<script src="//s1.wordpress.com/wp-content/plugins/snow/snowstorm.js?ver=3" type="text/javascript"></script> Un autre aspect…

jeudi 18 juin 2009

Calvin et l’élection : la pérennité de l’Alliance




Avant d’en venir au sujet précis de l’enseignement calvinien sur l’élection et sa signification pour le sens de l’Alliance — et des relations judéo-chrétiennes —, il me semble falloir commencer par parler de la façon dont Calvin et sa pensée ont été caricaturés, sur plusieurs points — on peut en retenir trois principaux : il aurait été un dictateur ; il serait (au mauvais sens du terme naturellement) l’inventeur du capitalisme ; et, cœur de tout cela, il aurait fait planer une vraie terreur morale avec son enseignement sur la prédestination et l’élection… Or ces caricatures sont ce qui nous empêche de voir à quel point ce dernier thème fonde de véritables ouvertures, et notamment un respect alors nouveau pour les juifs.

Pour montrer à quel point on échappe difficilement à cette culture de la caricature anti-calviniste issue de la Contre-réforme, je citerai à titre d’exemple, un manuel scolaire de classe de 5e utilisé aujourd’hui dans les écoles de la République. Une citation de Calvin, la seule qu’on trouve dans ledit manuel. Parlant du blasphème :

«Nul ne doit jurer ni blasphémer le nom de Dieu, sous peine la première fois de baiser terre, la seconde fois de baiser terre et payer trois sous, et la troisième fois d’être mis en prison trois jours. […]» D’après Calvin, Ordonnances sur les mœurs, 1539 / Manuel scolaire de 5e, Histoire-Géographie, coll. Martin Ivernel, Hatier, 2005, p. 163.

Pour placer cela dans le contexte du XVIe siècle, ce qui est le minimum en histoire, je lirai un autre texte, qui lui, n’apparaît pas dans le manuel scolaire. Il s’agit de la loi en vigueur en France à la même époque : « […] Tous ceux qui diraient paroles, injures et blasphèmes contre notre Créateur et ses œuvres, contre la glorieuse vierge Marie, sa mère bénie, ses saints et saintes, ou qui jureraient sur eux, seront mis pour la première fois, au pilori où ils demeureront de une heure jusqu’à neuf heures, on pourra leur jeter aux yeux de la boue ou autres ordures, sauf des pierres ou choses qui pourraient les blesser. Après ils demeureront un mois entier en prison au pain et à l’eau. A la seconde fois, on leur fendra la lèvre supérieure avec un fer chaud jusqu’à ce que leurs dents leur paraissent, à la troisième fois la lèvre inférieure ; et à la quatrième fois les deux joues ; et si par malheur, il leur arrivait de mal faire une cinquième fois, l’on leur coupe la langue en entier, qu’ainsi ils ne puissent plus dire de pareilles choses. […]» (Ordonnance royale, donnée par Charles VI le 7 mai 1397, renouvelée régulièrement jusqu’en juillet 1666) — http://books.google.fr/books

Et puisque, parlant de la fameuse dictature que Calvin aurait mise en place, on pense évidemment au bûcher de Michel Servet, je suggérerai, à la lecture des textes que je viens de citer, qu’à bien y regarder, la différence entre la France d’alors et Genève pourrait expliquer en grande partie pourquoi Servet a été exécuté à Genève : quoiqu’il en soit de ses intentions à ce sujet, il se trouve, de fait — on a entendu les textes —, qu’il s’est réfugié dans une des cités les plus tolérantes d’Europe !… Surprenant, non ?!… Pas suffisamment tolérante toutefois pour qu’il ait été épargné…

Servet, condamné par le tribunal d’Inquisition de Lyon où il est brûlé en effigie, se retrouve à Genève — où Calvin n’est pas citoyen, et n’a donc pas le pourvoir de le condamner, même si, en homme du XVIe siècle, il approuve la sentence qui correspond ni plus ni moins qu’à la loi de l’Empire, loi qui vient d’être renouvelée (appliquée après que Genève ait largement consulté, et reçu l’approbation générale, y compris des humanistes d’alors) : « la Carolina, ordonnance criminelle de Charles Quint (1500-1558) […] était en vigueur à Genève. [Son] l’article 106 prévoyait pour les blasphémateur une peine corporelle oui la mise à mort » (Christoph Stromm, in Hirzel & Salmman, L & F p. 272).

Tout en demandant (en vain) que la sentence soit adoucie (qu’il ne soit pas brûlé vif), Calvin donc a approuvé l’exécution, qui aura lieu le 27 octobre 1553. Les historiens ont noté plusieurs raisons à cette approbation : — inimitié théologique personnelle entre les deux hommes ; — refus de passer pour un anti-trinitaire (ce dont on l’accuse) en montrant de l’indulgence pour l’anti-trinitaire qu’est Servet ; — choix politique ; — l’ordre civil du XVIe siècle, incluant la peine de mort, y compris pour des opinions (ce n’est pas un cas unique d’exécutions de ce type à Genève non plus, où elles toutefois bien moins fréquentes qu’ailleurs, et notamment en France, à la même époque).

Cela dit, il est remarquable que ce soit autour de Calvin que le débat contre les exécutions pour opinion ait eu lieu, déjà de son vivant avec son collègue Castellion. Le débat n’a pas eu lieu ailleurs où pourtant la violence est sans réserve. Ce qui permet de dire que ce débat, ultérieurement généralisé à ce sujet, est dû en grande partie à l’héritage de Calvin justement !… Auquel du coup, on fait simplement grief d’avoir vécu au XVIe siècle ! Ce qui, certes, n’excuse rien !

Quelques exemples toutefois de ce qui se passe à la même époque, pour en finir (certes provisoirement !) avec les caricatures :

On sait que Calvin s’est échappé de France suite à l’affaire des « Placards » de 1534, des affiches contre la messe, dont une est trouvée jusque sur la porte de la chambre du roi François Ier, ce qui déclenchera sa colère.

À l’époque, selon les historiens, « on dépensa des trésors d’ingéniosité pour faire bellement souffrir les hérétiques; [… de] percer les langues au fer chaud, d’arracher les joues par des crochets, de couper les poings, de brûler vif. On perfectionna un supplice […] qui consistait en une utilisation astucieuse de l’estrapade : le condamné était suspendu à une potence au-dessus des flammes et plongé à plusieurs reprises dans le bûcher de façon que sa mort ne fût pas trop rapide. Excellent moyen de prouver la supériorité de la "religion chrestienne" sur les autres, et d’instruire efficacement badauds et belles dames, friands de ce spectacle de choix, sur le sort qui les attendait s’ils avaient la velléité de quitter le giron de l’Église. » (Robert Hari, «Les Placards de 1534» dans Aspects de la propagande religieuse. Genève, Droz., 1957, p. 98) ».

