religion. La technique renforce l’État, qui renforce la technique. Les transnationales sont les enfants de la technique. Nous vivons sous l’emprise d’une incessante propagande. La publicité et le bluff technologique sont les moteurs du système technicien. Devenue universelle, la technique est en train d’uniformiser toutes les civilisations : la vraie mondialisation, c’est elle. Il ne peut y avoir de développement technique infini dans un monde fini : les techniques épuisent les ressources naturelles. Plus le progrès technique croît, plus augmente la somme de ses effets imprévisibles. La technique s’est alliée à l’image pour piétiner la parole. La technique a avalé la culture. La technique a créé un nouvel apartheid ; elle éjecte les "hommes inexploitables" et les ravale au rang de déchets humains. La technique prétend fabriquer un homme supérieur, mais supérieur en quoi ? Une seule solution, la révolution ! (mais elle est impossible) » (Nestor Potkine, Recension de J.-Luc Porquet, Jacques Ellul, l’homme qui avait presque tout prévu, éd. du Cherche Midi).

À ce point Ellul va un peu plus loin en signalant que la dérive qu’il dénonce, de la révélation à l’idéologie, n’est pas en soi une nouveauté. Elle prend actuellement les oripeaux de la technique, et de la tentation proprement idéologique, à l’époque d’Ellul celle de l’idéologie chrétienne-marxiste selon un de ses titres, entres autres formes modernes.

Entre autres formes, car il ne faut pas croire que l’idéologie issue de Marx, dont il apprécie cependant la méthode d’analyse avant que tout cela ne vire à l’idéologie ; il ne faut pas croire que cette idéologie range Ellul dans le camp adverse. L’idole plus classique en termes bibliques, l’argent devenu autonome, Mammon donc, n’est pas épargnée — cf. son livre L’homme et l’argent. (Comme socle de l’idéologie — dominante aujourd’hui —, du libéralisme). C’est aussi à ce point qu’Ellul se sent proche de l’anarchisme (cf. Anarchie et Christianisme) — on peut penser en parallèle au livre biblique des Juges et à celui de Samuel où le règne de la parole de vie est le souhait divin auquel s’oppose le peuple qui demande un roi. Ce que Dieu lui concède par la voix du prophète Samuel. L’utopie reste utopique…

Telle est la soumission régulière des croyants, génération après génération aux idéologies successives. Soulignons qu’Ellul ne s’exclut bien sûr pas de ces tentations qu’il dénonce : « l’homme de notre temps ne sait pas prier, écrit-il dans L’impossible prière. Bien plus, il n’en ressent ni l’envie, ni le besoin ; il ne trouve pas en lui la source profonde de la prière. Je le sais, je le connais bien cet homme, c’est moi ! »


Critique de l’idéologie religieuse

Cette soumission des croyants aux idéologies ambiantes n’est ainsi pas une nouveauté. Avant les idéologies modernes, Ellul remonte à l’Empire constantinien, pour ce qui est de l’histoire de l’Occident (il aurait pu remonter plus haut, bien sûr, et hors Occident). Avec l’Empire constantinien, c’est de façon directe que la Révélation a été mutée en système idéologique, véritable trahison de la Révélation. Où il dénonce, dans La Parole humiliée, ce qui est à ses yeux l’imposture de la théologie de l’icône (p. 114 sq.), puis celle de l’image devenue pour l’Église médiévale, et depuis elle jusqu’à nous, l’instrument du pouvoir (l’icône ne peut trouver de légitimité que lors de l’avènement du Royaume à venir).

Bien au-delà de ce seul aspect, et bien avant ce développement, dès la conversion de l’Empire romain, on est selon un des titres d’Ellul, dans une véritable subversion du christianisme. Où Ellul sort du seul Occident issu de l’Empire romain, pour questionner aussi l’islam, en des termes, qui, avec le recul de quelques années, valent qu’on s’y arrête. C’est la dernière idéologie / idéolâtrie qu’il dénoncera. Une dénonciation qui demande à être replacée dans son contexte. D’autant plus qu’elle peut paraître bien excessive. Mais peut-on la nuancer sans trahir Ellul ?

