<script src='http://s1.wordpress.com/wp-content/plugins/snow/snowstorm.js?ver=3' type='text/javascript'></script> Un autre aspect...: Le religieux en ses dimensions objective et subjective

mardi 17 novembre 2015

Le religieux en ses dimensions objective et subjective





Le religieux doit se distinguer en objectif et subjectif. Le religieux comme réalité objective concerne la culture commune de l'humanité, en toutes ses traditions, religions et civilisations. Sous un autre angle, subjectif, il emporte les convictions, la croyance, la foi. Cette distinction entre objectif et subjectif peut éviter au religieux de devenir explosif, voire violent. En sa réalité objective, le religieux est l’expression factuelle d'une dimension de la structure des êtres humains, dimension de l'inconscient, au carrefour de l’inconscient personnel et de l’inconscient collectif.

On peut le penser en premier lieu comme expression d'une réalité archétypale se déployant selon la diversité des civilisations, sans y être étanche, loin s'en faut, aux apports non-autochtones. Le vocable renvoie aux archétypes selon C.G Jung, qui lui-même emprunte le terme à Platon. Lesdits archétypes présentés par Jung relèvent de la structure fondamentale des êtres humains, étant inscrits dans l'inconscient, et dans l'inconscient collectif. Ils prennent des figures diverses selon les lieux et civilisations, mais ils ont quelque chose de fondamentalement commun sous ces figures diverses. Ils se déploient dans le rêve et dans les mythes. Ce religieux archétypal existe dans tous les rites et religions et a partout une coloration autochtone, tout en n'étant pas limité à l’autochtonie. Des recoupements d'un pays à l'autre, d'une tradition religieuse ou culturelle à l'autre, sont possibles. C'est là un pôle fondamental du religieux.

Une autre pôle peut être appelé le pôle prophétique. Prophétique en ce sens qu'il porte une interrogation permanente sur le pôle archétypal, de l'ordre d'un approfondissement intuitif. Ce pôle est très prégnant dans les traditions se réclamant de la figure biblique d'Abraham, mais pas uniquement, bien sûr. Les remises en question prophétiques portées à ce pôle ne valent pas négation du pôle archétypal (bien qu'elles connaissent ce risque), ni a fortiori destruction de celui-ci, mais valent en regard des déploiements archétypaux dont le pôle prophétique participe aussi. Ainsi, ce pôle peut s'imposer de lui-même largement, voire universellement, au-delà de sa sphère d’émission première.

Un troisième pôle peut être appelé philosophique. Il relève, à partir des pôles archétypal et prophétique, d'un processus d'abstraction, d'un dégagement de principes, de relectures. Avec le risque de perdre de vue l'enracinement archétypal et prophétique de ce travail d'abstraction, voire la négation de leur légitimité. La notion de Dieu peut sans difficulté y être reçue, elle l'a souvent été, mais sans autre signification qu'une désignation du fait que les paramètres de ce qui advient nous débordent infiniment.

Les ruptures entre les trois pôles correspondent à des moments de désintégration dangereux.

Jusque là on est dans la dimension objective du religieux, n'impliquant ni adhésion à telle ou telle expression, ni croyance, ni foi, ni convictions - autant de réalités subjectives qui supposent un engagement, une implication ; qui supposent éventuellement jusqu'à la réception de Dieu non seulement comme désignant l'infinité des paramètres que nous ne maîtrisons pas, mais comme puissance favorable (acte de foi donc).

Lorsque la distinction n'est pas opérée entre l'aspect objectif et l'aspect subjectif, on est toujours menacé de glisser à des attitudes dangereuses, croire sa propre implication subjective susceptible de devoir être imposée, voire violemment, si on juge que les textes, par exemple, auxquels on se réfère, le requièrent, s'ils sont reçus comme donnant des indications quant à un mode de vivre la cité terrestre.


RP, 2.11.15
Lors du colloque 2015 du Conseil de l'Europe
sur la dimension religieuse du dialogue interculturel
"Construire ensemble des sociétés inclusives"
("Sur le rôle des religions et des convictions non-religieuses
dans la prévention de la radicalisation et de l'extrémisme violent")
Sarajevo 1-3 novembre 2015


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