Calvin, suivant lui-même le conseil qu’il donne, s’exile — à Bâle, avant de se retrouver à Genève. Dix ans après, dans le Royaume de France, c’est au tour des Vaudois du Luberon, qui ont rejoint la Réforme calviniste en 1532 de subir les foudres anti-hérétiques :

« En avril 1545, la persécution commence […] sous la direction du premier président du Parlement d’Aix, Jean Maynier baron d’Oppède. Les villages vaudois sont pillés, les hommes massacrés ou envoyés aux galères, les femmes violées avant d’être tuées. Certains sont vendus en esclavage. Les terres sont confisquées. Les biens pillés sont bradés au dixième de leur prix, pour payer les soldats. Les violences débordent, les villages alentour les subissent aussi. Le chef de la résistance vaudoise Eustache Marron a son fief à Cabrières (actuel Cabrières-d'Avignon)... C'est pourquoi le village sera détruit le 19 avril, tout comme 23 autres villages vaudois du Luberon, massacrés par l'armée du baron, qui a exterminé 3000 personnes en cinq jours et envoyé aux galères 670 hommes, des deux côtés de la montagne du Luberon. De plus, le passage des soldats empêche les cultures, les troupeaux sont tués, et un nombre indéterminé de paysans meurent de faim. » —
http://fr.wikipedia.org/wiki/Vaudois_du_Luberon

Voilà quel est le contexte. Dernière précision concernant la France de l’époque :

« Henri II avait institué en 1547 au Parlement de Paris la "chambre ardente" qui, en quatre ans, envoya au bûcher plus de 600 évangéliques, des "luthériens" comme on les appelait alors » (Nathanaël Weiss, La chambre ardente, Paris 1889, cit. par Cadier, Calvin, p. 112).

Voilà qui remet un peu les choses en perspective ! C’est dans ce monde que l’on vit quand Servet est brûlé, en 1553, année où sont aussi brûlés à Lyon cinq étudiants de Calvin…

On mesure à quel point le procès qui est fait à Calvin jusqu’à aujourd’hui relève de l’héritage de la propagande d’alors, en l’occurrence propagande de la Contre-réforme — ce qui explique pourquoi ces caricatures se sont perpétuées dans les pays de la Contre-réforme précisément, ancrées au point d’être répercutées jusque par le despotisme éclairé, et reprises aux temps des Lumières, particulièrement dans ces deux pays de Contre-réforme et de despotisme éclairé que sont la France et l’Autriche, cela jusqu’aux romanciers, comme Balzac ou, dernière mouture célèbre des caricatures anti-calvinistes, Stefan Zweig.

C’est dans cette atmosphère que l’on reprendra aussi l’idée selon laquelle Calvin serait le fondateur du capitalisme… en lui en faisant grief, bien sûr. Caricature ambivalente du coup, puisque pouvant être positive en temps prospère — elle reste négative en temps de crise. Une caricature sur laquelle je ne m’étendrai pas. À ce sujet comme à d’autre, « pour bien des choses on a pu dire que "c’est la faute à Calvin", plus encore qu’à Descartes ou Rousseau. On lui attribue tout et son contraire, de l’individualisme bourgeois au collectivisme révolutionnaire », écrit Olivier Abel, Études, Mai 2009.

J’en viens donc à la question de la prédestination, fondement de l’idée d’élection, sachant que la façon dont elle a été caricaturée elle aussi, participe largement de la même propagande. Quelques mots donc, pour expliquer d’abord brièvement ce qu’est ce thème classique du christianisme occidental.

L’enseignement de la prédestination est un classique en christianisme occidental depuis le IIe Concile d’Orange — tenu en 529.

Contre les disciples du moine celte Pélage, qui affirmaient après lui que le salut dépend de la volonté et de l’action humaine et contre les « semi-pélagiens », qui tenaient qu’au moins de début de la foi relève d’un acte de la volonté — le Concile d’Orange proclame en 529 que le commencement de la foi-même — l’initium fidei — ne dépend que de la grâce.

Je cite son canon 1, qui en expose l’idée : « Si quelqu'un dit que, par l'offense résultant de la prévarication d'Adam, l'homme n'a pas été tout entier, dans son corps et dans son âme, "changé dans un état pire", et s'il croit que le corps seul a été assujetti à la corruption cependant que la liberté de l'âme demeurait intacte, trompé par l'erreur de Pélage, il contredit l'Écriture qui dit : "l'âme qui a péché périra", Ez 18,20 et : "Ignorez-vous que si vous vous livrez à quelqu'un comme esclave, pour lui obéir, vous êtes esclave de celui à qui vous obéissez ?", Rm 6,16 et : "On est esclave de celui par qui on s'est laissé vaincre", 2P 2,19. »

La conclusion revient à Césaire d’Arles, qui préside le concile : « Ainsi, dit-il, selon les sentences de la sainte Écriture alléguées plus haut et les définitions des anciens Pères, nous devons avec l'aide de Dieu, prêcher et croire que le péché du premier homme a tellement dévié et affaibli le libre-arbitre que personne, depuis, ne peut aimer Dieu comme il faut ni croire ni faire le bien pour Dieu si la grâce de la miséricorde divine ne l'a prévenu. C'est pourquoi nous croyons qu'Abel le juste et Noé et Abraham et Isaac et Jacob et toute la multitude des saints d'autrefois, n'ont pas reçu cette admirable foi, dont saint Paul les loue dans sa prédication, He 11,1 (et ss), par la bonté de la nature donnée primitivement à Adam, mais par la grâce de Dieu. »

Le Concile d’Orange s’inscrit dans une tradition remontant en Occident à saint Augustin d’Hippone :

« Tout l’ensemble du genre humain, écrivait-il, a été condamné dans sa racine apostate par un si juste jugement divin que même si aucun homme n’en avait été délivré, personne ne pourrait à bon droit blâmer la justice de Dieu. Quant à ceux qui sont délivrés, il fallait bien qu’ils le fussent : pour démontrer […] ce qu’a mérité la masse entière des hommes, et à quoi aurait conduit, pour les élus eux-mêmes, le jugement de Dieu qui leur était dû, si la miséricorde de Dieu, nullement due, n’était venue à leur aide. » (Augustin, Enchiridion, ch. 99. PL 40, 278)

C’est encore la position de Thomas d’Aquin, docteur devenu quasi-officiel de l’enseignement de l’Église d’Occident :

« De même que la prédestination inclut la volonté de conférer la grâce et la gloire, ainsi la réprobation inclut la volonté de permettre que tel homme tombe dans la faute, et d’infliger la peine de damnation pour cette faute. » (Thomas d’Aquin, ST, I qu 23, a3, resp.)

Précisons que dans tous les cas, l’élection n’est pas parallèle à la réprobation. L’idée, classique en christianisme occidental depuis Augustin, et s’enracinant chez Paul (Épître aux Romains) est que le péché originel rend la grâce indispensable. C’est un dogme en Occident, depuis le IIe Concile d’Orange. Calvin, tout comme Luther, ne dit pas autre chose… Seule la grâce nous permet d’être sauvés.

Mais Calvin en tire des conséquences :
— en termes d’apaisement des croyants persécutés ;
— et en terme d’indéfectibilité de l’Alliance.

Car ce que Calvin en souligne, c’est la certitude de la fidélité de Dieu, pour quiconque se confie en lui, confiance fondée sur la conviction que Dieu est fidèle à son propre engagement dans l’Alliance de grâce qu’il a scellée avec Abraham et ses héritiers.