La subversion du christianisme date de 1984, un an après son Islam et judéo-christianisme. Éloignée à la fois de l’époque de sa prise de position contre la colonisation aux jours de la guerre d’Algérie et de notre époque : à mi-chemin des deux époques : environ 20 ans après la guerre d’Algérie, environ 20 ans avant les ravages de l’islamisme. Remarquons avant d’aller plus loin que ses propos, remis dans leur contexte, sont d’une part lucides, semblant en avance sur leur temps : ils étaient beaucoup plus choquants, voire scandaleux alors ; — et d’autre part ils semblent datés. Ellul fonde ses convictions sur ce point avant que Bruno Étienne ne publie son livre L’islamisme radical, qui établit, en 1987, la distinction à présent généralement admise, entre islam et islamisme. Antérieur dans son origine, le propos d’Ellul, repris en 1987 dans son Ce que je crois semble n’en pas tenir compte. Ce faisant, il est sensible à des réalités qu’on ignore alors généralement. Il préfacera en 1991 le livre de Bat Ye’or, Les chrétientés d'orient entre jihad et dhimmitude VII-XXè siècle (Paris, Cerf, 1991) — à une époque où la réalité de la dhimmitude est, sinon niée, du moins minimisée.

Par d’autres aspects, il est modéré par rapport à notre époque : par exemple, s’il souligne le rôle de l’islam dans le développement des déportations esclavagistes, il refuse radicalement, contrairement à ce qui semble aujourd’hui à la mode, d’en faire une excuse quant à la culpabilité de l’Occident (excuse qui fait partie de l’idéologie / idéolâtrie actuelle, qui s’exprime dans celle de l’ « anti-repentance »).

D’un autre côté, il me semble ne pas mettre suffisamment en lumière l’influence de la chrétienté, notamment byzantine, sur le développement des travers qu’il dénonce en islam. L’influence néfaste n’est pas à sens unique. Ce qui aurait mérité d’être mieux souligné surtout quand il vient de dénoncer l’idéologie constantinienne. Cela dit, il y a un véritable problème en ce que l’islam a inscrit ces travers dans un livre censé faire révélation à lui seul.

Pour donner une idée de la façon dont Ellul le perçoit, et de la tonalité qu’il adopte, une citation, datant de 1989, intitulée « Non à l’intronisation de l’islam en France » :
« Ce n’est pas une marque d’intolérance religieuse, précise-t-il : je dirais "oui", aisément, au bouddhisme, au brahmanisme, à l’animisme…, mais l’islam, c’est autre chose. C’est la seule religion au monde qui prétende imposer par la violence sa foi au monde entier.
Je sais qu’aussitôt on me répondra : "Le christianisme aussi!"
Et l’on citera les croisades, les conquistadors, les Saxons de Charlemagne, etc. Eh bien il y a une différence radicale.
Lorsque les chrétiens agissaient par la violence et convertissaient par force, ils allaient à l’inverse de toute la Bible, et particulièrement des Évangiles. Ils faisaient le contraire des commandements de Jésus, alors que lorsque les musulmans conquièrent par la guerre […] ils obéissent à l’ordre de Mahomet. [...]
Je sais que l’on objectera : "Mais ce ne sont que les ‘intégristes’ qui veulent cette guerre."
Malheureusement, au cours de l’histoire complexe de l’Islam, ce sont toujours les "intégristes", c’est-à-dire les fidèles à la lettre du Coran, qui l’ont emporté sur les courants modérés, sur les mystiques, etc. […]
Maintenant, le réveil farouche et orthodoxe est un phénomène mondial. Il faut vivre dans la lune pour croire que l’on pourra "intégrer" des musulmans pacifiques et non conquérants. Il faut oublier ce qu’est la rémanence du sentiment religieux […]. » (« Non à l’intronisation de l’islam en France »
, Réforme, 15 juillet 1989.)

Un danger nouveau pressenti par Ellul, quoiqu’il en soit (on est avant la chute du mur de Berlin), que celui de l’islamisme. Sans doute une raison de plus pour son livre-profession de foi en faveur d’Israël face à ce danger nouveau émergeant (Un chrétien pour Israël, 1986).

Le tout lié donc à ce qu’on est aux prises avec un livre, le Coran, à partir duquel ceux qui s’en réclament sont tentés de balayer tout le reste, parce qu’il est censé faire révélation à lui tout seul. Ici aussi il faudrait nuancer les choses et remarquer que le Coran n’est devenu exclusif des livres antérieurs qu’assez tardivement. Jusqu’au XI siècle, en islam Bible et Nouveau Testament sont plus ou moins lus. À ce point précisément, celui de leur abandon, l’islam devient l’idéologie / idéolâtrie que dénonce Ellul.

