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jeudi 1 juin 2017

"Il souffla sur eux et leur dit : 'Recevez l’Esprit Saint'"





« "La paix soit avec vous. Comme le Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie." Ayant ainsi parlé, Jésus souffla sur eux et leur dit : "Recevez l’Esprit Saint ; ceux pour qui vous remettez les péchés, ils leur ont été remis. Ceux pour qui vous les soumettez, ils leur ont été soumis." » (Jean 20, 21-23)

« La paix soit avec vous » — don de l’Esprit saint. Ici s’ouvre la porte de la liberté. Et cette liberté est une question de pardon : « ceux pour qui vous remettez les péchés, ils leur ont été remis. Ceux pour qui vous les soumettez, ils leur ont été soumis ». Deux faces de la libération. Remettre les péchés, c’est pardonner ; soumettre les péchés, c’est permettre de les dominer.

Être libéré du fruit du péché. C’est en rapport étroit avec le pardon. Souvenons-nous de l’épisode de Caïn. Genèse 4, 6-8 : « Le Seigneur dit à Caïn : "Pourquoi t’irrites-tu ? Et pourquoi ton visage est-il abattu ? Si tu agis bien, ne le relèveras-tu pas ? Si tu n’agis pas bien, le péché, tapi à ta porte, te désire. Mais toi, domine-le." Caïn parla à son frère Abel et, lorsqu’ils furent aux champs, Caïn attaqua son frère et le tua. »

« Le péché est tapi à ta porte… Mais toi, domine-le. » Caïn ne l’a pas dominé. Caïn n’a pas reçu le pardon, la rémission de ses péchés. Il jalousait son frère. Il n’a pas perçu le pardon, l’élargissement de son cœur et la capacité de pardonner ; et de soumettre le péché et son fruit, à savoir ses péchés, fruits du péché : le péché l’a vaincu, Caïn ne l’a pas dominé… N’ayant pas reconnu cette part sombre de lui-même.

Mais voici le fruit de l’Esprit saint, dans la promesse de Jésus aux Apôtres : « ceux pour qui vous remettez les péchés, ils leur ont été remis. Ceux pour qui vous les soumettez, ils leur ont été soumis ». Cela inclut la reconnaissance de la part sombre qui est en nous.

Sans quoi, « le salaire du péché, c’est la mort », écrit Paul (Ro 6, 23). Jésus, le Ressuscité, qui a vaincu la mort, a pouvoir sur tout. Il a pouvoir même sur le péché. Il ouvre même comme possible l’impossible commandement donné à Caïn : « domine sur le péché ». Impossible, Caïn, en manque de pardon, n’ayant fait que projeter sur son frère la frustration qui l’habitait.

Face à cela, le don de l'Esprit saint est aussi pénétration de tout ce qui fait notre être, jusqu'en ses zones d'ombre — pénétrant jusqu'aux profondeurs de Dieu, l'Esprit sonde tout en nous en dit Paul (1 Co 2, 10). Esprit de miséricorde qui dit et promet que sa présence en nous nous révèle entièrement à nous-même et ainsi nous libère.

La liberté étant que nos fautes nous sont pardonnées, l’Esprit saint nous les soumet en nous donnant de connaître ce qui est en nous. Jésus souffla sur eux : dans ce souffle est la paix que donne Jésus : « la paix soit avec vous ». La paix de se savoir pardonné. Pleinement pardonné : vos péchés vous sont remis, l’Esprit saint vous les soumet. La liberté qui est dans le fait d’être pardonnés nous libère du poids d’avoir à ne pas pardonner. Nous voilà donc devant le Christ, le Ressuscité présent au milieu de nous, soufflant sur nous : recevez l’Esprit saint.




lundi 8 mai 2017

Entre Pâques et Pentecôte





« Comme il se trouvait avec eux, il leur recommanda de ne pas s’éloigner de Jérusalem, mais d’attendre ce que le Père avait promis, ce que je vous ai annoncé, leur dit-il » (Actes 1, 4).

Quelque chose couve… Comme dans le récit de la Genèse (ch. 1, v. 2), « l’Esprit planait à la face des eaux ». Lorsque les temps sont prêts, le Ressuscité, ayant rappelé ce que le Père a promis – la présence de l'Esprit saint qui habilite les disciples en les rejoignant au cœur de leur appel – il est temps pour Jésus de les laisser… « Il fut élevé pendant qu’ils le regardaient, et une nuée le déroba à leurs yeux » (Actes 1, 9).

« Si tu veux construire un bateau, ne rassemble pas tes hommes et femmes pour leur donner des ordres, pour expliquer chaque détail, pour leur dire où trouver chaque chose… Si tu veux construire un bateau, fais naître dans le cœur de tes hommes et femmes le désir de la mer. »
(Antoine de Saint-Exupéry)


RP, Le Protestant de l'Ouest mai 2017, Billet Poitiers


samedi 30 avril 2016

Souffle de l'Esprit





Pentecôte. Don de l'Esprit, du souffle, tout à nouveau. Comme pour une nouvelle création : Genèse 2, 7 : « Le Seigneur Dieu prit de la poussière du sol et en façonna un être humain. Puis il lui insuffla dans les narines le souffle de vie, et l’être humain devint vivant. » « Tu envoies ton souffle, ils sont créés, et tu renouvelles la surface du sol », dit le Psaume 104 (v. 30). Dieu donne la vie à l’être humain en « insufflant dans ses narines le souffle de vie » — c’est-à-dire l’Esprit de vie. Jésus reprend le geste du récit de la Genèse à son compte : il met en place une nouvelle création, il donne tout à nouveau l’Esprit de Dieu.