Pour les protestants persécutés — on a vu de quelle façon —, qui, en un temps où l’Église romaine est détentrice des clefs du paradis, sont menacés au delà de leur supplice en ce monde, de rien moins que de l’enfer, c’est un ancrage d’une immense valeur : c’est Dieu seul et sa promesse qui est leur assurance : l’Alliance en effet, écrit Calvin, « n'a pas été fondée sur [les] mérites [des Pères] mais sur la seule miséricorde de Dieu. »

Il n’est pas loin, le temps où les rois craignent l’excommunication romaine, et l’interdit qui verrait leurs peuples se lever contre eux, rois, par l’excommunication desquels leur peuple se voyait privé du paradis ! Eh bien, la prédestination et l’élection selon la Réforme, et particulièrement selon Calvin, leur dit tout simplement : ne craignez pas ! Quand bien même vous êtes excommuniés par la puissance terrestre qu’est l’Église romaine, votre seule foi, votre seule confiance en la grâce de Dieu, qui précède tous les temps, qui précède l’Église romaine et les princes qui vous persécutent, cette seule confiance est le signe que de toute éternité Dieu vous tient en sa garde !

Ceux qui vous tourmentent, ceux qui dédaignent ainsi la grâce de Dieu, ignorent que leur injustice même, leur endurcissement dans la violence, n’échappe pas au Dieu qui vous tient en sa garde, comme l’endurcissement du Pharaon devenait l’occasion pour le peuple délivré de voir éclater la majesté de la délivrance et du Dieu qui l’opère « à main forte et à bras étendu ».

C’est Dieu qui vous assure de son élection par la seule foi qu’il est fidèle à sa promesse — Institution de la religion chrétienne (IC), III, xxiv. Dieu vous a signifié sa garde en scellant alliance avec vous. Et cette Alliance vous précède, remontant de toute façon avant la fondation du monde dans la promesse du Dieu éternel, et scellée de même dans le temps bien avant vous. Scellée avec Abraham.

Car c’est de cette Alliance-là qu’il s’agit : il y a une seule alliance, celle passée déjà avec Abraham : « l’Alliance faite avec les Pères anciens est si semblable à la nôtre, qu'on la peut dire une même avec elle. Seulement elle diffère en l'ordre d'être dispensée » —, IC II, X, 2.

Car Calvin établit la théologie sur la Bible entière, pas seulement sur le Nouveau Testament. Voilà qui porte des conséquences considérables — et notamment sur la considération de l’Alliance avec Israël, et de sa pérennité, sans laquelle l’Alliance ne vaut pas non plus pour les chrétiens.

Cette Alliance, scellé déjà par Dieu avec Abraham, Isaac et Jacob, avec Moïse et le peuple au Sinaï, n’est pas résiliable. Dieu-même s’est engagé ! L’Alliance conclue par Dieu avec les Pères n'ayant « pas été fondée sur leurs mérites mais sur sa seule miséricorde ».

Dieu s’est engagé de façon irrévocable. Une révocation serait même contradictoire en christianisme, puisque la « nouvelle » Alliance — « nouvelle » non pas parce qu’elle serait autre, mais en tant qu’Alliance unique renouvelée — ; la « nouvelle » Alliance-même, donc, repose sur cette même fidélité de Dieu ! À nouveau, « L’Alliance faite avec les Pères anciens est si semblable à la nôtre, qu'on la peut dire une même avec elle. Seulement elle diffère en l'ordre d'être dispensée » — IC II, X, 2.

Dès lors la promesse rappelée par Paul à Timothée ne vaut pour les chrétiens que si elle vaut pour les juifs : « si nous sommes infidèles, Dieu demeure fidèle car il ne peut se renier lui-même ».

Aussi, incontestablement, « la grâce de Dieu ne laisse point de persévérer en ce peuple (les juifs), afin que la vérité de l’alliance demeurât » (Commentaire de l’Épître aux Romains).

C’est au point, même, que de toute façon, l’être humain n’a pas le pouvoir de défaire ce que Dieu a fait : « Le révoltement d’aucun n’empêche point que l’alliance demeure ferme et stable » (id.).

Calvin ne laisse pas de penser, certes — il est chrétien ! —, que le Christ réalise ce qu’annonce la Torah. Mais la non-venue d’Israël au Christ ne change rien à la fidélité de Dieu. Nos propos et comportements ne peuvent mener Dieu au parjure ! C’est au point que Calvin relit dans un tout autre sens que comme malédiction le fameux texte de Mt 27 : « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants ». Pour Calvin, cela doit s’interpréter en fonction de la pérennité de l’Alliance : « afin de donner à connaître que ce n’est pas en vain qu’il a contracté alliance avec Abraham, ceux qu’il a élu gratuitement, il les exempte de cette damnation universelle ».

Si l’Alliance scellée avec Israël est effectivement non résiliable, une conséquence décisive est que tous les éléments pour la fin de la théologie de la substitution — en l’occurrence substitution de l’Église à Israël — sont en place.

En effet, écrit Calvin (IC), « le peuple d’Israël est pareil et égal à nous en la grâce de l’alliance ».

La théologie de l’Alliance est alors une alternative à la théologie de la substitution. À terme, on ne peut pas logiquement tenir l’une et l’autre. Jésus-Christ « est descendu en terre, écrit-il, non pour amoindrir la grâce de Dieu son Père, mais pour épandre l’alliance de salut par tout le monde » — in La forme d’administrer le Baptême, 1542.

Loin d’être remplacée, l’Alliance scellée avec Abraham, est « déployée en Jésus-Christ », précise-t-il.

Cela en sachant en outre que « l'Alliance que Dieu fait avec son peuple n'est pas limitée aux choses terrestres, mais a aussi compris les promesses certaines de la vie spirituelle et éternelle (...) car Jésus-Christ ne promet point aujourd'hui d'autre Royaume des cieux à ses fidèles que celui dans lequel ils reposeront avec Abraham, Isaac et Jacob (Matt 8, 11) » — IC II, x, 23.

Avec le Christ et les chrétiens, « Abraham a commencé d’avoir une race qu’il n’a pas procréé de son propre corps mais qui lui a été adjointe de toutes les régions du monde ». L’Alliance n’est donc pas remise en cause, mais « pleinement confirmée » par le Christ. Calvin raisonne en terme d’adjonction, pas de substitution.

Ce qui implique aussi la pérennité de la valeur de la Loi, y compris pour le christianisme. D’où le fameux troisième usage de la Loi, le principal selon Calvin, l’usage normatif qui veut que les injonctions de la Loi biblique soient reçues comme structure concrétisant la libération ouverte par l’Évangile — un usage de la Loi qui est la part de l’homme ; la part de Dieu — en quelque sorte — étant sa promesse et sa fidélité.

C’est ainsi au cœur de sa foi chrétienne qu’est la conviction de Calvin que si les juifs n’ont pas adhéré à Jésus Christ, pour autant « Dieu n’a point mis en oubli l’alliance qu’il a contractée avec leurs Pères et par laquelle il a témoigné qu’en son Conseil éternel, il avait embrassé de son amour cette nation ».

Dès lors, le débat judéo-chrétien peut s’établir sur de tout autres bases que celles qui prévalaient depuis des siècles. C’est un débat interne à une lignée de traditions fondées sur la même Alliance, celle passée avec « les enfants premiers-nés dans la maison du Seigneur ». (IC IV, xvi, 14).