Mais ce qui est de fait advenu dans l’histoire depuis le XIe siècle et qui s’est figé au XIVe, n’est peut-être pas originaire pour l’islam. C’est ici que pourrait se faire la bifurcation entre islam et islamisme qu’Ellul ne considère pas.

Et c’est par là que j’en reviendrai à ce qui caractérise la parole de vie judéo-chrétienne, et que l’islamisme évacue de l’islam : une parole vivante, subjective et non figée, une parole créatrice.

La parole biblique suscite engagement de tout l’être parce qu’elle est commandement, appel et réponse créatrice à cet appel. Bref, il y a forcément multi-polarité de la Parole de Vie. Le commandement de l’obéissance, l’appel et la réponse, ce qui donne un espace d’où naît l’engagement pour une vérité dès lors subjective. Calvin, dont Ellul se réclame, parle de témoignage intérieur du Saint Esprit, thème développé aussi par Barth dont Ellul se réclame aussi. Car pour Ellul, chrétien, cette multi-polarité prend la forme de la théologie trinitaire.

Sans parler de théologique trinitaire, dans le judaïsme et le christianisme, cette multi-polarité originaire de la révélation se traduit et se conçoit aisément dans la multi-polarité historique dans la révélation : la Loi et les Prophètes. La Bible hébraïque et le Nouveau Testament. Cette multi-polarité est certes présente en islam. Toutefois, elle y est moins prégnante, dans les courants les plus communs, quant à ses conséquences pratiques. Cela pour une raison simple. Depuis que la lecture de la Bible et du Nouveau Testament a été abandonnée, la distance historique entre pôles de la révélation s’est extrêmement réduite puisque ultimement, il faut la trouver dans le Coran écrit sur une vingtaine d'année.

Pour la tradition juive on trouve deux pôles forts, sur une échelle temporelle entre la Loi et la fin des prophètes, donc quelques dix siècles — les prophètes tirant vers une exigence intérieure d'interprétation.

Quant au christianisme, se situant dans la lignée des prophètes, il donne un autre livre du même degré d'inspiration, en explicitant librement des potentialités toujours nouvelles. Ce qui peut entraîner des prises de distance pratiques relativement radicales, en tout cas apparemment, par rapport au texte initial, la Torah. Par exemple chez Paul.

Des écrits aussi radicaux quant à une lecture créative de la Torah que ceux de Paul ont été recueillis par le christianisme comme Parole de Dieu au même titre que la Torah. Cela ne s’est pas fait sans tensions puisque certains chrétiens ont alors succombé à la tentation d'abandonner un des pôles : ainsi par exemple les marcionites, disciples de Marcion qui rejetait la Bible hébraïque, devenue l’Ancien Testament.

On sait que le christianisme n’a finalement pas suivi les marcionites. Dès lors, sera forcément soulignée la bipolarité du commandement et de son accueil, dans la liberté, comme Parole vivante.

C'est à ce même risque du « marcionisme » que l'islam, pour sa part, a succombé en abandonnant la lecture de la Bible hébraïque et du Nouveau Testament, à peu près définitivement au XIe siècle (comme en témoigne l’œuvre d'Ibn Hazm de Cordoue — cf. R. Caspar, Traité de théologie musulmane, Rome, Institut biblique pontifical, 1987, p. 218). Sans doute ici aussi, comme pour les marcionites, mutatis mutandis, la tension dialectique a-t-elle paru trop forte, entraînant une dérive vers un légalisme que ne connaissait pas l'islam premier.

La bi-polarité, interne aussi au Coran n'en a pas moins subsisté. Elle n'est sans doute pas sans rapport avec les deux types de textes perçus comme contradictoires. Deux pôles dans le texte coranique, d'où les deux pôles de la compréhension musulmane du Coran, ce qui débouche sur le phénomène de l’abrogation, ou, ici aussi, un pôle est abandonné.

De la sorte, la réalité concrète fait que l’espace qui fait circuler la vie dans la parole biblique — qui est donnée comme commandement, appel et réponse — est réduit à une absence de bipolarité, départ de la dérive en idéologie de l’islam devenant islamisme, figeant une idéologie au VIIe siècle, d’autant plus redoutable que le livre a englobé des coutumes de l’époque — terribles, concernant notamment les femmes et les minorités.

Le problème est, sous cet angle plus considérable qu’il n’aurait pu l’être dans la marcionisme — puisque le texte du Nouveau Testament n’a pas intégré à titre de loi des coutumes de son temps.

