<script src='http://s1.wordpress.com/wp-content/plugins/snow/snowstorm.js?ver=3' type='text/javascript'></script> Un autre aspect...: février 2008

samedi 23 février 2008

Le temps du paradoxe




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Picasso, L'orateur



« Il est écrit :
Je détruirai la sagesse des sages, Et j’anéantirai l’intelligence des intelligents.
Où est le sage ? où est le scribe ? où est le raisonneur de ce siècle ? Dieu n’a-t-il pas frappé de folie la sagesse du monde ?
Car puisque le monde, avec sa sagesse, n’a pas connu Dieu dans la sagesse de Dieu, c’est par la folie de la prédication que Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient. […]


Car la folie de Dieu est plus sage que les hommes, et la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes.
Considérez, frères, qui vous êtes, vous qui avez reçu l’appel de Dieu : il n’y a parmi vous ni beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de gens de bonne famille.
Mais Dieu a choisi les choses folles du monde pour confondre les sages; Dieu a choisi les choses faibles du monde pour confondre les fortes;
Dieu a choisi les choses viles du monde, celles qu’on méprise, celles qui ne sont pas, pour réduire à rien celles qui sont,
afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu. »



Paul, 1 Corinthiens 1, 19-21 & 25-29.




samedi 16 février 2008

Le paradoxe du temps


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Giacometti, L'homme qui marche


Dans Retour vers le futur (film de Robert Zemeckis), Martin McFly (Michael J. Fox), adolescent des années 1980, se retrouve projeté accidentellement en 1955. (En 1955, le Martin McFly de 1985, communément Marty, devient — pour sa future mère qui a pris la marque des sous-vêtements du jeune homme pour son nom — « Pierre Cardin » ; ou en anglais « Calvin Klein ».)

Lors du bal du lycée où ses futurs parents viennent de s’embrasser — prélude à leur mariage — sur un slow qu’il vient d’interpréter à la guitare, Marty interprète dans un second temps Johnny B. Goode.

On est en 1955. Marty est à la guitare parce qu’il vient de remplacer Marvin Berry blessé à la main. Pendant que Marty joue un Johnny B. Goode en clin d'œil à son auteur Chuck Berry et à un de ses interprètes, Jimi Hendrix, Marvin Berry téléphone à Chuck (son cousin dans le film), pour lui faire écouter ce morceau qu’il composera... en 1958.

C’est un Johnny B. Goode évoquant la version revisitée par Jimi Hendrix en 1970 que Marty vient d’interpréter en 1955, trois ans avant qu’il ne soit composé par Chuck Berry en 1958...




Johnny B. Goode par Jimi Hendrix




Johnny B. Goode dans Retour vers le futur




Johnny B. Goode par Chuck Berry



Le paradoxe temporel est un thème récurrent tout au long des trois épisodes du film. Le « Doc » Emett Brown l’explique d’ailleurs brillamment à Marty dans le second volet lorsqu’ils se retrouvent confrontés à deux futurs différents à cause d’un événement ayant malgré eux modifié le passé.

Jusqu’à la publication de la théorie de la relativité, la définition de l’univers selon Isaac Newton était celle communément acceptée par la communauté scientifique de l’époque. Selon Newton, les concepts d’espace et de temps sont totalement distincts et indépendants. L’espace se représente en 3 dimensions et le temps est quant à lui invariable. Ce dernier ne serait ni plus ni moins qu’une grande horloge universelle définissant un temps universel. D’autre part, le physicien soutenait que la vitesse de la lumière était infinie. Mais la théorie de la relativité vient quelque peu contredire tout cela.