S’ouvrira alors en Europe la perspective de la liberté de culte pour les juifs, qui commencera à advenir chez les puritains.

Calvin a opéré, au nom de ses convictions bibliques concernant l’Alliance, des ouvertures qui ne cesseront de se confirmer. Dans un écrit de jeunesse, il adressait — je cite — « à notre allié et confédéré, le peuple de l’Alliance de Sinaï, salut! ». Les juifs sont « nos prochains conjoints à nous en Dieu » (cit. in V. Schmid).

Une attitude qui portera ses fruits dans la révolution puritaine de Cromwell, révolution qui se réclame de cette approche calvinienne — puisque, je le rappelle, « puritains » ne veut rien dire d’autre que purement protestants, sobriquet dont on taxe les calvinistes en Angleterre du XVI et XVIIe siècles.

Ainsi — alors que les juifs sont bannis d’Angleterre depuis le XIIe siècle —, en 1652 « Oliver Cromwell, protecteur d’Angleterre, invite Manassé Ben Israël à lui rendre visite. Manassé Ben Israël porte à l’Angleterre un grand intérêt. Pour lui, c’est une des dernières parcelles de sol sur terre sur laquelle il n’y a pas de Juifs. Ils en ont en effet été chassé en 1190 et n’y ont jamais été réadmis ». Le 1er septembre 1655 a lieu l’ « ouverture en Angleterre d’une conférence sur la réadmission des Juifs en Angleterre, sous l’égide d’Oliver Cromwell. Manassé Ben Israël est invité en Angleterre et est reçu avec tous les honneurs. La conférence qui s’ouvre commence par affirmer qu’il n’existe pas d’obstacle juridique à la réadmission des Juifs en Angleterre. L’on discute ensuite de l’opportunité d’une telle réadmission. […] La réunion tourne rapidement à une controverse dont Cromwell ne veut pas être la victime. Il disperse donc la conférence sans qu’aucune décision n’y ait été prise. Seule restera l’affirmation sur la validité juridique de la réadmission des Juifs. […] Cependant, l’œuvre de Ben Israël concernant les Juifs d’Angleterre aura été un succès. Les Juifs seront réadmis de manière officieuse mais ouverte. Les quelques marranes qui vivaient leur judaïsme caché y reviennent ouvertement et fondent une synagogue. […] » (Henri Graetz, Histoire des Juifs.)

Cromwell, à la tête des héritiers de la tradition calvinienne, a permis là un tournant qui débouchera sur la liberté de culte pour les juifs, bientôt incontestée chez les héritiers américains des puritains anglais…

La conviction calvinienne concernant la pérennité de l’Alliance deviendra même un lieu commun chez les héritiers des puritains. Au point qu’un des thèmes principaux de débat dans les développements internes du protestantisme issu du puritanisme concernera la relation entre l’Alliance et ses dispensations. J’ai signalé que l’Alliance est une dans sa substance, mais « diffère dans l’ordre d’être dispensée ». En d’autres termes, rites et cérémonies ne sont pas les mêmes (ce n’est pas un scoop).

Calvin insiste sur l’unité, l’unicité de l’Alliance. L’histoire de ses héritiers en verra quelques-uns s’arrêter sur la différence des rites, les façons diverses dont l’Alliance est dispensée, au point de souligner l’importance des « dispensations » pour revenir à une apparence de multiplicité des alliances. Une attitude que l’on pourrait dire phénoménologique : ce qui apparaît est une multiplicité de rites auxquels on va s’arrêter. Ce qui n’empêche pas, pour les tenants de cette position, développée surtout depuis le XIXe siècle et le début du XXe dans le monde anglo-saxon, et que l’on nomme communément « dispensationalistes », de considérer que l’Alliance du Sinaï, qui pour eux est différente de l’Alliance chrétienne, est de toute façon irrévocable. On voit l’effet du calvinisme, dont les tenants plus classiques n’ont pourtant pas fait leur cette nouvelle approche, préférant s’en tenir à l’idée d’une Alliance unique, de toute façon irrévocable. Irrévocable : c’est le point commun…

« Dieu a voulu que la Loi fut écrite et qu’elle demeurât afin qu’elle ne servit point seulement pour un âge mais que jusqu’à la fin du monde elle eût sa vigueur et son autorité ».

*

Non dite, l’influence de ce tournant amorcé par Calvin n’en est pas moins réelle au-delà du calvinisme.

Calvin est rejoint jusque par le Concile du Vatican II. Je cite la fameuse déclaration Nostra Aetate :

« Scrutant le mystère de l'Église, le Concile rappelle le lien qui relie spirituellement le peuple du Nouveau Testament avec la lignée Abraham.
L'Église du Christ, en effet, reconnaît que les prémices de sa foi et de son élection se trouvent, selon le mystère divin du salut, dans les patriarches, Moïse et les prophètes. Elle confesse que tous les fidèles du Christ, fils d'Abraham selon la foi, sont inclus dans la vocation de ce patriarche et que le salut de l'Église est mystérieusement préfiguré dans la sortie du peuple élu hors de la terre de servitude. » — http://www.vatican.va/archive/hist_councils

L’Abbé Alain René Arbez, responsable catholique des relations avec le judaïsme en Suisse, fait le constat qui s’impose. Cela vient de Calvin ! « Il n'est pas anodin, écrit-il, de relever le fait que lors de son voyage à Mayence en 1980, le pape Jean-Paul II a provoqué la surprise en citant pratiquement Calvin : "l'alliance avec Israël n'a jamais été révoquée par Dieu !" » (« Calvin, théologien de l’Alliance » in Un écho d’Israël, 8 février 2009).

À noter que la leçon pourrait être reçue plus largement qu’au sein des relations judéo-chrétiennes.

La leçon porte contre toute théologie de la substitution, du fait de la simple observance de ce précepte de la Loi qui n’a jamais été révoquée : tu honoreras père et père, qui pour Calvin vaut aussi au plan spirituel. La théologie de la substitution est une forme de sa transgression aux conséquences funestes — et je ne résiste pas à citer cette parole de Daniel Sibony : « l’origine de la haine, c’est la haine de l’origine ». Or qu’est-ce que nier la présence permanente de l’héritage de l’origine ? Toute théologie ou tradition religieuse qui considèrerait être le remplacement d’une tradition antérieure est par la même source potentielle de haine, par la transgression de la parole d’Alliance qui porte en soi la garantie que Dieu n’abroge pas la parole qu’il a donnée.

Une nouvelle Alliance ne saurait donc qu’être une Alliance renouvelée, l’Alliance déployant ses effets.

Nous voilà donc au cœur de l’enseignement de Calvin reconnaissant une seule Alliance, scellée avec Abraham, et « déployée en Jésus-Christ ». C’est pourquoi les formes que prend cette unique Alliance sont secondes par rapport au lien qui se scelle en la promesse de Dieu, en sa parole-même, qui transcende les signes où elle nous est annoncée, que ce soit les signes propres au judaïsme, ou ceux du christianisme. Ainsi Calvin parle-t-il, comme il parle du sacrement du baptême, du sacrement de la circoncision, forme visible de la grâce invisible de l’Alliance fondée sur l’engagement de Dieu.

La réalité essentielle nous transcende. Elle est fondée dans l’éternité de Dieu, signifiée dans le temps à Abraham et aux patriarches, et « déployée en Jésus-Christ ».