Je me suis permis par cet excursus, de déborder un peu ce que dit d’Ellul, pour une sorte d’actualisation, cela en essayant toutefois de ne pas le trahir.

Cela en partant de questions sur l’islam soulevées par Ellul et sur lesquelles, quoiqu’il en soit, on ne peut pas fermer les yeux. Cela dit, la leçon qu’il me semble falloir en tirer, serait peut-être, du coup, d’assumer la nécessité d’un dialogue avec l’islam, en vue de réouvrir la multi-polarité, le foisonnement d’une parole qui par cela est parole de vie. Restera des écrits d’Ellul, l’exigence d’une constante vigilance au cœur même de ce dialogue.

C’est un exemple très actuel finalement de la vocation d’Ellul, et de son message : débusquer toujours à nouveau les idoles derrières des idéologies / idéolâtries du temps — de la technique à l’argent en passant par les religions séculières ou classiques.


La parole de vie contre la parole du mal et la « concurrence des mémoires »

Dernier point que je relèverai chez Ellul. À l’époque où l’on parle de concurrence des mémoires, je proposerai une citation de son livre L’Espérance oubliée, son préféré parait-il, qui permettra de voir la subtilité d’une pensée qui ne se laisse pas enfermer — Ellul y pose le rapport entre colonisation et nazisme, en des termes proches d’Aimé Césaire, ou du Martiniquais Frantz Fanon — « quand vous entendez dire du mal des juifs, tendez l’oreille, on parle de vous », rappelait Fanon.

La parole libère en tant qu’elle engage — avec un exact vis-à-vis : la parole que nous prononçons peut aussi nous rendre esclaves si elle est énonciation d’une mauvaise parole. Cette mauvaise parole est celle de l’impudence nazie, seule nouveauté radicale du nazisme par rapport au colonialisme, pour Ellul, nouveauté qui engage au cynisme :
« La colonisation […] fut fondée sur le mépris, écrit Ellul. Négation que les indigènes soient des êtres humains, négation de leur culture, leur religion, leurs mœurs. Le ridicule et l'autodestruction imposés. « Y a bon Banania » et congaïs. Étrange situation, il semblait que plus les mœurs s'adoucissaient sur le plan matériel, plus le mépris augmentait. On cessait de fouetter les Noirs, mais on les méprisait davantage. On ne brûlait plus les adversaires, mais on les écrasait intérieurement.
Temps subtil que le nôtre, qui a fait passer la violence au plan du spirituel, qui adopte des conduites humanitaires en accroissant le mépris des hommes. Mais on ne savait pas encore que le mépris est contagieux, qu'il se développe selon le même processus que la violence. A la violence ne peut répondre que la violence, selon un engendrement réciproque et démultiplié. […] Ridicule absolu d'un temps où l'on ne cesse de proclamer les Déclarations des droits de l'homme, quand ce qui règne en fait, c'est le mépris des hommes.
Inutile de rappeler l'hitlérisme et les camps de concentration, ce qu'il y a eu de nouveau ce n'était pas le fait du camp lui-même (il y en avait eu dans la guerre des Boers par exemple) ni le fait de la ségrégation d'une part importante de population, ni le fait du mépris, de la volonté de détruire l'autre intérieurement: le nouveau c'était la proclamation. Il y avait eu mépris pour le colonisé. Mais cela ne se disait pas hautement. On affirmait le contraire. L'impudence nazie fut de dire avec satisfaction, avec rigueur, ce que les autres avaient déjà fait. Or, il est fondamental, surtout en ces matières, de comprendre (le contraire de ce que l'on dit généralement!) que faire quelque chose sans le dire, ou formuler une parole inverse de son action, c'est assurément être hypocrite, mais c'est aussi se désapprouver soi-même, et si cela peut paraître comme essai d'autojustification, de bonne conscience, d'un autre côté, la parole dite est forcément limitation des actes entrepris. Au contraire, lorsque l'on en vient à l'adéquation de la parole à l'acte, c'est la porte ouverte à tous les délires, à tous les déchaînements. Dire, doctrinalement, ou prophétiquement, ou affirmer comme valable, afficher dans le discours ce que l'on fait, c'est assurer la prolifération de l'acte, surenchérir en fait sur la situation précédente, atteindre la limite de l'horreur. La foi proclamée concordante à la foi vécue décuple la foi. Mais l'inverse est exact pour le mépris. Traiter l'homme avec mépris en affirmant qu'on l'honore, c'est absurde et hypocrite, mais c'est une limite aux possibilités concrètes du mépris. Et c'est pourquoi bien que les trouvant infimes et ridicules, je ne suis pas prêt à abandonner les Déclarations des droits de l'homme, fragile barrière à l'universalisation du mépris. Je crois à l'importance décisive, et même dernière, de la Parole. La nouveauté flagrante du nazisme fut donc de proclamer avec orgueil, emphase et satisfaction le mépris de l'homme - de catégories, de classes, de races. Mais tout l'homme et tout homme est compris lorsqu'un ensemble humain fût-il déterminé se trouve voué au mépris. Alors ce fut le déchaînement, et l'on sait les inventions diaboliques pour anéantir l'homme moralement, spirituellement, pour briser son honneur, sa dignité, sa pudeur, sa personne en définitive. Depuis, nous n'en sommes jamais sortis. »
(L’Espérance oubliée, p. 50-51.)