De même qu’il a vécu lui-même dans la vérité de l’Esprit qui l’a animé, la nouvelle création, la création menée à son accomplissement comme monde de la résurrection, est animée de la vie de l’Esprit. Esprit de liberté. Car la création nouvelle est fondée sur la libération, et donc sur le pardon qui seul libère pleinement — le pardon reçu de Dieu, et à porter au monde : « déliez ceux qui sont liés » (Jean 20, 23).

« Le pardon est certainement l’une des plus grandes facultés humaines et peut-être la plus audacieuse des actions, dans la mesure où elle tente l’impossible — à savoir défaire ce qui a été — et réussit à inaugurer un nouveau commencement là où tout semblait avoir pris fin. » (Hannah Arendt)

Nouveau commencement. Défaire ce qui avait été et ouvrir sur l'impossible. Ici s’ouvre la porte de tous les possibles. Porte de liberté. Une liberté qui est bien une question de pardon — le pardon qui libère : « ceux pour qui vous remettez les péchés, ils leur ont été remis. Ceux pour qui vous les soumettez, ils leur ont été soumis » (Jean 20, 23).

Tel est le cœur de l'envoi, la mission — Jean 20, 21 : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » C’est par des êtres humains, par nous, que le projet de la création est appelé à être accompli. Jésus passe le relais en donnant l’Esprit du Père qui l’a animé : « comme le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie ».

C’est à une dépossession, un retrait de nous-mêmes que nous sommes appelés. Une dépossession qui correspond précisément à l'action mystérieuse de Dieu dans la création, jusqu’à la résurrection. On lit dans la Genèse que Dieu est entré dans son repos. Dieu s'est retiré pour que nous puissions être, comme le Christ s'en va pour que vienne l'Esprit qui nous fasse advenir nous-mêmes en Dieu pour la résurrection.

Pardonnés. L’Esprit saint remplit de sa force de vie quiconque, étant dépossédé, jusqu’à être abattu, en appelle à lui. C’est alors, alors que nous sommes sans force, que tout devient possible. « Ma grâce te suffit car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse », est-il dit à Paul (2 Co 12, 9).

Devenir ce que nous sommes en Dieu qui s'est retiré pour que nous puissions être, par le Christ qui s’est retiré pour nous faire advenir dans la liberté de l’Esprit saint, pour que nous nous retirions à notre tour de tout ce que nous concevons de nous-mêmes. C'est ainsi que se complète notre création à l'image de Dieu, que se constitue notre être de résurrection pour la création nouvelle. « Jésus souffla sur eux et leur dit : "Recevez l'Esprit Saint" » (Jean 20, 22).


mardi 17 juin 2014

Le départ du Christ et le don de l'Esprit





Si Dieu est présent partout, et si le Christ ressuscité est lui-même présent, il est aussi depuis l'Ascension, comme le Père, absent, caché.

« Vous ne me verrez plus », disait Jésus de sa mort, puis « encore un peu de temps et vous me verrez », disait-il de sa résurrection (Jean 16, 16). L'Ascension, comme la mort, est tout d'abord la marque d'une absence : « Vous ne me verrez plus » : « une nuée le déroba à leurs yeux » (Actes 1, 9) ; « puis vous me verrez encore » : bientôt la venue en gloire.

Dans le départ du Christ, c'est une réalité essentielle de la vie de Dieu avec le monde qui est exprimée : son retrait, son absence.

Mais le départ de Jésus, avec l'absence qui s'en suit, est en relation précise avec la venue de l'Esprit : « si je ne m'en vais pas, disait Jésus avant sa crucifixion, l’Esprit Saint ne viendra pas » (Jean 16, 7). C'est que le don de l'Esprit est présence de l'Absent, présence dans l'absence, par l'absence, et partage de sa vie.

Jésus présent, Jésus dans ce monde, est celui qu’on voulait fixer sur un trône palpable, lors des Rameaux, il est celui qu'on croyait fixer, par la crucifixion ; ou celui dont on voudrait se faire un Dieu commode, saisissable, visible, en somme. Or Jésus manifeste le Dieu insaisissable, invisible, celui qui nous échappe, qui échappe à nos désirs de nous en fixer la forme, d'en faire une idole ! Dès qu’il échappe aux hommes, ils lui en veulent. C’est là l’Esprit du monde.

L’Esprit saint est celui qui nous communique cette impalpable, imperceptible présence de l'Absent, nous place dans l'intimité de l'insaisissable. C'est pourquoi sa venue est liée au départ de Jésus... Qui fait écho au retrait de Dieu dans son repos à la fin du récit de la création : Dieu créant le monde s'est retiré pour laisser la place au monde, pour que le monde puisse advenir. Et on lit dans la Genèse que Dieu est entré dans son repos. Dieu s'est retiré pour que nous puissions être, comme le Christ s'en va pour que vienne l'Esprit qui nous fasse advenir, devenir nous-mêmes en Dieu. Avec un risque terrible : Dieu retiré du monde y laisse de la place aussi au risque du mal.

Le mal dont Jésus subira les assauts : le départ du Christ, avant l'Ascension, est d'abord sa crucifixion. Parti, mais dès lors, nous laissant la place, il nous permet de devenir par l'Esprit saint ce à quoi Dieu nous destine, ce pourquoi il nous a créés.

C'est en quelque sorte l'étape ultime de la création qui se met en place. Le jour est venu de son entrée dans le repos de Dieu. En se retirant, ultime humilité à l'image de Dieu, le Christ, Dieu créant le monde, nous laisse la place pour qu'en nous retirant à notre tour de nous-mêmes, nous devenions, par l'Esprit, par son souffle mystérieux, ce que nous sommes de façon cachée.