Ici se noue le lien entre la conviction chrétienne de Calvin — concernant Jésus en qui se déploie l’Alliance — et le fait que l’Alliance avec Israël ne soit en aucun cas rompue. C’est la même que celle qui se déploie en Jésus-Christ — ce qui fait que Calvin n’est pas juif mais chrétien —, qui veut que l’Alliance avec Israël ne puisse être caduque, quand bien même Calvin ne doute pas qu’elle soit déployée en Jésus-Christ, et qu’en elle se signifie, se dévoile comme dimension intérieure, spéciale (concernant l’Église invisible), l’élection générale scellée avec Abraham.

C’est bien dans l’ordre de cette élection générale que se constitue l’Église comme peuple élargi aux nations pour une vocation qui rejoint celle adressée à Abraham et à Israël. Car, ayant parlé longuement d’élection, il convient de préciser qu’il s’agit là avant tout essentiellement d’une vocation à porter une parole et pas d’un privilège en forme de mol oreiller.

S’il y a un privilège, certes, c’est celui d’être appelés à être comme coopérateurs de Dieu pour faire advenir le jour où selon la promesse d’Ésaïe (2, 3-4) — conformément à ce que « de Sion sortira la loi, de Jérusalem la parole du Seigneur » — « il sera juge entre les nations, l'arbitre d'une multitude de peuples. De leurs épées ils forgeront des socs de charrue, de leurs lances des serpes : une nation ne lèvera plus l'épée contre une autre, et on n'apprendra plus la guerre. »

Telle est la promesse qui est au cœur de l’élection, comme vocation scellée dans l’Alliance irrévocable.


RP
AJC Antibes – Juan-les-Pins 18.06.09


jeudi 11 juin 2009

La planète des singes


Le film de Franklin J. Schaffner (1968) :



Humains et dès lors plus violents que les singes,
parce que plus aptes au mimétisme... plus simiesques !




samedi 25 avril 2009

Obsession Calvin





« L'homme n'a pas de tombeau.


Ce n'est pas qu'on lui en ait refusé l'honneur. Il l'avait voulu, enseigné.

Une simple pierre aux initiales J.-C., dans le cimetière de Plainpalais [à Genève], sur l'emplacement présumé de la sépulture, exprima, près de trois siècles après, la reconnaissance d'une pieuse postérité. Impossible, par conséquent, de localiser [sa] tombe […].

On n'a pas exposé son corps à la vénération publique, qu'il soit embaumé, ou dans sa bière, ou déjà sous la terre, comme cela est coutumier à l'endroit des souverains pontifes et des dignitaires l'Eglise romaine. On a respecté sa volonté. On a suivi son enseignement qui n'est autre, dans son exigence de simplicité, que celui la Bible. L'homme, dans l'attente de la résurrection, retourne à la poussière. La gloire revient à Dieu.

Ce dépouillement sied à la stature de Calvin. Il illustre sa personnalité. Au delà des caricatures, des déformations, de toutes les calomnies, cette absence de pompe funéraire laisse aux puissants échos de sa vie toute liberté. Le personnage ne s'est pas figé dans le marbre, figure elle-même périssable de l'immobilité de la mort. […] »

Ce sont les premières lignes du livre de Gabriel Mützenberg, L’obsession calviniste (Genève, Labor & Fides, 1979).




Voilà qui illustre bien le problème médiatique du Réformateur : il n’a pas aimé la publicité, elle le lui a bien rendu.


Si bien qu’il nous en reste, comme portrait, des caricatures. Il n’est pas jusqu’aux gravures, peintures et représentations, qui ne semblent inspirées du seul portrait dont il soit probablement indubitable qu’il date de son vivant : une caricature, précisément : un Calvin croqué par un de ses étudiants !… Croquis qui semble reproduit indéfiniment comme portrait unique… Venant souligner les caricatures émanant des pays de la Contre-réforme — qui a été indubitablement efficace.

Ici, pas de prénom Calvin donné aux enfants quelle que soit leur appartenance religieuse, comme dans le monde anglo-saxon, où le Français fut reçu à la mesure de sa stature.


En France, à l’instar de l’Autriche, deux pays de la Contre-réforme passés au despotisme éclairé, les caricatures du Réformateur semblent constituer le seul trait d’union — en forme de bouc émissaire, pour reprendre le titre du chapitre premier du livre de G. Mützenberg. De la Contre-réforme à la France de Voltaire et à l’Autriche débouchant sur le XXe siècle de Stefan Zweig — qui, lui, en fait carrément une métaphore d’Hitler !…

La liste serait longue de ceux qui attribuent à un Calvin qui n’en est même pas citoyen, le pouvoir (« dictatorial », comme il se doit !) sur la ville de Genève qui exécute Servet selon la loi impériale et selon l’époque. Voilà de même ce thème classique de l’orthodoxie occidentale, la prédestination (dogme commun depuis 529 – second concile d’Orange) devenant l’invention de Calvin. Il n’est pas jusqu’à la crise financière de ce début de XXIe siècle, qui ne lui doive quelque chose en tant qu’ « inventeur du capitalisme » ! (Né au moins deux siècles auparavant…).

De l’obsession au statut de bouc émissaire pour plusieurs qui se payent ainsi un statut vertueux en s’indignant contre le personnage...


Où 2009 présente l’utilité, via un retour sur caricatures, de réfléchir sur la raison de quelques obsessions…





Éléments de bibliographie :



Lire Calvin :


Institution de la religion chrétienne, Éd. J.D. Benoit, Paris, Vrin, 1957-1963.

A paraître fin mars-début avril 2009 :
Institution de la religion chrétienne/ (1560), édition en français moderne par Marie de Védrines et Paul Wells, Ed. Kerygma et Excelsis, env. 1500 p.

Œuvres de Jean Calvin dans la collection La Pléiade à paraître le 17 avril 2009


Petit traité de la sainte Cène. Int. Marianne Carbonnier-Burkhard et Laurent Gagnebin.- Olivétan, 2008 (Coll: Petite bibliothèque protestante), 86 p.,


Traité des reliques. Prés. & notes de Bernard Cottret.- Les Éditions de Paris /Max Chaleil, 2008, 76 p.


Une spiritualité à visage humain. Le Livre d’or de la vie chrétienne.- Ed. Excelsis, 1999, 96 p.


Instruits-moi dans ta vérité. Brève instruction chrétienne.- Ed. Excelsis, 1998, 80 p.


Œuvres choisies. Ed. présentée et annotée par O. Millet. Gallimard, 1995 (Coll. : Folio Classique n°2701), 336 p., index.



Introductions :


Blandenier, Jacques : Martin Luther et Jean Calvin. Contrastes et ressemblance.- Ed. Excelsis & Je Sème, 2008, 304 p.

Cadier, Jean : Calvin, Paris, PUF, 1966.


Christin, Olivier, Les Réformes. Luther, Calvin et les protestants, Découvertes Gallimard, Paris, 1995.


Cottin, Jérôme : Jean Calvin & la modernité de Dieu. 1509 - 1564.- Éditions du Signe, 65 p. 3, 00€.