En 1905, Albert Einstein publie sa théorie de la relativité restreinte. De cette théorie on peut retenir quelques petites choses importantes:
- Rien ne peut se déplacer plus vite que la lumière, seule la lumière ou d'autres phénomènes sans masse intrinsèque peuvent l'atteindre.
- Il n'y a pas de temps absolu (ce qui signifie que des horloges identiques aux mains d'observateurs différents ne devraient pas forcement indiquer la même heure).Quelle que soit la vitesse d'un observateur, la lumière, à la différence d'une avalanche par exemple, le coursera toujours à la même vitesse, soit approximativement 300000km/s. La conséquence directe est que: plus un objet se déplace vite, plus le temps s'écoule lentement pour lui. Ce phénomène n'est pas subjectif mais bien réel et peut être vérifié par des expériences très simples.
En 1916, Einstein complète ses théories en publiant cette fois la théorie de la relativité générale, théorie phare de la science du XXe siècle.
Cette dernière nous apprend principalement que l'espace-temps n'est pas un plan, il est plus ou moins courbé selon la distribution de masse, ce qui signifie plus simplement que plus un corps est dense plus il courbe l'espace-temps.
Bref, le temps est relatif : le voyage dans le temps est théoriquement possible.

Les paradoxes temporels
À moins que le physicien Stephen Hawking n'ait raison en affirmant que « la meilleure preuve qu'un voyage dans le temps est impossible est que nous n'avons pas été envahis par des hordes de touristes du futur »...
À moins qu'Hawking n'ait raison, nous voilà confrontés à ce paradoxe temporel : revenir dans le passé pourrait permettre de modifier des événements futurs !

Le paradoxe du grand-père
X a un grand-père
X revient dans le passé et tue son grand-père avant que ce dernier ait eu un enfant
X ne peut pas exister
X ne tue pas son grand-père
X existe
X revient dans le passé et tue son grand-père avant que ce dernier ait eu un enfant
X ne peut pas exister
X ne tue pas son grand-père
X existe
Etc…

Le paradoxe de l’écrivain
Cette fois-ci, X donne à son grand-père un livre best-seller dans le futur. Le grand-père recopie le livre et fait fortune avec. Le paradoxe ici est que ce livre n’aura jamais été créé mais juste recopié.

Les mondes parallèles
C’est donc là qu’interviennent les mondes parallèles. Les théories dans lesquelles ils apparaissent tendent à montrer que le voyage dans le temps s’effectue entre différents mondes parallèles. On a ainsi la solution aux paradoxes temporels. En effet, X revient dans le passé et tue son grand père. Mais ce grand-père vit dans un monde parallèle. Par conséquent, X n’existera pas dans ce monde parallèle mais il existe bien dans le monde parallèle d’où il vient.
La même explication peut être appliquée au paradoxe de l’écrivain. Le livre est copié dans un monde parallèle et créé dans l’autre.

L’interprétation de Johnny B. Goode par Marty avant sa création par Chuck Berry offre alors en un pied de nez la « résolution » du jeu du paradoxe temporel sur lequel repose le film…





mercredi 13 février 2008

Cioran et les ombres



« Roumain par sa naissance, Cioran, âgé de vingt-six ans, s'installe à Paris en 1937; dix ans plus tard, il édite son premier livre écrit en français et devient l'un des grands écrivains français de son temps. Dans les années quatre-vingt-dix, l'Europe, si indulgente jadis envers le nazisme naissant, se jette contre ses ombres avec une courageuse combativité. Le temps du grand règlement de comptes avec le passé arrive et les opinions fascistes du jeune Cioran de l'époque où il vivait en Roumanie font, subitement, l'actualité. En 1995, âgé de quatre-vingt-quatre ans, il meurt. J'ouvre un grand journal parisien : sur deux pages, une série d'articles nécrologiques. Aucun mot sur son œuvre ; c'est sa jeunesse roumaine qui a écœuré, fasciné, indigné, inspiré ses scribes funèbres. Ils ont habillé le cadavre du grand écrivain français d'un costume folklorique roumain et l'ont forcé, dans le cercueil, à tenir son bras levé pour un salut fasciste.