Face à cela, et à l’inverse de cela, la Parole de Dieu est Parole de vie. Elle nous est donnée comme telle en ce que dans l’espace qu’elle ouvre, elle nous engage à la Vie, et qu’elle pose toujours une instance autre, en vis-à-vis — Israël comme autre impossible à réduire au même pour les Églises, et réciproquement d’une autre façon.

L’Europe comme terre d’héritage chrétien a raté affreusement l’épreuve de la reconnaissance de la présence de cet autre, témoignage de Dieu, en déclenchant la persécution des juifs sous sa forme racialiste. Ne reste que la voie, amère, de la repentance.

Ici aussi, on pourrait sans doute revenir aux propos d’Ellul sur l’islam, avec cette question : et si Ellul, avec sa théologie du Dieu tout autre, et sa prise de position pour Israël, jouait un rôle prophétique en forme d’immense service… pour les Arabes, musulmans ou pas, et pour les Arabo-musulmans ?

En effet, si la parole de vie est celle qui nous place dans un vis-à-vis, comme parole de celui qui est Autre, alors peut-être le monde arabe est-il aujourd’hui à son tour, après l’Europe, aux prises avec l’épreuve de l’Autre, donnée pour ce qui le concerne par la présence d’Israël en son sein. Je n’entre pas dans les considérations politiques, je ne nie pas la souffrance des Palestiniens et les reproches adressés à la politique israélienne, je crois simplement qu’au jeu de qui perd gagne, si le monde arabo-musulman parvenait à la disparition de l’État d’Israël souhaitée explicitement par certains de ses dirigeants, il aurait, comme antan l’Europe, par une « victoire » en trompe l’œil, raté l’épreuve de l’Autre, s’enfermant dans le Même de l’idole, fût-elle unique, pour une amertume proche de celle de l’Europe d’après la Shoah…

*

Ce n’est qu’une question… Mais qui me semble valoir d’être posée. Et qui vaut d’être posée à chacun — avec prudence. Car il ne faut pas ignorer que la notion de l’Autre elle-même peut devenir idéologie / idéolâtrie.

Avant cela, quand la présence d’un autre, quel qu’il soit, reste irréductible, elle est le signe de ce que la réalité demeure provisoire, et qu’elle ne se confond pas avec la vérité.

La non-réconciliation de la réalité et de la vérité est au cœur de l’ouverture qu’opère la parole de Dieu comme parole de vie. C’est une question qui se pose à chacun de nous : la parole de Dieu est l’aiguillon de la vérité qui nous dit que le réel provisoire auquel nous accédons, dans lequel nous frayons, est en manque de vérité et d’unité. La Parole de vie est donc promesse du jour de la réconciliation. Jusqu’à l’accomplissement, au jour du Royaume de la résurrection, elle se présente à nous comme commandement, qui requiert l’obéissance, et qui fonde ainsi l’appel et la réponse qu’elle requiert et qui libère.

Nous voilà contraints à une véritable humilité face à une vérité dont on n’est pas possesseur, et qui nous engage. Voilà ce qui est être aux prises avec la parole de vie… « La Parole qui est inscrite dans la Bible est toujours vivante et dite constamment à celui qui lit ». Face à la vérité qu’elle porte elle seule, il s’agit aussi pour nous, dès lors, de « ne pas se hâter de pas de prononcer une parole devant Dieu », comme dit l’Ecclésiaste. En ayant déjà trop prononcé, je m’arrêterai donc là.


R.P.
Amitié judéo-chrétienne,
Aix-en-Provence
17 décembre 2007