Du même, pour les enfants : Calvin, l’ami de Dieu (Jérôme Cottin & Corinne Vonaesch).- 47 p., ill., 1,50€

Denimal, Eric : Calvin, héraut de Dieu, Paris, Presses de la Renaissance, 2009.


Elwood, Christopher : Calvin... sans trop se fatiguer. Illustrations de Mix et Remix.- Labor et Fides, 2008, 177 p., index, ill.


Gisel, Pierre ; Higman, Francis : Calvin, Jean (1509 - 1564).- In : Encyclopédie du protestantisme. Ss la dir. de Pierre Gisel. 2ème éd. revue, corrigée et augmentée.- Paris/Genève. PUF/Labor et Fides, 2006 (Coll: Quadrige/Dicos Poche), 1572 p.


McComish, William : Calvinisme.- In : Encyclopédie du protestantisme. Ss la dir. de Pierre Gisel. 2ème éd. revue, corrigée et augmentée.- Paris/Genève. PUF/Labor et Fides, 2006 (Coll. : Quadrige/Dicos Poche), 1572 p.


Tourn, Giorgo : Jean Calvin. Le réformateur de Genève.- Olivétan, 2008, 124 p.




Vie & Théologie :


Bèze, Théodore de, La vie de Jean Calvin, Europresse, 1993.

Biéler, André : La pensée économique et sociale de Calvin. Georg, 2008, nouvelle éd. augmentée d’une préf. de Michel Rocard.


Buckler, Andy : Calvin et la mission.- Olivétan, 2008 176 p.


Castellion, Sébastien, Contre le libelle de Calvin, Éditions Zoé, Genève, 1998.


Calvin et le calvinisme. Cinq siècles d'influences sur l'Eglise et la Société. Ed. par Martin Ernst Hirzel et Martin Sallmann.- Labor et Fides, 2008, 360 p.


Crouzet, Denis : Jean Calvin. Vies parallèles.- Fayard, 2000, 481 p., index, bibl.


Cottret, Bernard : Calvin. Biographie.- Payot & Rivages, 1995, 456 p., index, bibl.


Gisel, Pierre : Le Christ de Calvin. (Coll. : Jésus et Jésus Christ N°44).- Paris. Desclée, 1990, 208 p.- index.


Giran, Étienne, Sébastien Castellion et la Réforme calviniste. Les deux Réformes, Hachette, Paris, 1914


Doumergue, Emile : Le caractère de Calvin.- La Cause, 2008 (1er éd. 1931), 176 p.


Fuchs, Éric, La morale selon Calvin, Cerf, Paris, 1986


Hebding, Rémy : Pour comprendre la pensée de Jean Calvin.- Olivétan, 2008, 112 p.


Janton, Pierre : Jean Calvin ministre de la parole (1509-1564).- Cerf, 2008 (Coll: Histoire), 385 p., bibl., index.


Keller, Carl A., Calvin Mystique - au cœur de la pensée du réformateur, 2001, Editeur : Labor et Fides.


Krumenacker, Yves, Calvin. Au-delà des légendes, 2009, Editeur / Edition : Bayard.


Millet, Olivier, Calvin et la dynamique de la parole, Champion, Paris, 1992


Müller, Denis : Jean Calvin. Puissance de la Loi et limite du Pouvoir.- Michalon, 2001 (Coll. : Le bien commun), 123 p., bibl.


Reymond, Bernard : Le protestantisme et Calvin. Que faire d’un aïeul si encombrant ? Labor & Fides, 2008, 136 p.


Vial, Marc : Jean Calvin. Introduction à sa pensée théologique. Préf. Olivier Fatio.- Musée int. de la Réforme/Labor et Fides, 2008, 176 p., bibl., index, ill.


Schmidt, Albert-Marie : Jean Calvin et la tradition calvinienne. Nvelle éd. mise à jour et corrigée. Préf. de R. Stauffer.- Cerf, 1984 (Coll. : Semeurs), 152 p., bibl.


Weeda, Robert, Le Psautier de Calvin. L'histoire d'un livre populaire au XVIe siècle (1551-1598), Brepols, Turnhout, 2002


Wendel, François : Calvin. Sources et évolution de sa pensée religieuse (1950). Préf. de R. Stauffer.- Genève. Labor et Fides, 1985, 302 p., index, bibl.




Calvin en son temps :


Millet, Olivier : Calvin et ses contemporains.- Droz, 1998, 314 p.

Reymond, Bernard: Les plumes de la Réforme. Calvin, Bèze, La Taille, d’Aubigné. In : Le protestantisme et la littérature. Portraits croisés d’un horizon partagé.- Coll. Protestantismes. Labor & Fides, 174 p., 2008


La littérature militante en France (p. 235-236).- In : V. La seconde moitié du XVIe.- In : Lettre Européennes. Manuel d’histoire de la littérature européenne.- Ss la dir. de Annick Benoit- Dusausoy et de Guy Fontaine.- Préf. Vaira Vike-Freiberga. Ed. De Boeck Université, 2ème éd., 2007, 862 p.


La Réforme et les littératures (p. 184).-.- In : Lettre Européennes. Manuel d’histoire de la littérature européenne : L’Humanisme de la Renaissance (1450 – 1550).-- Ss la dir. de Annick Benoit- Dusausoy et de Guy Fontaine.- Préf. Vaira Vike-Freiberga. Ed. De Boeck Université, 2ème éd., 2007, 862 p.


Guerdan, René : La vie quotidienne à Genève au temps de Calvin.- Hachette Littérature, 1977, 256 p.




Dans les revues :


BULLETIN DU C.P.E., n° 7, novembre 2006

La double prédestination chez Calvin. L’intention et le durcissement - L’énigme d’une doctrine - Le paradoxe de la foi en Christ - Le paradoxe du "conseil de Dieu" - Le paradoxe de la "docte ignorance" - Le paradoxe du "Soli Deo gloria" - Conclusion : une nécessaire réinterprétation - Notes bibliogr.

BULLETIN DU C.P.E., n° 5, Octobre 2004
O. Abel : Destin et prédestination chez Calvin - Bibliogr.


BULLETIN DE LA S.H.P.F., JANVIER-FEVRIER-MARS 2009
ETUDES HISTORIQUES : CALVIN ET LA FRANCE
I. - Calvin et la France à l'époque de Calvin II. - Réception et images de Calvin (XVIe-XVIIIe siècles) III. - Calvin dans la culture française et l’historiographie moderne.


BULLETIN DE LA S.H.P.F., AVRIL-MAI-JUIN 1995
GILMONT (J.F.) : Les sermons de Calvin : de l’oral à l’imprimé (p.145-162)


BULLETIN DE LA S.H.P.F., N° 136, OCT-DEC 1990
PEILIN J. : Essai sur la pensée calvinienne (p.565-574) (Traduit du chinois par A. Coupry).


CALVIN THEOLOGICAL JOURNAL, n° 2, 2006
K.Y. Maee : Hero or villain. Interpretations of John Calvin and his legacy.


ETUDES THEOLOGIQUES ET RELIGIEUSES, N°3, 2008
DERMANGE F. : Calvin aux origines de la Démocratie ? Notes bibl.


ETUDES THEOLOGIQUES ET RELIGIEUSES, N° 4, 1990
CARBONNIER J. : Le calvinisme entre la fascination et la nostalgie de la loi (p.507-518)
Leçon d’ouverture de l’année universitaire 1989-1990, prononcée à la Faculté de Théologie de Montpellier le 7 novembre 2007, lors de la remise du doctorat Honoris Causa au doyen J. Carbonnier.