Quelque temps plus tard j'ai lu un texte que Cioran avait écrit en 1949 quand il avait trente-huit ans : "… Je ne pouvais même pas m'imaginer mon passé; et quand j'y songe maintenant, il me semble me rappeler les années d'un autre. Et c'est cet autre que je renie, tout ‘moi-même’ est ailleurs, à mille lieues de celui qu'il fut. Et plus loin : "quand je repense [...] à tout le délire de mon moi d'alors [...] il me semble me pencher sur les obsessions d'un étranger et je suis stupéfait d'apprendre que cet étranger était moi". »

Milan Kundera, Le rideau, Gallimard / Folio, 2005, p. 169-170.


        Voir ici :





dimanche 10 février 2008

Le chômage contre le repos




chaplin-temps-modernes2.jpg



Selon la Bible, la fin du travail est de se reposer (Genèse 2:3 ; Ex 20:9-10 ; Deutéronome 5:13-14).

Dans le repos, notre travail trouve son accomplissement, s'échoue dans son aboutissement spirituel, s'ouvre sur une plénitude qui le dépasse ("viens bon et fidèle serviteur" Matthieu 25:21). Avant cet accomplissement, et en vue de cet accomplissement, le travail est "passage", transformation de la matière - et de l'acteur, de celui qui agit sur la matière ; ce qui correspond à :
— l'entretien du jardin (Genèse 2:15)
— se nourrir à la sueur de son visage (Genèse 3:19).

C'est suite à cela que, selon l'Ecclésiaste, "il n'y a rien de mieux pour l'homme que de se réjouir de ses œuvres" (Ecclésiaste 3:22). C'est encore pourquoi : "tout ce que ta main trouve à faire avec ta force, fais-le" (Ecclésiaste 9:10).

Ou : "il n'y a rien de bon pour l'homme que de manger et de boire, et de voir pour lui-même le bon côté de sa peine ; mais, remarque l'Ecclésiaste, j'ai vu que cela aussi vient de la main de Dieu" (Ecclésiaste 2:24). On retrouve ainsi le rapport entre le travail et le repos comme aboutissement du travail. Et finalement le repos au sens de l'Epître aux Hébreux, repos spirituel (ch.4).

C’est là ce que l'on peut dire être la situation idéale. Mais force est de constater que de cela, on n'a généralement, au mieux, que l'aspect "sueur du visage", pour obtenir son pain et celui des siens ; avec au bout un repos agité, donnant à peine la force de recommencer une activité sur laquelle pèse la vanité d'un cycle sans fin, absurde.

C'est là le constat de penseurs modernes qui se sont penchés sur la question du travail. Pour plusieurs, le travail, au lieu d'être accomplissement de soi, satisfaction consécutive à la production d'une œuvre — devient lieu d'aliénation, de perte d'identité.

Pour une raison simple : l'ouvrier est privé de sa capacité créatrice au profit d'une production anonyme et parcellaire, cela s'accentuant avec le machinisme.

Ce qui s'illustre très éloquemment par le film de Charlie Chaplin, Les temps modernes. On y voit par exemple Chaplin visser à longueur de journée le même boulon, au point que son geste devient tic et obsession : lorsqu'il sort de son travail, au moment donc de son "repos", on le voit vissant des boulons imaginaires et poursuivant les boutons des vêtements des passants devenus d'hallucinatoires boulons.

Les temps modernes dévoilent une réalité de tous les temps : vidé de sa gratification, de son investissement spirituel, du don du sens, le travail débouche sur l'absurde.

Temps modernes — ce constat n'a en outre jamais été aussi criant qu'à une époque où les temps de loisir sont, plus qu'auparavant, larges et étendus.

Plus on a de temps libre, plus on constate que notre temps libre est vide, que notre repos est chemin de mélancolie au lieu d'être porte de plénitude.