FOI ET VIE, N° 2, AVRIL 1998
HALTER (D.): Job et Calvin.


FOI ET VIE, N° 5, DECEMBRE 1996
SCHOLL H.: Justus ex fide vivit. Les divergences luthéro-réformées dans la perspective du cours de Barth sur Calvin de 1922 (p.17-43)


LE MESSAGER (LE), N°3, janvier 2009
Dossier 500ème anniversaire. Du bon usage de Jean Calvin - Calvin en colère - Un Calvin très humain - Calvin sur internet - Calvin à Strasbourg - Des seconds rôles de premier plan - Calvin clés en mai (ou presque).


NOTRE EFFORT N°333, janvier 2008
L’héritage de Calvin et son importance pour les chrétiens aujourd’hui.


POSITIONS LUTHERIENNES, N° 3, 2001
WIEGER M. : Les lettres particulières de consolation dans la correspondance française de Jean Calvin.


REFORMED WORLD, n° 4, décembre 2007
John Calvin :
What is his legacy ? An international consultation seeks the answer on the eve of his 500th birthday
A lire aussi : John Calvin Rediscovered.- Ed.Edward Dommen & James D. Bratt, Louisville, Westminster John Knox Presse, 2007.


REVUE REFORMEE, N°185, 2-3 1995
- MARTIN (Alain-Georges) : Aimez-vous lire Calvin ?
(p.69- 72)
- DAUMAS (Jean-Marc) : Ecclésiologie: cheminement de la pensée calvinienne à travers les rééditions de l’"Institution chrétienne" (p.73-88)


REVUE REFORMEE, N° 191, NOVEMBRE 1996
MILLET (O.) : L’humanité de Calvin (p.9-24)


REVUE REFORMEE, n° 244, Octobre 2007
E. Brink : La prédestination et la liberté humaine peuvent-elles faire bon ménage ?


REVUE REFORMEE, N° 213, JUIN 2001
FATH (S.) : Calvin aux Etats-Unis : des Pères puritains à l’affaire Lewinski.


UNITE CHRETIENNE, N° 124, NOVEMBRE 1996
REYMOND (A.) : Calvin, l’Ecriture et les Pères de l’Église (p.21-39).






Cf. :
Calvin au-delà des caricatures
Calvin et les manuels scolaires…
Calvin et la Loi de la liberté
La résurrection du Christ
Année Calvin. Un cheminement intéressant...
Pourquoi Calvin aujourd’hui ?
Une Alliance qui ne peut être rompue


dimanche 12 avril 2009

La résurrection du Christ

selon Calvin, Institution de la religion chrétienne, II, xvi, 13 :

D'autant qu'en la croix, en la mort et en la sépulture de Christ n'y apparaît qu'infirmité, il faut que la foi passe outre, pour être pleinement corroborée. Ainsi, bien qu'en sa mort nous ayons entier accomplissement de salut, vu que par elle nous sommes réconciliés à Dieu, il a été satisfait à son juste jugement, la malédiction a été abolie, et nous avons été acquittés de toutes les peines dont nous étions redevables: néanmoins il n'est pas dit que par la mort nous ayons été ressuscités en espérance vive, mais par la résurrection (1 Pierre 1: 3). Car comme lui, en ressuscitant, s'est montré vainqueur de la mort, ainsi la victoire de notre foi consiste en sa résurrection.


"Alors qu'il faisait encore sombre, elle se rend au tombeau"...


NOTRE JUSTIFICATION

Les mots de S. Paul montreront mieux ce que cela veut dire, quand il dit qu'il est mort pour nos péchés et ressuscité pour notre justification (Rom. 4: 25): comme s'il disait que par sa mort le péché a été ôté, par sa résurrection, la justice a été instaurée. Car comment en mourant nous eût-il pu délivrer de la mort, s'il y eût succombé? Comment nous eût-il acquis la victoire, s'il eût défailli au combat? C'est pourquoi nous partageons la substance de notre salut entre la mort de Christ et sa résurrection, de telle sorte que nous disons que par la mort le péché a été détruit, et la mort effacée; par la résurrection, la justice établie, et la vie remise au-dessus: et cela en telle sorte que c'est par le moyen de la résurrection que la mort a son efficace.

C'est pourquoi S. Paul nous montre que Jésus-Christ a été déclaré Fils de Dieu en sa résurrection (Rom. 1: 4), parce qu'alors il a déployé sa vertu céleste, qui est comme un clair miroir de sa divinité, et un ferme appui de notre foi. Comme en un autre passage il dit qu'il a souffert selon l'infirmité de la chair, et est ressuscité de la vertu de son Esprit (II Cor. 13: 4). Selon le même sens, en traitant de la perfection, il dit: Je m'efforce afin de le connaître, et la vertu de sa résurrection (Phil. 3: 9-10). Au reste, il ajoute tantôt après, qu'il poursuit d'être conjoint et associé à sa mort. A quoi s'accorde très bien le dire de S. Pierre: que Dieu l'a ressuscité des morts, et lui a donné gloire, afin que notre foi et espérance fût en Dieu (1 Pierre 1: 21): non pas que notre foi étant appuyée sur la mort de Jésus-Christ chancelle, mais que la vertu de Dieu qui nous garde sous la foi, se découvre principalement et démontre en la résurrection.

Qu'il nous souvienne donc, toutes les fois qu'il est fait mention seulement de la mort, que ce qui est propre à la résurrection y est compris; qu'il y a aussi une même raison et forme de parler, quand la résurrection est nommée seule, parce qu'elle tire avec soi ce qui convient spécialement à la mort. Mais parce que Jésus-Christ en ressuscitant s'est acquis la palme de victoire, pour être résurrection et vie, S. Paul à bon droit débat et maintient que la foi serait anéantie, et que l'Evangile ne serait que fallace et mensonge, sinon que nous soyons bien persuadés en nos cœurs de la résurrection de Jésus-Christ (1 Cor. 15: 17). C'est pourquoi en l'autre passage, après qu'il s'est glorifié en la mort de Jésus-Christ contre toutes les frayeurs de condamnation qui nous troublent, il ajoute, pour mieux amplifier, que celui qui est mort est aussi ressuscité, et apparaît devant Dieu intercesseur pour nous (Rom. 8: 34).


NOTRE SANCTIFICATION

Davantage, comme nous avons ci-devant exposé que la mortification de notre chair dépend de la communication de la croix de Christ, aussi il faut entendre qu'il y a un autre fruit correspondant à celui-là, provenant de sa résurrection. Car nous sommes, comme dit l'Apôtre, entés en la similitude de sa mort, afin qu'étant participants de sa résurrection, nous cheminions en nouveauté de vie (Rom. 6: 4-5). C'est pourquoi en un autre lieu, comme il déduit un argument de ce que nous sommes morts avec Christ, qu'il nous faut mortifier nos membres sur la terre: aussi, de ce que nous sommes ressuscités avec Christ, il infère qu'il nous faut chercher les choses célestes (Col. 3: 1-5). Par ces paroles, non seulement il nous exhorte à nouvelle vie, à l'exemple de Christ ressuscité, mais il enseigne que cela se fait par sa vertu, que nous soyons régénérés en justice.


NOTRE RÉSURRECTION

Nous avons une troisième utilité de cette résurrection: c'est que comme ayant une arrhe de la résurrection, nous en sommes rendus plus certains de la nôtre, d'autant que celle de Christ en est le fondement et la substance, comme il en est parlé plus à plein en la première aux Corinthiens (ch. 15).

Il faut aussi en passant noter qu'il est dit être ressuscité des morts: en quoi la vérité de sa mort et résurrection est signifiée, comme s'il était dit qu'il a souffert une même mort que les autres hommes, et qu'il a reçu immortalité en la même chair qu'il avait prise mortelle.


..."et voit que la pierre a été enlevée du tombeau."
(Évangile de Jean ch. 20, v. 1)



Cf. :
Calvin au-delà des caricatures
Calvin et les manuels scolaires…
Calvin et la Loi de la liberté
Année Calvin. Un cheminement intéressant...
Pourquoi Calvin aujourd’hui ?
Obsession Calvin
Une Alliance qui ne peut être rompue



samedi 14 mars 2009

Calvin et la Loi de la liberté


Calvin distingue trois usages de la Loi biblique : l’usage pédagogique, l’usage politique et l’usage normatif.

- Selon son usage pédagogique, la Loi produit en l’homme la conscience de son incapacité à accomplir ce qu’elle prescrit ou défend (exemple classique : l’interdit de la convoitise — qui peut dire être exempt de convoitise ? Son interdiction est pourtant un précepte du Décalogue / précepte final les «Dix commandements»). Sous cet angle, la Loi sert de «pédagogue» pour nous conduire à recourir à la grâce de Dieu : reconnaissant n’être pas à la hauteur de ses exigences, j’en appelle à Dieu. (Galates 3:24 : « la loi comme pédagogue pour nous conduire à Christ » en qui la grâce de Dieu est dévoilée en toute clarté, « afin que nous soyons justifiés par la foi »).

C’est là le fondement de l’enseignement luthérien de la justification par la foi seule, reçu sans réserve par Calvin.

- Selon son usage politique ou civil, la Loi a pour but de restreindre le mal dans la Cité et de promouvoir la justice. Elle fournit des principes, qui s’appliquent de façon analogique selon les temps et les lieux dans la vie civile et politique.

- Selon son troisième usage, la Loi devient chemin de libération. C’est pour Calvin, qui se démarque ici de Luther, le principal usage de la loi : notre libération est effectivement mise en œuvre par ce que produit en nous l’injonction de la Loi. Exemple : le commandement donné à Abraham, ou au peuple libéré de l’esclavage : «quitte ton pays», «sors de l’esclavage». La libération qui est dans le recours à la grâce ne produit son effet que si elle reçue et donc mise en œuvre.

La liberté donnée à la foi seule qui reçoit la grâce — ce seul recours, selon l’usage pédagogique de la Loi — ; cette liberté ne devient effective que lorsque l’exigence de la Loi donnée comme norme suscite, parce qu’elle est entendue, la mise en route obéissante.

*

Mais, dira-t-on, on ne sache pas que les chrétiens protestants, et calvinistes, pratiquent les 613 mitsvoth — les 613 commandements de la Loi biblique — ?! Pas plus que les autres chrétiens…

Où il faut parler, à côté de trois usages de la Loi, de trois aspects de la Loi : l’aspect moral, l’aspect cérémoniel et l’aspect judiciaire.

L’aspect cérémoniel (les cérémonies religieuses de la Loi) et l’aspect judiciaire (dans la gestion de la vie le la Cité), sont perçus, quant à leur lettre, comme correspondant à un temps et à une culture donnée. Mais ils peuvent varier dans leur pratique selon les circonstances. Ainsi, quant à l’aspect cérémoniel, on ne pratique pas aujourd’hui de sacrifices d’animaux dans le Temple de Jérusalem — de toute façon détruit (sacrifices correspondant pourtant à des préceptes cérémoniels). Une perspective calviniste considère que cela vaut pour tout commandement en son aspect cérémoniel — lié à des temps, des lieux, des cultures. Cela vaut aussi pour l’aspect judiciaire : par exemple les formes de gouvernements, qui sont variables selon les lieux.

En revanche l’aspect moral, comme norme idéale, comme visée de perfection — qui au-delà du Décalogue, se résume au «double commandement» : «tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton être et ton prochain comme toi-même» — ; cet aspect de la Loi n’est pas sujet aux variations culturelles, même si son application s’adapte aux circonstances dans ce qui est l’usage normatif de la Loi.

Le troisième usage de la Loi, l’usage normatif, apparaît alors comme mise en œuvre de son aspect moral, comme injonction libératrice.

Où l’on retrouve les préceptes comme «lève-toi et marche» commandement adressé par Pierre au paralytique ; «sors de ta tombe» ; commandement adressé par Jésus à Lazare, «va pour toi» (lekh lekha) commandement adressé dans la Genèse à Abraham — et «tu choisiras la vie», l’injonction libératrice que donne le Deutéronome.

Telle est alors la parole de Dieu donnée comme Loi, parole libératrice, créatrice d’impossible. C’est là le Dieu créateur de la Bible — et non pas une hypothèse en concurrence avec les laboratoires de recherche!

Dieu vivant et vivificateur par la Parole qui fonde de la sorte la création. Par une parole de libération établissant pour la liberté des êtres responsables.




Cf. :
Calvin au-delà des caricatures
Calvin et les manuels scolaires…
La résurrection du Christ
Année Calvin. Un cheminement intéressant...
Pourquoi Calvin aujourd’hui ?
Obsession Calvin
Une Alliance qui ne peut être rompue


vendredi 20 février 2009

"Pas le temps”...



"Tout ce que ta main trouve à faire avec ta force, fais–le ; car il n’y a ni œuvre, ni pensée, ni science, ni sagesse, dans le séjour des morts, où tu vas."

Ecclésiaste 9,10



Pink Floyd - Time



"Rachetez le temps, car les jours sont mauvais."

Éphésiens 5:16



Ticking away the moments that make up a dull day
You fritter and waste the hours in an off hand way
Kicking around on a piece of ground in your home town
Waiting for someone or something to show you the way

Tired of lying in the sunshine staying home to watch the rain
You are young and life is long and there is time to kill today
And then one day you find ten years have got behind you
No one told you when to run, you missed the starting gun

And you run and you run to catch up with the sun, but its sinking
And racing around to come up behind you again
The sun is the same in the relative way, but youre older
Shorter of breath and one day closer to death

Every year is getting shorter, never seem to find the time
Plans that either come to naught or half a page of scribbled lines
Hanging on in quiet desperation is the english way
The time is gone, the song is over, thought Id something more to say

Home, home again
I like to be here when I can
And when I come home cold and tired
Its good to warm my bones beside the fire
Far away across the field
The tolling of the iron bell
Calls the faithful to their knees
To hear the softly spoken magic spells.




"L’homme ne connaît pas non plus son heure, pareil aux poissons qui sont pris au filet fatal, et aux oiseaux qui sont pris au piège ; comme eux, les fils de l’homme sont enlacés au temps du malheur [...]."

Ecclésiaste 9,10