Aussi il semble inévitable d'en arriver à cet autre constat : ultimement, le travail est vidé de sens ; une telle évacuation du sens devient le moteur d'un cycle où le travail débouche non sur le repos,… mais sur le chômage, le non-travail.

Ce sombre débouché se traduit aussi d'autres façons... que l'on peut voir comme autant de symptômes de ce que ne s'offre à nous qu'un vide cosmique. On comble ce vide de palliatifs spirituels divers, comme la drogue, les spectacles, l'alcool, l'étourdissement de la danse dans les boîtes de nuit, sur les pistes de ski, voire dans les lieux de culte enthousiastes.


Que faire devant l'impasse où débouchent les économistes ?

Et s’il s’agissait alors de reconquérir le repos, investir le repos de son sens spirituel ? Faire ainsi réapparaître cette finalité du travail qui lui donnerait suffisamment de sens pour ré exister.

Face au chômage... le repos ? (Cf. ici la même réflexion plus développée)


R.P.






“Souviens-toi du jour du repos pour le sanctifier” (Deutéronome 5).




dimanche 3 février 2008

Cyberman



Préface pour Vincent Paul Toccoli, Cybe.rm@n, Bénévent 2008


de Michel Volle, 28 janvier 2008 :


« Toccoli est conscient de la nouveauté que représente le cyberespace (que je préfère nommer "espace logique"). Il perçoit les possibilités et les dangers auxquels nous confronte ce continent nouveau situé non dans l’espace géographique, comme autrefois l’Amérique et l’Australie, mais dans l’espace mental, et que nous explorons non avec notre corps mais avec notre cerveau.

Nous y jouissons de l’ubiquité (la localisation des serveurs est indifférente) mais y rencontrons une "distance" : nous sommes d’autant plus proches d’un document qu’il nous intéresse davantage ou, ce qui revient au même, qu’il nous est plus intelligible ; des documents sont proches s’ils intéressent les mêmes lecteurs, des lecteurs sont proches s’ils s’intéressent aux mêmes documents.

Le téléphone mobile étant désormais un ordinateur, l’ubiquité est devenue totale : notre corps est lui-même informatisé. L’accès aux ressources n’étant plus conditionné par la proximité du poste de travail, le cerveau peut être connecté en permanence.

Cela pose des questions de savoir-vivre. Il faut savoir se déconnecter ; il faut trier dans l’abondance des ressources ; comme on peut écrire sur le Web avec les blogs, il faut maîtriser son expression ; l’art de la consommation électronique requiert un savoir-faire spécifique etc.

*

[...] L’espace logique est une opportunité et un défi. Il n’est pas facile [...] de se couler dans le relief du continent nouveau. Le baliser [...] demandera du temps. Des prédateurs, plus agiles, [...] précèdent : les pornographes seront toujours les premiers qui sachent utiliser un nouveau média. 

Nous ne sommes cependant pas désarmés : l’histoire abonde en précédents qui aident à circonscrire cette émergence.

Si l’informatique procure de nouvelles prothèses (téléphone mobile, RFID, moteurs de recherche etc.) les lunettes, que nous utilisons depuis des siècles, ne sont pas des prothèses négligeables, ni le microscope et le télescope. L’automobile fournit une prothèse pour nos jambes, l’avion une prothèse pour les ailes que nous n’avons pas.

Au lieu de s’effrayer devant la perspective d’une "fabrication de l’être humain" par la technique, il convient de méditer l’exemple de ces "fabrications" anciennes, auxquelles nous sommes habitués, pour dégager les critères qui sépareront le raisonnable de l’abusif.

*

Depuis son émergence homo sapiens s’est donné pour but de graver dans le monde l’image des valeurs qui animent sa volonté : l’"homme nouveau" est donc une chimère, mais homo sapiens doit ruser avec les obstacles et outils toujours renouvelés que les institutions opposent et proposent à son action. »



Pink Floyd, Brain Damage Eclipse